Culture de la Critique – Conclusion : Où vont le judaïsme et l’Occident ? (2)

Le sommaire des parties déjà traduites est à retrouver ici.


On peut penser que l’École de Francfort et la psychanalyse ont tenté, avec un certain succès, de mettre sur pied ce que Paul Gottfried et Christopher Lasch ont appelé un « État thérapeutique », destiné à pathologiser l’ethnocentrisme des gens d’ascendance européenne ainsi que leur volonté de conserver leur prépondérance culturelle et démographique. Toutefois, l’émergence de l’ethnocentrisme au sein de la population majoritaire des États-Unis, d’extraction européenne, semble être un dénouement probable, étant donné que le panorama social et politique des États-Unis se structure de plus en plus autour des groupes. Il semble qu’il doive en aller ainsi parce que les mécanismes évolutifs chez les êtres humains fonctionnent de telle sorte que la question de l’appartenance aux endogroupes et aux exogroupes se fait plus impérieuse dans les situations où la compétition pour les ressources est fondée sur les groupes (cf. SAID, chap. 1).

Pour contrecarrer ces inclinations, il faut donc soumettre les sociétés occidentales à une intervention « thérapeutique » qui combat les manifestations ethnocentriques de la majorité à plusieurs niveaux, mais d’abord et avant tout en instituant l’idéologie voulant que de telles manifestations soient des symptômes de psychopathologie et des motifs d’ostracisme, d’opprobre, d’accompagnement psychologique et d’intervention psychiatrique. Tandis que le conflit ethnique continue de s’accentuer aux États-Unis, on peut s’attendre à ce que des tentatives désespérées soient menées pour renforcer l’idéologie du multiculturalisme, au moyen de théories sophistiquées expliquant la psychopathologie de l’ethnocentrisme majoritaire, et par le biais de dispositifs de l’État policier visant à contrôler les pensées et les comportements non-conformes.

Je suppose que l’adoption du multiculturalisme par les groupes raciaux et ethniques non-juifs s’explique en grande partie par leur incapacité de faire face à la compétition dans une arène économique et culturelle individualiste. Par conséquent, le multiculturalisme a fusionné assez vite avec l’idée que chaque groupe devrait recevoir sa part de récompenses économiques et culturelles, proportionnellement à son importance dans la population. Comme nous l’avons vu, la situation qui en résulterait aurait de quoi contrarier les intérêts juifs. Compte tenu de leur intelligence élevée et de leur talent dans l’acquisition des ressources, les Juifs ne bénéficient pas des dispositifs de discrimination positive et autres privilèges collectifs que revendiquent les groupes minoritaires du bas de l’échelle sociale. Dans ces conditions, les Juifs entrent en conflit avec les autres groupes minoritaires à étiquette ethnique, qui emploient le multiculturalisme pour leur propres buts. (Cela étant, si l’on considère l’avantage compétitif que possèdent les Juifs à l’intérieur du groupe blanc, d’ascendance européenne, dans lequel ils sont logés à présent, ils pourraient considérer qu’ils profitent de ces dispositifs et privilèges destinés à dissoudre en bloc le pouvoir du groupe d’ascendance européenne, en partant du principe qu’ils n’en subiraient presque pas les effets. Et de fait, bien que les organisations juives s’opposent officiellement à ces apanages de groupe, on a constaté que les suffrages des Juifs de Californie, lors de la votation d’une loi hostile à la discrimination positive, étaient en proportion sensiblement inférieurs à ceux des autres groupes d’extraction européenne.)

Même si l’idéologie multiculturaliste a été inventée par des intellectuels juifs pour justifier la continuation du séparatisme et de l’ethnocentrisme des groupes minoritaires dans le contexte d’un État occidental moderne, certaines expressions du multiculturalisme pourraient bien engendrer un monstre, funeste au judaïsme. Irving Louis Horowitz a enregistré la croissance de l’antisémitisme dans l’enseignement de la sociologie, à mesure que ces départements employaient des individus impliqués dans des causes ethno-politiques et qui considéraient défavorablement la domination juive de la sociologie. Il existe un fort courant antisémite qui émane de certains idéologues multiculturalistes, partisans de l’afro-centrisme en particulier, à telle enseigne qu’au dire de M. Cohen, « le multiculturalisme d’aujourd’hui s’identifie souvent à une fraction de la gauche, qui a, pour le dire brutalement, un problème avec les Juifs » (In defence of Shaatnez : A politics for Jews in a multicultural America, Insider/Outsider : American Jews and Multi-Culturalism, p. 45).

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Récemment, la Nation of Islam, dirigée par Louis Farrakhan, a adopté une rhétorique ouvertement antisémite. L’afro-centrisme est souvent associé à des idéologies racialistes, comme celle de Molefi Asante, qui affirment que l’ethnie est la base morale adéquate de l’identité personnelle et de l’estime de soi, et que la culture est étroitement liée à l’ethnie. Les idéaux occidentaux de l’objectivité, de l’universalisme, de l’individualisme et de la rationalité, et avec eux la méthode scientifique, sont rejetés pour le motif de leur origine ethnique. Asante défend une théorie racialiste naïve selon laquelle les Africains (les « gens du soleil ») sont supérieurs aux Européens (les « gens de la glace »).

Ces mouvements sont l’écho d’idéologies juives semblables, qui justifient le zèle ethnique juif et qui s’évertuent à produire des sentiments de supériorité ethnique au sein du groupe. Ces idéologies sont chose commune dans l’histoire juive, se concrétisant dans le thème de l’élection divine de leur peuple et dans l’idée qu’ils sont « la lumière des nations ». Au septième chapitre de SAID, nous avons donné des preuves indiquant que les historiens et les intellectuels juifs, depuis l’antiquité, ont souvent voulu montrer que les influences culturelles non-juives avaient des précédents spécifiquement juifs, ou même que des philosophes et des artistes de la gentilité étaient en réalité juifs. Cette tradition a été reprise récemment par Martin Bernal dans Black Athena (paru en 1987) et par José Faur dans In the Shadows of History : Jews and Conversos at the Dawn of Modernity (paru en 1992).

Il y a certainement, depuis l’époque des lumières, une tendance générale dans laquelle les Juifs forment l’avant-garde de mouvements politiques non-religieux, comme le mouvement pour le pluralisme culturel, qui sont destinés à servir les intérêts juifs et à plaire à certains secteurs de la gentilité. Mais il existe aussi une tendance qui aboutit au fractionnement desdits mouvements, qui provient de l’antisémitisme émergeant dans les secteurs de la gentilité auquel les idéologies en question cherchaient à plaire, de sorte que les Juifs abandonnent ces mouvements et cherchent leur avantage par d’autres moyens.

Nous avons fait remarquer dans le présent ouvrage que les Juifs avaient joué un rôle éminent dans la gauche politique au vingtième siècle. Nous avons aussi fait remarquer qu’en conséquence de l’antisémitisme présent chez les Gentils de gauche et dans les gouvernements communistes, les Juifs finirent soit par abandonner la gauche, soit par développer leurs propres variantes de gauchisme, qui tâchait de concilier l’universalisme gauchiste avec le primat de l’identité juive et de ses intérêts. Gore Vidal, exemple-type de l’intellectuel de gauche non-juif, avait violemment critiqué l’action des néo-conservateurs juifs qui favorisèrent la course aux armements pendant les années 1980 et qui s’allièrent avec les forces politiques conservatrices pour porter assistance à Israël. Ces accusations ont été interprétées comme antisémites, à cause de l’idée sous-jacente que les Juifs placent l’intérêt d’Israël au dessus des intérêts américains. Vidal suggère aussi que le néoconservatisme procède de la volonté juive de s’allier aux élites de la gentilité pour se protéger de possibles mouvements antisémites qui émergeraient à la faveur de crises économiques.

De fait, la peur d’un antisémitisme venu de gauche a été une incitation majeure au moment de fonder le mouvement néoconservateur, terminus idéologique de nombreux New York Intellectuals dont nous avons retracé l’évolution intellectuelle et politique au sixième chapitre. Comme le souligne Gottfried, l’effet cumulé du néoconservatisme et de son hégémonie actuelle dans le mouvement politique conservateur aux États-Unis (qu’il s’est acquise en partie grâce à sa forte influence sur les médias et dans les fondations) a été d’orienter le mouvement conservateur vers le centre et, en effet, de tracer les limites de la légitimité conservatrice. À n’en pas douter, la légitimité conservatrice est définie par sa non-opposition aux intérêts spécifiquement juifs que sont la politique migratoire minimalement restrictive, le soutien à Israël, le soutien à la démocratie partout dans le monde, l’opposition aux quotas et à la discrimination positive, et ainsi de suite.

Toutefois, comme l’a écrit William F. Buckley dans In Search of Anti-Semitism, l’alliance entre les paléo-conservateurs non-juifs et les néoconservateurs juifs est fragile, ceux-ci accusant souvent ceux-là d’antisémitisme. L’essentiel du problème découle de la tension produite par les tendances nationalistes d’un secteur important du conservatisme U.S., jointes à l’opinion d’une partie des conservateurs non-juifs, selon laquelle le néoconservatisme juif n’est qu’un instrument au service d’objectifs juifs étroits et sectaires, concernant en particulier la question israélienne, la séparation des églises et de l’État et la discrimination positive. En outre, l’engagement néoconservateur en faveur de nombreuses causes sociales conservatrices est timoré, pour dire le moins. Ce qui est plus important encore, c’est que les néoconservateurs suivent une ligne fondamentalement ethnique en ce qui concerne l’immigration, tout en s’opposant aux intérêts ethniques des paléo-conservateurs qui veulent conserver leur hégémonie ethnique. La ligne directrice ethnique du néoconservatisme se manifeste également dans leur défense de l’idée que les États-Unis doivent pratiquer une politique extérieure très interventionniste, ayant en vue l’établissement de la démocratie partout dans le monde et les intérêts d’Israël, et non pas l’intérêt national spécifique des États-Unis. Enfin, le néoconservatisme a joué son rôle dans le mouvement conservateur américain pour contrebalancer la forte tendance juive à soutenir des candidats de gauche et d’extrême-gauche. Les intérêts ethniques juifs sont mieux servis en exerçant une influence sur les deux grands partis, afin de réaliser un consensus sur les questions chères aux Juifs, et, comme nous l’avons vu, le néoconservatisme a servi à tracer les limites de la légitimité conservatrice conformément aux intérêts juifs.

À mesure que l’antisémitisme se développe, les Juifs abandonnent les mouvements auxquels ils ont donné l’impulsion intellectuelle initiale. Ce phénomène pourrait tout à fait se reproduire dans le cas du multiculturalisme. De fait, les adversaires les plus en vue du multiculturalisme sont des néoconservateurs juifs et des organisations comme la National Association of Scholars (NAS), qui compte beaucoup d’adhérents juifs. (La NAS est un groupement d’enseignants qui combat les excès les plus voyants du féminisme et du multiculturalisme à l’université). Dans ces conditions, les tentatives de liaison entre les Juifs et les idéologies politiques non-religieuses pourraient bien être vouées à l’échec, à long terme. B. Ginsberg fait ressortir ce point lorsqu’il remarque que l’antisémitisme devient de plus en plus manifeste aussi bien chez les Américains de gauche et chez les conservateurs, que chez les radicaux populistes.

La question du multiculturalisme est une stratégie juive fort problématique. On pourrait dire que les Juifs veulent le beurre et l’argent du beurre. « Les Juifs se trouvent souvent pris en tenaille entre la défense fervente et la critique des lumières. Beaucoup de Juifs pensent que la substitution de l’idéal universaliste des lumières par une politique différentialiste et une « multiculture » fragmentée risque de menacer leur position acquise. Dans le même temps, ils reconnaissent qu’une « monoculture » homogène met en danger la particularité juive (…) Ils cherchent à mettre les vertus des lumières à l’abri des contrecoups de leur propre naufrage et à dégager un horizon inclusif loin du multiculturalisme, où règnent en maître la fragmentation et l’esprit de division » (Biale, Galchinsky & Heschel, Introduction : The Dialectic of Jewish Enlightment, in Insider/Outsider : American Jews and Multi-Culturalism, p. 7). Les société multiculturelles, marquées par une fragmentation et une tension ethnique constante, sont peu susceptibles de correspondre aux besoins des Juifs sur la durée, quand bien même elles subvertiraient la domination démographique et culturelle des peuples d’origine européenne sur les terres que naguère ils dominaient.

Moyennant quoi, il existe une fondamentale et insoluble friction entre le judaïsme et la structure politique et sociale prototypique en Occident. La très longue histoire de l’antisémitisme dans les sociétés occidentales, marquée par tant de récurrences après des périodes de sommeil, conforte un tel diagnostic. L’incompatibilité entre le judaïsme et la culture occidentale se manifeste aussi dans la tendance qu’ont les sociétés occidentales individualistes à briser la cohésion du groupe juif. Comme l’avait souligné Arthur Ruppin en 1934, toutes les manifestations modernes du judaïsme, allant de la néo-orthodoxie au sionisme, sont des réponses aux effets corrosifs des lumières sur le judaïsme, autrement dit, un ensemble de structures défensives érigées contre « l’influence destructrice de la civilisation européenne » (The Jews in the Modern World, p. 339). Du point de vue théorique, il y a de bonnes raisons de croire que l’individualisme occidental est incompatible avec le principe d’un conflit pour l’acquisition des ressources fondé sur les groupes, lequel a été la conséquence systématique de la montée en puissance du judaïsme dans les sociétés occidentales (cf. SAID, chap. 3 à 5).

Alan Ryan a saisi sur le vif cette friction dans son examen de la « contradiction latente » des lignes politiques défendues respectivement par Richard J. Herrnstein et Charles Murray, auteurs de The Bell Curve : Intelligence and Classe Structure in American Life, ouvrage passablement controversé. Ryan affirme que « Herrnstein est l’apôtre d’un monde où les gamins juifs doués, ou leurs équivalents, bien que d’origine modeste, tirent leur épingle du jeu et finissent par diriger Goldman Sachs ou le département de physique d’Harvard. Quant à Murray, il se fait l’apôtre du Midwest qui l’a vu grandir, un monde dans lequel le garagiste du coin ne s’est jamais posé la question de savoir s’il était plus ou moins intelligent que l’instituteur. Le problème est que ce monde-ci a été tant subverti par ce monde-là que la simple présence de ses bénéficiaires lui répugne. » (Apocalypse now ? New York Review of Books # 41 – 1994, p. 11).

La structure sociale qui aurait la faveur de Murray est marquée par un individualisme modéré, la présence de la méritocratie et de la hiérarchie, mais aussi d’une certaine cohésion et d’une l’homogénéité ethnique et culturelle. C’est une société où il existe un degré d’harmonie entre les classes sociales et qui tempère l’individualisme extrême au sein de l’élite par des contrôles sociaux.

En Occident, il y a une forte tendance à développer ce genre de sociétés, dès le moyen âge, mais qui n’est pas absente à mon sens de la civilisation romaine classique, de l’époque de la république. L’idéal de l’harmonie hiérarchique est au centre de la doctrine sociale de l’église catholique, qui fut élaborée à la fin de l’empire romain et qui connut son apogée lors du haut moyen âge. Cet idéal transparaît dans un grand courant de l’histoire intellectuelle allemande, qui commença avec Herder au dix-huitième siècle. L’un des traits les plus fondamentaux de cette harmonie hiérarchique européenne prototypique a été l’imposition sociale de la monogamie, forme de nivellement reproductif ayant desserré les liens entre richesse et succès reproductif. D’un point de vue évolutionnaire, les sociétés occidentales peuvent réaliser leur cohésion parce que les rapports sociaux hiérarchiques sont relativement dénués de conséquences reproductives.

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Le phénomène des élites hostiles était déjà présent au moyen âge

Un monde de ce genre est menacé d’en haut par la domination d’une élite individualiste déliée de toute obligation vis-à-vis des individus de statut inférieur, qui peuvent l’être à cause de leurs moindres capacités intellectuelles ou de leur moindre fortune. Il est menacé du dedans par le développement d’une société constituée d’un ensemble de groupes séparés ethniquement, en compétition permanente et très imperméables ; le judaïsme fournit l’exemple historique de ce genre de groupe et les adeptes du multiculturalisme préconisent ce modèle de société. Il est enfin menacé du dessous par une plèbe d’individus de plus en plus nombreux, pourvus des attributs décrits par Herrnstein et Murray : irresponsables et incompétents en tant que parents ; enclins aux conduites criminelles, aux maladies mentales et à l’abus de drogues ; prédisposés enfin à une rapide expansion démographique. Ces gens ne sont pas capables de contribuer économiquement, socialement ou culturellement à la société de la fin du vingtième siècle, ou à une quelconque civilisation humaine fondée sur un degré substantiel de réciprocité, de volontarisme et de démocratie.

Étant donné que la persistance du judaïsme implique que la société sera composée de groupes plus ou moins imperméables en compétition, il faut conclure que la condamnation néoconservatrice du multiculturalisme est inconséquente intellectuellement. Les préconisations sociales des néoconservateurs impliquent une forme de multiculturalisme où la société dans son ensemble est culturellement fractionnée et socialement atomiste. Ces caractéristiques sociales ne permettent pas seulement l’ascension sociale juive, mais elles contrecarrent aussi le développement de groupes de Gentils antisémites et fortement soudés. Elles sont en outre incompatibles avec les privilèges de groupe et les programmes de discrimination positive qui seraient forcément préjudiciables aux Juifs. Comme le fait remarquer Horowitz :

De hauts niveaux de fragmentation sociale, couplés à la liberté de culte, tendent à produire des formes bénignes d’antisémitisme, couplées à une condition juive stable. Le brillant intellect juif postulé émerge facilement sous des conditions pluralistes de ce genre, alors que l’intellect juif se dissout avec la même facilité sous des conditions politiquement monistes ou totalitaires. (The Decomposition of Sociology, p. 86)

Les néoconservateurs juifs acceptent aisément le principe d’une société radicalement individualiste dans laquelle les Juifs pourraient s’attendre à devenir économiquement, politiquement et culturellement dominants, tout en ne devant qu’une loyauté minimale aux classes sociales inférieures (formées essentiellement de non-juifs). Ce genre de société tend à produire des pressions sociales extrêmes, étant donné que les membres sérieux et responsables des classes laborieuses sont placés dans des conditions économiques et politiques de plus en plus précaires. À l’instar de l’activité intellectuelle de l’École de Francfort, la prescription néoconservatrice juive pour la société dans son ensemble s’oppose radicalement à la stratégie adoptée pour l’endogroupe. Le judaïsme traditionnel et dans une très grande mesure, le judaïsme contemporain, ont tiré leur force non seulement de leurs élites intellectuelles et entrepreneuriales, mais aussi de la loyauté inébranlable des Juifs sérieux, responsables et travailleurs de moindre statut et de moindre talent, qui formaient leur clientèle. Et il faut souligner ici qu’historiquement, les mouvements populaires qui ont tenté de restaurer cet état typiquement occidental d’harmonie hiérarchisée, contre l’exploitation des élites individualistes et le caractère diviseur des conflits entre groupe, ont souvent été marqués par une forte coloration antisémite.

Qui plus est, la fons et origo des politiques sociales et des renversements culturels qui ont provoqué la situation périlleuse qui se développe rapidement aux États-Unis réside très largement dans les mouvements intellectuels et politiques dominés par les Juifs que nous avons décrits dans ce volume. J’ai tâché de documenter le rôle de ces mouvements qui ont soumis la culture occidentale à une critique radicale, en particulier le mouvement intellectuel et politique gauchiste des années 1960. Or, c’est l’héritage de ce mouvement culturel qui a démontré son ascendant, en jetant les bases du mouvement multiculturaliste et en justifiant les politiques sociales qui gonflent les effectifs du sous-prolétariat et la présence démographique et culturelle des non-Européens dans les sociétés occidentales.

Du point de vue de ces critiques gauchistes, l’idéal occidental de l’harmonie hiérarchique et de l’assimilation est perçu comme irrationnel, romantique et mystique. La courtoisie occidentale n’est plus qu’un mince vernis qui masque une réalité faite d’exploitation et de conflit – « une grande ecclesia super cloacum [église bâtie sur des égouts] » (Cuddihy, The Ordeal of Civility, p. 142). À ce titre, il est frappant de constater à quel point tout un courant de la sociologie issu de Marx s’est échiné à souligner le conflit entre les classes sociales, plutôt que l’harmonie sociale. Irving Louis Horowitz fait par exemple remarquer que la sociologie américaine, sous l’influence des intellectuels juifs, a modifié à partir des années 1930 « la signification de l’Amérique, qui n’était plus vue comme une expérience consensuelle, mais comme une série de définitions conflictuelles », auxquelles appartiennent cette sensibilité accrue aux questions ethniques (The Decomposition of Sociology, p. 75).

Historiquement, cette manière de concevoir la structure sociale sous le prisme du conflit est associée à l’idée que l’inévitable lutte entre les classes sociales ne peut se résoudre que par le nivellement complet des résultats économiques et sociaux. L’idéal en question ne peut être atteint qu’en adoptant un point de vue environnementaliste radical sur les origines des différences individuelles quant à la réussite économique et autres réalisations culturelles, et en accusant les inégalités environnementales de chaque échec individuel. Or, comme cet environnementalisme radical est scientifiquement infondé, les politiques sociales fondées sur cette idéologie tendent à provoquer de hauts niveaux de conflit social et à accentuer la diffusion de l’incompétence intellectuelle et de la pathologie sociale.

Il faut reconnaître que d’un point de vue évolutionnaire, l’organisation sociale prototypiquement occidentale, faite d’une combinaison d’harmonie hiérarchique et d’individualisme atténué, est intrinsèquement instable. Cette condition a incontestablement contribué à la nature particulièrement dynamique de l’histoire occidentale. On a souvent remarqué que dans l’histoire de Chine, rien n’avait vraiment changé. Les différentes dynasties, marquées par une polygamie intensive et un despotisme politique tantôt modéré, tantôt extrême, se sont suivies les unes les autres sans changement social fondamental, pendant une très longue période de temps historique. Les données examinées par L. Betzig, dans Despotism and Differential Reproduction, montrent que le même diagnostic s’applique à l’histoire de l’organisation politique des autres sociétés humaines stratifiées.

En Occident toutefois, l’état prototypique d’harmonie sociale décrit plus haut souffre d’une instabilité chronique. Ses conditions initiales uniques, qui impliquaient un important degré de nivellement reproductif ont entraîné un dynamisme historique considérable. Ce qui mettait le plus souvent en danger la hiérarchie harmonique était le comportement individualiste des élites, tendance qui n’a rien d’étonnant pour un évolutionniste. Les premiers pas de l’industrialisation furent par exemple marqués par la désintégration de l’édifice social, de hauts niveaux d’exploitation et de conflit entre les classes sociales. Pour prendre un autre exemple, l’esclavage des Africains fut, à court terme, d’un bon rapport pour l’élite individualiste des aristocrates du Sud des États-Unis, mais il fut une calamité pour la société dans son ensemble. Nous avons également observé que les élites occidentales ont souvent prêté main forte aux intérêts économiques juifs, au détriment des autres secteurs de la population indigène, et qu’à différentes époques, les Juifs se sont faits les véhicules de l’orientation individualiste des élites non-juives, la favorisant ainsi en retour.

À ce titre, la collaboration entre des militants juifs et des industriels non-juifs intéressés par la perspective de main d’œuvre à bon marché, a été d’une importance considérable dans l’histoire de l’immigration aux États-Unis, au moins jusqu’à 1924. Récemment, des auteurs comme Peter Brimelow et Paul Gottfried ont attiré notre attention sur l’émergence d’une « nouvelle classe » supérieure constituée d’internationalistes, adversaires de l’État-nation fondé sur des liens ethniques et chauds partisans d’une immigration qui fait décroître l’homogénéité des sociétés traditionnelles. L’intérêt égoïste des individus de ce groupe est de coopérer avec leurs semblables dans d’autres pays, plutôt que de s’identifier aux échelons inférieurs de leur propre société. Bien que ce type d’internationalisme soit au plus haut point compatible avec le projet ethnique juif – et les Juifs sont sans aucun doute sur-représentés au sein de ce groupe – il faut considérer que les membres non-juifs de cette nouvelle classe poursuivent leurs propres objectifs étroitement individualistes.

L’individualisme des élites n’a toutefois pas été seul à mettre en danger l’harmonie hiérarchique occidentale. Comme nous l’avons établi dans SAID, cet idéal a été mis en pièces, lors d’époques historiques décisives, par un intense conflit de groupes entre le judaïsme et des segments de la société non-juive. Aujourd’hui, peut-être pour la première fois dans l’histoire, cette harmonie hiérarchique est menacée par le développement d’une plèbe, dont les membres sont dans une proportion démesurée membres des minorités raciales et ethniques, situation qui entraîne une intense conflictualité entre groupes. C’est en particulier la proportion démesurée d’Afro-Américains dans le sous-prolétariat américain qui rend problématique toute solution politique à cette mise en danger de l’harmonie hiérarchique.

Auteur: Basile

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2 Commentaires sur "Culture de la Critique – Conclusion : Où vont le judaïsme et l’Occident ? (2)"

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Rho 2
17 octobre 2019 23 h 24 min

Ouf ! Encore merci, mon cher Basile, de mettre à la disposition de tous les francophones cette œuvre extraordinaire qu’est celle de Kevin MacDonald.
Le génie de cet homme transparaît dans chacune de ses lignes. Ses lignes lui ont peut-être coûté autant d’effort que celles de Céline qui noircissait près de dix mille pages pour n’en retenir au plus que quelques centaines, mais leur limpidité et leur fluidité sont un modèle du genre et chacune d’elles apporte des informations absolument fondamentales pour qui veut comprendre les juifs et ce qu’ils ont fait des USA et plus généralement de l’Occident.
Ce mec n’est pas une lumière ; c’est carrément un soleil…
Les youtres ont mis au point des stratégies des plus élaborées pour détruire la cohésion des nations blanches et y prendre le pouvoir, mais leurs armes, aussi efficaces qu’elles aient pu être, commencent effectivement par se retourner contre eux et à s’attaquer à la cohésion de leur propre communauté où surgissent, sous l’influence de systèmes élaborés pour saper uniquement les fondements des sociétés Aryennes, des groupes de juifs rivaux, voire totalement antagonistes. On l’a bien vu récemment chez nous où un Attali et un Zemmour s’opposent avec une férocité non feinte, même si l’un comme l’autre n’a évidemment en tête que les intérêts de sa tribu.
Et le multiculturalisme associé à la discrimination positive porte en germe la remise en question des positions privilégiées occupées par les juifs, infiniment plus nombreuses que ne le voudrait une répartition ne tenant compte que du pourcentage de leur ethnie dans la population globale. Ils s’en retrouvent opposés aux principes totalement aberrants qu’ils ont eux-mêmes promus.
C’est un peu la malédiction qui plane depuis toujours sur cette race de prédateurs, parasites des peuples Aryens dont ils exploitent le travail et la naïveté.
Leur fameuse légende du golem a sans nul doute été écrite par l’un d’eux, plus lucide que la plupart de ses congénères, qui a réalisé que ces derniers ne savent pas s’arrêter ni même seulement rester raisonnables dans leurs prétentions, et que les monstres qu’ils créent pour anéantir leurs ennemis finissent par se retourner contre eux. J’imagine que comme d’autres après lui, il aura été mis au ban de sa communauté avant que ses prédictions se réalisent. Les juifs n’apprennent pas de l’histoire car ils vivent dans une histoire imaginaire uniquement meublée de légendes à leur gloire.
Il est étonnant qu’un homme comme Murray se soit associé avec (((Herrnstein))) pour écrire “The Bell curve”.
Sa vision bien plus saine, car exacte, de la répartition de l’intelligence, s’opposait à celle de son co-auteur uniquement préoccupé de faire croire à un fondement scientifique de la domination de sa race sémite. Il n’en est rien, bien au contraire.
À l’époque où la Mensa ne recrutait ses membres que sur la base des résultats de tests anonymes organisés par l’association, de façon groupée et dans un local pouvant accueillir de nombreux candidats venus de tous les horizons, le nombre de youpins admis après avoir fait la preuve d’un QI supérieur à 146 était insignifiant.
Et puis, sur la suggestion de certains membres du bureau dont il y a fort à parier qu’ils appartiennent à cette (((communauté de prétendues lumières qui feraient mieux de la mettre en veilleuse))), il a été admis que les postulants pouvaient passer ces tests chez un psychologue agréé qui en certifierait les résultats. Depuis, comme c’est bizarre, leur nombre a curieusement augmenté. Ce qui n’a pas fait augmenter le niveau des activités : des soirées karaoké ont succédé aux débats sur la mécanique quantique…
L’entrisme des juifs, c’est ça : profiter de la candeur de ces cons de goyim, infiniment plus brillants mais incapables de concevoir à quel point un youtre peut être tordu et malhonnête, pour les subvertir, s’imposer chez eux, et finalement y prendre le pouvoir et les dépouiller.
Le problème est que l’illusion ne dure pas.
Le youtre prétendument génial étale sa connerie dès qu’il ouvre la bouche et ses contradictions aussitôt que ses combines machiavéliques se retournent contre lui après avoir été reprises par d’autres parasites qui veulent une plus grande part du gâteau.
À force, même les moins lucides réaliseront à quel point on les a manipulés et de nouveaux pogroms se profileront à l’horizon.
Et c’est bien ce que commencent à comprendre les youtres un peu plus lucides.

Jacot
18 octobre 2019 8 h 10 min

Magnifique ! Merci Basile pour cette traduction d’une inestimable qualité et merci cher camarade Rho 2 pour tes commentaires savoureux et résumant bien la malfaisance et la perfidie de cette engeance parasite !
Vive Blanche europe sans qui nous n’aurions peut-être pas connu le chef-d’œuvre de Kevin MacDonald !
RAHOWA !

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