Culture de la Critique : L’implication juive dans l’élaboration de la politique migratoire U.S. (8)

Le sommaire des parties déjà traduites est à retrouver ici.


L’activité juive anti-restrictionniste, 1953-1965

Pendant cette période, le Congress Weekly soulignait régulièrement le fait que les organisations juives étaient à l’avant-garde de la libéralisation des lois sur l’immigration. L’éditorial du numéro du 20 février 1956, page 3, félicitait le président Eisenhower de « s’être opposé sans équivoque au système des quotas, lequel a soulevé, plus que tout autre aspect de notre politique migratoire, une aversion puissante et généralisée dans le public américain. En proposant de ‘renouveler les critères et les directives’ d’admission, le président Eisenhower a pris une position courageuse et même plus avancée que celle de nombre de défenseurs d’une libéralisation de la politique migratoire. La position qu’il fait sienne avait d’abord été défendue par l’American Jewish Congress et d’autres agences juives. »

De son côté, l’AJCommittee faisait tout son possible pour maintenir en vie la question de l’immigration dans cette période d’apathie générale, entre l’adoption de la loi McCarran-Walter et le début des années 1960. Comme le font remarquer N. W. Cohen et S. M. Neuringer, les organisations juives avaient intensifié leurs efforts durant cette période. L’AJCommittee avait contribué à mettre sur pied deux organisations immigrationnistes – la Joint Conference on Alien Legislation et l’American Immigration Conference – dont il assurait l’essentiel du financement et réalisait la plupart des tâches. En 1955, l’AJCommittee constitua une National Commission on Immigration and Citizenship qui rassemblait des citoyens influents, « afin d’apporter du prestige à sa campagne » (N. W. Cohen, op. cit. p. 373).

Tous ces groupes étudiaient les lois sur l’immigration, disséminaient des informations au public, apportaient leur témoignages aux auditions parlementaires et poursuivaient d’autres projets allant dans le même sens (…) Il n’y eut pas de résultats immédiats ou spectaculaires, mais la campagne de l’AJC, menée de concert avec d’autres groupes de même orientation, fut si tenace qu’elle finit par pousser à l’action l’administration Kennedy puis l’administration Johnson. (loc. cit.)

Oscar Handlin, grand historien de l’immigration à Harvard, écrivit en 1952 un article qui présente un microcosme fascinant du point de vue juif sur l’immigration dans cette période. Handlin l’écrivit pour Commentary (revue de l’AJCommittee) presque trente ans après la défaite de 1924 et au lendemain de l’adoption de la loi McCarran-Walter, et l’intitula Le combat pour l’immigration ne fait que commencer : leçons de la défaite nommée McCarran-Walter. Ce titre est un signe remarquable de la ténacité et de l’obstination caractéristiques de l’implication juive à ce sujet. L’article appelle les lecteurs à ne pas se laisser décourager par cette récente défaite, qui a eu lieu « malgré nos efforts tendant à faire réviser nos lois sur l’immigration ».

Handlin s’efforce de formuler sa position en termes universalistes, expliquant qu’elle est à l’avantage des Américains et qu’elle s’accorde à leurs idéaux selon lesquels « tous les hommes étant frères, ils sont tous capables d’être américains ». La législation migratoire actuelle reflète une « xénophobie raciste », comme le prouvent les quotas purement symboliques d’Asiates et le refus de faire profiter les Noirs des Antilles des quotas britanniques. Handlin rattache le point de vue restrictionniste de Pat MacCarran à « la haine des étrangers qui a imprégné toute sa jeunesse et par les réminiscences de peur diffuse d’être tenu pour l’un d’eux », reprenant ainsi l’argument de l’identification-à-l’agresseur, cher à la psychanalyse (McCarran était catholique).

Dans son article, Handlin employait le « nous », comme dans cette remarque : « si nous ne pouvons pas vaincre McCarran et ses partisans avec leurs propres armes, nous pouvons tâcher de détruire l’efficacité de ces armes ». Handlin exprime ainsi sa conviction qu’il y a un intérêt juif unifié à libéraliser la politique migratoire et annonce le travail de sape à venir de la loi de 1952. Sa stratégie anti-restrictionniste commandait d’altérer, chez les chercheurs en sciences humaine, l’idée qu’il était « possible et nécessaire de faire des distinctions parmi les ‘races’ d’immigrés qui exigeaient à cor et à cri d’être admis aux États-Unis ». Son idée de recruter des chercheurs en sciences humaines dans la bataille pour l’immigration congruait tout à fait au projet de l’école boasienne d’anthropologie, que nous avons examinée au deuxième chapitre. Comme l’a bien vu Higham, l’ascendant de ce corpus d’idées a joué une part notable dans la défaite finale des restrictionnistes.

Handlin présentait d’une façon très tendancieuse la logique de préservation du statu quo ethnique qui sous-tendait la position restrictionniste de 1921 à 1952 :

Ces lois sont mauvaises en ce qu’elles reposent sur le fondement raciste que l’humanité est divisée en différents types fixes, séparés biologiquement et culturellement les uns des autres. Dans ce cadre, on affirme que les Américains sont des Anglo-saxons et qu’ils doivent le rester. Concernant tous les autres, la loi veut que les États-Unis les rangent en fonction de leur plus ou moins grande proximité à notre « type » supérieur, et parmi les millions et les millions d’Américains qui ne descendent pas des Anglo-Saxons, les lois font un tri selon le degré d’infériorité.

Hendlin déplore l’apathie des « Américains naturalisés », qui ne participent pas à l’enthousiasme de l’effort juif. « Beaucoup de groupes n’ont pas compris que la proposition de loi McCarran-Walter concernait leurs propres positions ». Il leur propose d’agir en tant que groupes pour faire valoir leurs intérêts : « L’Italo-Américain a le droit de donner de la voix sur ces questions précisément en tant qu’ Italo-Américain ». Le présupposé est ici que les États-Unis devraient être composés de sous-groupes soudés animés de l’idée de leurs intérêts collectifs, à faire valoir contre les gens d’extraction nord et ouest-européenne ou contre les États-Unis dans leur ensemble. Est aussi présente l’idée que les les Italo-Américains auraient intérêt à promouvoir l’immigration d’Africains et d’Asiates et à façonner une telle société multiraciale et multiculturelle.

Handlin développa ces points de vue dans un livre publié en 1957, Race and Nationality in American Life. Il s’agit d’un pot-pourri d’« explications » psychanalytiques des conflits ethniques et de classe à partir de l’idéologie de La Personnalité autoritaire, associées à la théorie boasienne voulant qu’il n’y ait pas de différences biologiques entre les races qui puissent influencer le comportement. On y trouve aussi fortement soulignée l’idée que les hommes peuvent être perfectionnés en changeant les institutions humaines défectueuses. Handlin défend le principe d’une immigration issue de toutes les régions du monde, défini comme un devoir moral. Toutefois, lorsque la question israélienne est examinée au douzième chapitre, on ne trouve nulle indication qu’Israël lui aussi devrait tendre à considérer que l’ouverture de l’immigration au monde entier est un devoir moral, ou que les Juifs ne devraient pas se sentir obligés de conserver le pouvoir politique en Israël. En lieu et place de ces considérations, l’auteur se penche sur la question de la cohérence morale de la double loyauté aux États-Unis et à Israël. Cette cécité morale concernant les questions juives été soulignée par Albert Lindemann, qui remarque que le livre de Handlin intitulé Three Hundred Years of Jewish Life in America ne pipe mot des marchands d’esclaves et les propriétaires d’esclaves juifs « même quand il nomme les ‘gros négociants juifs’ qui firent fortune dans le commerce d’esclaves. » (Esau’s Tears : Modern Anti-Semitism and the Rise of the Jews, p. xx).

Quelque temps après l’article de Handlin, en 1955, William Peterson écrivit, dans Commentary également, que les forces immigrationnistes devraient défendre explicitement l’idée d’une société multiculturelle aux États-Unis, et que cet objectif dépassait en importance tout autre objectif intéressé, comme par exemple celui d’obtenir des travailleurs qualifiés dont on avait besoin ou d’améliorer les relations diplomatiques. Il cita à l’appui de sa thèse un ensemble de chercheurs en sciences humaines, presque tous juifs, dont les travaux, lancés par Horace Kallen et sa défense d’un société multiculturelle et pluraliste, « apportent les prémisses d’une légitimation universitaire d’une autre politique migratoire, qui va peut-être un jour rentrer dans la loi ». Dans cette liste de noms figuraient, à côté de Kallen, Melville Herskovits (un anthropologue boasien), Geoffrey Gorer, Samuel Lubell, David Riesman (un New York Intellectual), Thorsten Sellin et Milton Konvitz.

Ces chercheurs en sciences humaines ont effectivement croisé le fer sur le terrain de l’immigration. La citation suivante, tirée d’un ouvrage sur la politique migratoire écrit par Milton Konvitz, de l’université Cornell (et publié par les presses universitaires de Cornell), rejette l’idée de faire de l’intérêt national un élément de la politique migratoire U.S., reflétant ainsi un aspect distinctif du point de vue juif sur l’immigration.

Donner une si grande place aux qualifications technologiques et professionnelles revient à éliminer toute trace d’humanitarisme de notre politique migratoire. Nous mériterions peu de remerciements de ceux que nous faisons venir ici si nous ne les acceptons que parce qu’il se trouve que leur présence est requise d’urgence, en raison de leur formation et de leur expérience, pour satisfaire nos intérêts nationaux. C’est à peine de l’immigration, c’est de l’importation de compétences, qui n’est pas tellement différente de l’importation de café ou de caoutchouc. Nous reconnaissons à peine l’esprit des idéaux américains quand on néglige le caractère et les promesses d’un homme pour ne regarder qu’à sa formation et aux compétences professionnelles qu’il a la chance de posséder. (Konvitz, Civil Rights in Immigration, p. 26)

Parmi les autres fameux chercheurs en sciences sociales qui illustrèrent par leurs écrits le point de vue anti-restrictionniste, on trouvait aussi Richard Hofstadter et Max Lerner. Hofstadter, qui contribua tant à dépeindre les populistes de l’Ouest et du Sud en antisémites irrationnels, condamna aussi ces mêmes populistes pour avoir eu l’intention de « maintenir l’homogénéité de la civilisation yankee » (The Age of Reform : From Bryan to FDR, p. 34). Il reliait le populisme à la question de l’immigration : à ses yeux, le populisme « recevait en grande partie sa coloration de la réaction à ce courant immigré, parmi les éléments indigènes de la population » (ibidem p. 11).

Dans America as a Civilization, ouvrage encensé par la critique, Max Lerner relie explicitement à la question de l’immigration l’essentiel de la tradition intellectuelle que nous avons examinée dans les chapitres précédents. Leerner considère que les États-Unis sont une nation tribaliste qui « rejette l’étranger avec passion » (p. 502). Il affirme que « lors de l’adoption des lois sur les quotas [d’immigrés, en 1924], le racisme est arrivé à pleine maturité en Amérique ». Lerner déplore que ces lois « racistes » soient toujours en vigueur, en raison du sentiment populaire, « quoiqu’en disent les intellectuels ». Il reproche carrément aux Américains, s’agissant de la question de l’immigration, de ne ne pas suivre les directives de l’élite intellectuelle urbaine et à dominante juive, représentée par l’auteur. Cette remarque reflète l’élément anti-démocratique et anti-populiste de l’activité intellectuelle juive, que nous avons examiné aux cinquième et sixième chapitres.

Lerner considère que l’œuvre d’Horace Kallen apporte le modèle d’une Amérique multiculturelle et pluraliste (p. 93), expliquant par exemple approuver l’idée « de communautés ethniques qui existent dans le sein de la communauté américaine au sens large, chacune s’efforçant de maintenir les éléments de son identité de groupe et, ce faisant, d’enrichir le motif culturel d’ensemble » (p. 506). Tout en concédant que les Juifs ont résisté énergiquement à l’exogamie, il explique que l’immigration et le métissage ne produisent que des effets bénins : « bien que certains historiens de la civilisation soutiennent que la dilution du fonds génétique indigène doive provoquer une décadence civilisationnelle, les exemples des cités-États italiens, de l’Espagne, de la Hollande, de la Grande-Bretagne et aujourd’hui, de la Russie et de l’Inde, ainsi que de l’Amérique, montrent bien que la phase la plus vigoureuse peut émerger du mélange de plusieurs fonds génétiques. Le plus grand danger, c’est de relever les pont-levis » (p. 82).

Lerner cite favorablement Franz Boas et ses travaux sur la plasticité de la taille des crânes, tout en affirmant qu’il s’agit-là d’un paradigme qui montre l’immense portée des influences environnementales. Sur cette base, il affirme que les différences intellectuelles et biologiques entre groupes ethniques sont entièrement le produit de différences environnementales. Dans ces conditions, « on peut comprendre la crainte des taux de fécondité plus prolifiques des minorités, mais comme elles sont largement le produit d’un bas niveau de vie, la stratégie consistant à emmurer les minorités dans une caste semble contre-productive » (p. 506). Pour finir, Lerner se sert de La Personnalité autoritaire pour interpréter les conflits ethniques et l’antisémitisme (p. 509).

Handlin écrivait que la loi McCarran-Walter n’était qu’une défaite temporaire, et il avait raison. Trente ans après le triomphe du restrictionnisme, seuls les groupes juifs continuaient à défendre âprement l’idée d’une Amérique multiculturelle. Quarante-et-un an après le triomphe restrictionniste de 1924 et des quotas par nationalité, et treize ans seulement après sa réaffirmation par la loi McCarran-Walter de 1952, dans un climat intellectuel et politique radicalement changé, les organisations juives saluèrent la fin du critère géographique et national dans la législation migratoire, lequel était destiné à maintenir le statu quo ethnique.

Une disposition particulièrement importante de la loi sur l’immigration de 1965 augmentait le nombre d’immigrés hors-quotas. Les porte-parole juifs, dès les auditions de témoins de 1924, s’étaient portés aux avant-postes pour faire admettre les membres des familles en dehors des quotas. Pendant les débats parlementaires relatifs à la loi McCarran-Walter, le représentant Walter avait fait remarquer que les organisations juives ne centraient pas leur attention sur les aptitudes professionnelles, mais sur le regroupement familial. Répondant au représentant Javits qui se plaignait que la proposition de loi impliquait que 50 % des quotas de Noirs des colonies antillaises britanniques seraient réservés aux gens ayant des aptitudes précises, Walter dit ce qui suit : « Je souhaiterais attirer l’attention de ce monsieur sur le fait qu’il s’agit du principe voulant qu’on utilise 50 % du quota pour les gens dont on a besoin aux États-Unis. Mais si la première catégorie n’atteint pas les 50 %, le restant peut entrer dans l’autre catégorie, ce qui répond aux objections que font les organisations juives, à savoir que les familles sont séparées. » (Cong. Rec. du 13 mars 1952, p. 2284).

Avant la loi de 1965, Bennett, à l’occasion d’une analyse du regroupement familial tel que prévu par la loi de 1961, remarquait que « les liens de sang ou de mariage et le principe d’unification des familles sont devenues le ‘Sésame, ouvre-toi’ des barrières migratoires » (American Immigration Policies : A History, p. 244). En outre et malgré les dénégations répétées des anti-restrictionnistes, qui affirmaient que leurs projets n’affecteraient pas l’équilibre ethnique du pays, Bennett remarquait dans cet ouvrage de 1963, que « l’extension répétée et persistante des statuts hors-quotas attribués à des immigrés issus de pays ayant dépassé leurs quotas et ciblés de façon discriminatoire [par la loi McCarran-Walter], jointe à des renoncements administratifs d’inadmissibilité, à des ajustements de statuts et à des contrats privés, contribue à accélérer et à rendre inévitable un changement du visage ethnique de la nation », (ibidem p. 257). Il faisait référence à ce « travail de sape » contre la loi de 1952, que recommandait stratégiquement l’article de Handlin. De fait, un des argument majeurs avancé pendant les débats relatifs à la loi de 1965, énonçait que la loi de 1952 avait été si affaiblie qu’elle était devenue globalement caduque et qu’il fallait donc une refonte de la législation migratoire pour légitimer la situation de fait.

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Le Juif a l’obstination et la patience du saurien

Bennett fit aussi remarquer que « l’insistance sur la question de l’immigration est le fait de ceux qui voient les quotas non comme des plafonds, mais comme des planchers [les adversaires de la restriction migratoire disaient souvent que le non-remplissement de certains quotas étaient du « gâchis », pensant aux titres de séjour qui auraient pu être donnés à des non-Européens]. Ils veulent refaire l’Amérique à l’image des pays à faibles quotas, ils n’aiment ni fond de notre idéologie, ni nos orientations culturelles, ni notre héritage. Ils répètent que le devoir des États-Unis est d’accepter les immigrés sans prendre en compte leur capacité d’assimilation, ni nos problèmes ethno-démographiques. Ils veulent à tout prix rester des Américains naturalisés » (op. cit. p. 295)[le texte dit ‘hyphenated Americans’ soit ‘Américains à trait d’union’ : il s’agit des Afro-Américains, des Italo-Américains, des Judéo-Américains, etc. NdT].

Les nouvelles régulations des quotas imposées par la loi de 1965 mettaient l’accent sur le regroupement familial : 24 % des quotas de chaque zone géographique devait être réservée aux frères et sœurs de ceux qui étaient déjà citoyens américains. L’effet multiplicateur de cette disposition finit par subvertir de fond en comble le système des quotas en permettant un phénomène de « chaîne », par lequel des maillons interminables de parents proches de parents proches étaient admis en dehors du système des quotas.

Supposons un immigré, disons un étudiant en ingénierie, qui faisait ses études aux États-Unis dans les années 1960. S’il avait pu trouver un emploi après avoir eu son diplôme, il pouvait alors faire venir son épouse [en tant qu’épouses d’un résident étranger] et six ans plus tard, après avoir été naturalisé, il pouvait faire venir ses frères et sœurs [en tant que frères et sœurs d’un citoyen américain]. Ceux-là, de leur côté, pouvaient faire venir leurs épouses, époux et enfants. En l’espace de douze ans, un immigré qui était entré en tant que travailleur qualifié pouvait facilement générer 25 visas pour des beaux-frères, des nièces et des neveux. (Scott McConnell, ‘The new battle over immigration’, Fortune – 1988).

La loi de 1965 rabaissait aussi le critère exigeant des aptitudes professionnelles particulières. (En 1986, mois de 4 % des immigrés étaient admis sur la base des aptitudes professionnelles demandées, tandis que 74 % d’entre eux étaient admis sur la base du regroupement familial). Comme nous l’avons vu, le rejet du critère de l’aptitude professionnelle et des autres épreuves de compétence, en faveur des « buts humanitaires » et du regroupement familial, faisait partie de la ligne politique juive en matière d’immigration, au moins depuis le débat sur la loi McCarran-Walter du début des années 1950, et plus tôt encore, depuis leur opposition constante aux épreuves d’alphabétisation, depuis la fin du XIXe siècle.

Le sénateur Jacob Jarvits joua un rôle prépondérant lors des auditions parlementaires liées à la proposition de loi de 1965 et Emanuel Celler, qui avait combattu pendant 40 ans les restrictions migratoires à la chambre des représentants, finit par y faire passer une législation à sa convenance. Des organisations juives (American Council for Judaism Philanthropic Fund, Council of Jewish Federations & Welfare Funds et B’nai B’rith Women) adressèrent des communiqués aux sous-comités ad hoc du sénat, à l’instar d’autres organisations comme l’ACLU et Americans for Democratic Action, qui avait beaucoup de Juifs dans ses rangs.

Remarquons ici que bien avant la victoire finale de la ligne politique juive en matière d’immigration, Jarvits avait rédigé en 1951 un rapport intitulé Let’s open the gates [Ouvrons les portes], qui proposait de faire entrer 500.000 immigrés par an pendant 20 ans, sans aucune restriction quant à leur origine nationale. En 1961, ce même Jarvits fit une proposition de loi qui « cherchait à détruire [le système des quotas par origine nationale] au moyen d’une attaque de flanc, ainsi qu’ à augmenter les quotas d’immigration et l’immigration hors-quotas » (Bennett, op. cit. p. 250). Cette proposition de loi, outre qu’elle comportait des dispositions visant à lever les obstacles liés à la race, à l’ethnie et à l’origine nationale, stipulait aussi que les frères, les sœurs et les filles et fils mariés de citoyens américains, avec leur conjoints et leurs enfants, lesquels avaient déjà été déclarés éligibles à l’immigration en vertu des systèmes de quotas de la loi de 1957, fussent admis au titre d’immigrés hors-quotas. Cette version était encore plus radicale que la disposition incorporée dans la loi de 1965 qui facilita l’immigration non-européenne aux États-Unis. Même si cette proposition de loi de Jarvits ne fut pas adoptée à l’époque, ce fut le cas de certaines de ses propositions, comme le relâchement des restrictions concernant l’immigration asiatique et noire, le retrait de la classification raciale des visas (laquelle permit l’immigration illimitée et hors-quotas d’Asiatiques et de Noirs nés dans les pays occidentaux).

Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer qu’en 1965, la plus grande victoire des restrictionnistes consista à inclure les pays occidentaux dans le nouveau système de quotas, chose qui mit fin à la possibilité de l’immigration sans restriction depuis ces pays-là. Le sénateur Jarvits s’opposa âprement, dans des discours au sénat, à cette extension du système des quotas, expliquant que toute limitation de l’immigration issue de pays occidentaux aurait des conséquences funestes sur la diplomatie américaine. Lors des débats très révélateurs qui furent tenus au sénat au sujet de cette proposition de loi, le sénateur Sam Ervin affirma ce qui suit : « ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ne s’offusquent pas du fait que la Grande-Bretagne nous enverra 10.000 immigrés de moins par an que dans le passé. Leur seul motif d’alarme, c’est que la Guyane britannique ne pourra pas nous envoyer tous les immigrés qui veulent s’établir chez nous » (Cong. Rec. 89th Cong. 1St Sess., 1965, 24446-51). Les forces favorables à la libéralisation de l’immigration voulaient clairement faire venir une immigration illimitée aux États-Unis.

En 1965, les immigrationnistes ne furent pas en mesure d’empêcher le ministre du travail de poser deux conditions à l’immigration, à savoir qu’il y eût un nombre insuffisant d’Américains capables et désireux d’accomplir les tâches que les étrangers se déclaraient prêts à accomplir, et que l’emploi de ces étrangers n’affectât ni les salaires ni les conditions de travail des travailleurs américains. S. Liskovsky fit remarquer que les groupes immigrationnistes étaient contre ces exigences, mais qu’ils avaient néanmoins choisi par calcul de les accepter, pourvu que passât la proposition de loi qui supprimait les quotas par origine nationale. Mais quand la disposition proposée par le ministre du travail fut adoptée, « ils furent très inquiets. Ils exprimèrent publiquement leur crainte que la nouvelle procédure encombrante ne paralysât le gros de l’immigration des travailleurs qualifiés et non-qualifiés, ainsi que celle des autres immigrés » (‘United States immigration policy’, American Jewish Year Book – 1966).

Il n’est pas déraisonnable de penser que la loi de 1965 eut l’effet que ses défenseurs juifs avaient toujours recherché. Les projections du bureau du recensement conjecturent que vers l’an 2050, les gens d’ascendance européenne ne seront plus majoritaires dans la population des États-Unis. Qui plus est, le multiculturalisme est déjà devenu une puissante réalité idéologique et politique. Bien que les défenseurs de la proposition loi de 1965 affirmaient mordicus qu’elle n’affecteraient ni l’équilibre ethnique des États-Unis, ni sa culture, il est difficile de croire qu’on aurait pu trouver des défenseurs de cette loi qui n’étaient pas au courant de ses implications.

Les adversaires de cette proposition de loi étaient de leur côté tout à fait convaincus qu’elle allait affecter l’équilibre ethnique des États-Unis. En ce qui concerne les organisations comme L’AJCommittee et l’AJCongress, il serait déraisonnable de supposer qu’elles n’étaient pas au courant de la fausseté des pronostics établis par les partisans de cette loi, étant donné leur zèle militant concernant les moindres détails des lois sur l’immigration, leur hostilité au parti-pris favorable aux Européens du Nord et de l’Ouest qui caractérisait la politique migratoire antérieure à 1965, et la répugnance que leur inspirait l’idée d’un statu quo ethnique, laquelle se manifestait, par exemple, dans le document de la PCIN intitulé Whom We Shall Welcome [Ceux qu’il faut accueillir].

Considérant en outre leur ambition de mettre fin au statu quo ethnique, laquelle apparaît avec évidence dans l’argumentation anti-restrictionniste de 1924 à 1965, la loi de 1965 n’aurait pas été perçue par ses défenseurs comme une victoire s’ils ne l’avaient pas envisagée comme destinée à briser le statu quo ethnique. Comme nous l’avons vu, les partisans de l’immigration se préoccupèrent, immédiatement après l’adoption de la loi, d’amodier les effets limitatifs des procédures administratives régulant le nombre des immigrés. Il est donc révélateur que les anti-restrictionnistes aient vu la loi de 1965 comme une victoire. Après avoir régulièrement condamné les lois migratoires US et arboré l’éradication des quotas par nationalité, précisément parce qu’ils produisaient un statu quo ethnique, le Congress bi-Weekly cessa de publier des articles sur ce thème.

Qui plus est, Lawrence Auster montre que les partisans de cette loi cherchaient à brouiller la distinction entre l’immigration sous quotas et l’immigration hors-quotas et ne parlaient pas des effets de cette loi sur l’immigration hors-quotas. Les anticipations du nombre de nouveaux immigrés ne prenaient pas en considération le fait, pourtant bien connu et très discuté, que les anciens quotas qui favorisaient les pays d’Europe de l’Ouest n’étaient pas remplis. La rhétorique immigrationniste, fidèle à une tradition de plus de quarante ans, présentait les lois de 1924 et de 1952 comme fondée sur des théories de la supériorité raciale et non pas comme des tentatives de maintenir un statu quo ethnique.

En 1952 déjà, le sénateur McCarran était conscient des risques impliqués par la politique migratoire. Faisant écho aux propos sus-mentionnés de N. Vaile pendant les débats des années 1920, McCarran déclara ce qui suit :

Je crois que cette nation est le dernier espoir de la civilisation occidentale et que si cet oasis doit être submergé, perverti, contaminé ou détruit, alors c’est la dernière flamme tremblante de l’humanité qu’on aura éteinte. Je ne cherche pas querelle à ceux qui font l’éloge des contributions apportées à notre société par des gens de diverses races et religions. L’Amérique est en effet le confluent de beaucoup de cours d’eau qui en viennent à former un fleuve impétueux que nous appelons l’american way. Toutefois, nous voyons aujourd’hui que se sont formés aux États-Unis des blocs soudés et indigestes qui ne se sont pas intégrés au mode de vie américain, mais qui sont au contraire ses ennemis irréconciliables. Aujourd’hui, comme jamais auparavant, des millions et des millions des gens se jettent à nos portes pour être admis et ces portes cèdent sous la pression. La solution aux problèmes de l’Europe et de l’Asie ne viendra pas de la transplantation en masse de ces problèmes aux États-Unis (…) Je ne veux pas prophétiser, mais si les ennemis de cette loi réussissent à la tailler en pièces ou à l’amender au point de la rendre méconnaissable, ils auront davantage contribué à la chute de cette nation que tout autre groupe, depuis que nous avons acquis l’indépendance de notre nation. (Cong. Rec. du 2 mars 1953, p. 1518)

Auteur: Basile

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Rho 2
24 septembre 2019 2 h 48 min

MacCarran avait vu juste.
Les USA sont en train de sombrer ( et l’Europe aussi ). Ces enculés de youtres savaient dès 1965 qu’en imposant l’abandon des quotas et en permettant le regroupement familial qui permet à un immigrant de faire venir ensuite vingt cinq, voire bien plus, de membres de sa tribu, les États-Unis cesseraient d’être un pays dont la majorité des habitants sont des Blancs, vers 2050 au plus tard.
À part exterminer cette vermine nuisible sans le moindre jugement, ainsi que tous les déchets sub-humains qu’elle nous a imposé, je ne crois pas que nous puissions reprendre le contrôle de nos terres.
S’ils croient que leur plan machiavélique va se dérouler jusqu’au bout sans qu’il y ait une réaction des plus violentes de leurs victimes, ces gens sont fous. En fait, c’est bien ça leur problème ( et le nôtre ) : ils sont complètement fous et n’ont donc aucune conscience des limites à ne pas franchir.
Ces foutus youtres sont incapables de s’en fixer. Car leur avidité et leur soif de pouvoir sont si maladives qu’elles les empêchent de limiter leur parasitage à ce que les nations qu’ils noyautent peuvent supporter sans réagir brutalement, comme toute entité qui réalise qu’elle va bientôt crever.
Cette folie les a déjà amené à devoir subir des pogroms dont le souvenir devrait les ramener à la raison. Mais les juifs sont, à quelques rares exceptions près, incapables d’autocritique.
Ils se posent en éternelles victimes, refusant de reconnaître que ce qu’on subi leurs aïeux n’était que la juste sanction de leurs crimes et de leur comportement détestable.
Au lieu de s’amender et de devenir raisonnables, ils ne font qu’accroître leur haine des peuples dont ils sucent le sang, jusqu’à vouloir les exterminer alors qu’ils ne vivent que grâce au travail de ces goyims qu’ils méprisent tout en les jalousant pour leur beauté et leurs talents.
Le danger qu’ils représentent désormais pour notre race étant infiniment plus grave que celui que leurs ancêtres ont fait courir aux nôtres, la réaction à laquelle ils s’exposent sera, elle aussi, infiniment plus importante.
Eux qui n’ont cessé de crier au loup, ils se feront cette fois réellement déchirer par ses crocs…
Et ce sera justice, aussi terrible que puisse être cette fin.
Ils n’auront aucun endroit où aller lorsque ceux qu’ils croient pouvoir anéantir réaliseront que ce soi-disant peuple élu n’a aucune pitié pour nous ou pour nos enfants.
Les nôtres ne feront alors, à leur tour, preuve d’aucune pitié. Ce ne sera pas beau et même franchement dégueulasse.
Mais ils ne nous laissent pas le choix : soit nous nous laissons égorger comme des moutons, soit c’est nous qui devenons leurs bouchers.
Leur propre malédiction retombera sur leurs têtes et celles de leurs enfants.
Et ils en porteront l’entière responsabilité.

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