Culture de la Critique : L’École de Francfort et la pathologisation des loyautés non-juives (6)

Discussion

Notre perspective renverse donc la perspective psychodynamique de la Personnalité autoritaire, étant donné que nous acceptons les données présentées pour ce qu’elles disent. Les auteurs de la Personnalité autoritaire, à cause de leur arrière-pensée fondamentalement politique voulant condamner les Gentils et tout spécialement ceux qui représentent le plus grand succès et la plus grande respectabilité dans leur société, étaient forcés d’adopter un point de vue psychodynamique qui inverse tous les rapports. Une fragilité apparente devient le signe d’une sûreté profonde et d’une appréciation réaliste de l’existence. La sûreté apparente et la confiance en soi devient le signe de fragilités profondes et d’hostilités non-résolues qui s’expriment par la peur de « voir à l’intérieur ».

C’est aussi une grave erreur de supposer que toute inhibition des désirs de l’enfant suscite de l’hostilité et une sourde agressivité envers l’entité parentale. Le fait que ceux du haut de l’échelle ont été disciplinés par leurs parents, mais qu’ils les admirent tout de même et les « glorifient », serait donc une preuve évidente, d’après la perspective intellectuelle de la Personnalité autoritaire, de la présence d’une hostilité et d’une agressivité envers les parents, qui ont été refoulées (voir surtout p. 357).

Il devrait pourtant sauter aux yeux, après l’examen que nous venons de faire, que cette « maltraitance » et cette hostilité sous-jacente ne sortent que du raisonnement des auteurs. Ce sont des constructions théoriques qui ne sont étayées d’aucun début de preuve. Aucune raison au monde ne conduit à supposer que la punition des enfants susciterait une hostilité refoulée lorsqu’elle a lieu dans le contexte de rapports positifs en général.

La psychanalyse était sans nul doute le véhicule idéal pour fabriquer ce monde renversé. Brown et surtout Altemeyer ont mis en évidence le côté arbitraire des explications psychodynamiques qu’on trouve dans la Personnalité autoritaire. Altemeyer fait remarquer que lorsqu’un sujet du haut de l’échelle fait l’éloge de ses parents, il s’agit d’un signe de « sur-glorification », de répression et d’agressivité, alors que les déclarations hostiles, de leur côté, sont prises pour argent comptant. Les déclarations où louange et hostilité se trouvent mêlées combineraient sur-glorification et souvenirs adéquats.

La psychanalyse a permis aux auteurs de maquiller à volonté leurs récits. Si la vie de famille des sujets du haut de l’échelle était en surface très satisfaisante, on pouvait tout à fait envisager l’idée que ce bonheur et cette affection apparents masquaient de profondes hostilités inconscientes. Le moindre début d’appréciation négative exprimée par ceux du haut de l’échelle à l’égard de leurs parents servait de levier pour créer un monde imaginaire d’hostilité refoulée sous le masque de l’affection. Toutefois, quand Bettelheim et Janowitz nous font savoir, dans un autre volume de Studies in Prejudice, que les antisémites avouent avoir entretenu de mauvais rapports avec leurs parents, les déclarations étaient prises à la lettre. De tels procédés ne produisent aucune science, mais induisent efficacement les résultats politiques escomptés.

Il est remarquable que chacun des cinq volumes des Studies in Prejudice utilise la psychanalyse pour produire des théories qui attribuent l’antisémitisme à un conflit intra-psychique, aux répressions sexuelles, aux rapports troublés avec les parents, tout en niant l’importance du séparatisme culturel et la réalité de la compétition entre les groupes pour les ressources. Les interprétations psychanalytiques de l’antisémitisme refont surface. Les théories proposées ont entre elles un certain air de famille, en ce qu’elles utilisent beaucoup les projections et formulent des développements psychodynamiques compliqués, bien que les dynamiques qui sont réellement en cause ne soient pas du tout identiques. Il arrive aussi, comme dans le volume de la série intitulé Anti-Semitism and Emotional Disorder, que n’apparaisse aucune explication générale claire de l’antisémitisme, mais qu’on trouve en lieu et place des explications psychodynamiques controuvées dont le seul point commun est d’affirmer la projection d’un certain conflit intra-psychique. À ma connaissance, personne n’a jamais soumis ces théories psychodynamiques à des épreuves et contre-épreuves empiriques qui auraient permis de faire le tri entre elles.

Le tableau que je retrace ici peut sembler dérangeant et difficile à accepter. J’affirme que les familles des sujets du haut de l’échelle ont un fonctionnement adaptatif. Chez elles, la chaleur et l’affection s’allient au sens de la discipline et de la responsabilité, et les enfants sont manifestement ambitieux et disposés à incarner les valeurs familiales et nationales. Ces familles fonctionnant en tant qu’endogroupes, ainsi que Frenkel-Brunswik et Levinson le faisaient remarquer, il se peut très bien que la transmission des valeurs familiales s’accompagne d’attributions négatives à l’égard des autres groupes, étrangers à la famille. Les sujets du haut de l’échelle ont donc accepté les partis-pris de leurs parents en même temps qu’ils acceptaient tant d’autres valeurs parentales. Les sujets du haut de l’échelle sont donc reliés au collectif et se sentent obligés par les normes de l’endogroupe (familial). Pour le dire à la façon de Triandis, ces individus sont des « allocentriques » dans une société individualiste ; autrement dit, des gens socialement intégrés qui reçoivent un soutien social de forte intensité. Ils s’identifient fortement aux normes de l’endogroupe (familial).

La thèse que nous soutenons insiste sur le fait que les processus d’identification sous-tendent les attitudes familiales. Comme le souligne Aronson, toutes les études inspirées par la Personnalité autoritaire, qui rattachent le préjugé aux rapports parents-enfants, sont corrélationnelles ; leurs résultats peuvent être par conséquent expliqués par l’intervention de processus d’identification. De même, Billig défend l’idée que des familles compétentes peuvent très bien entretenir des préjugés, et ceux-ci se transmettre familialement de la même manière que les autres croyances. Quant à Pettigrew, il découvrit de hauts niveaux de préjugé anti-noirs chez les Blancs sud-africains, alors que leurs personnalités étaient normales et que leurs scores sur l’échelle F, mesurant l’autoritarisme, n’étaient pas particulièrement élevés.

Les sujets du haut de l’échelle étudiés dans la Personnalité autoritaire acceptent les partis-pris parentaux concernant les endo et les exogroupes ainsi que les autres valeurs parentales, mais ceci n’explique pas l’origine de ces dernières. Les données rapportées dans cet ouvrage montrent à quel point les familles compétentes parviennent à faire en sorte que ces valeurs se transmettent entre générations. La psychologie du développement contemporain ne fournit aucune raison qui ferait supposer que les familles compétentes et affectueuses produisent nécessairement des enfants dépourvus d’attributions négatives à l’égard des exogroupes.

Si, pour les auteurs de la Personnalité autoritaire, la loyauté aux endogroupes est un indicateur de maladie mentale chez les Gentils, le nec plus ultra de la santé mentale est représenté par l’individualiste qui est complètement détaché de tout endogroupe, y compris de sa famille. Comme nous l’avons dit, les études portant sur l’individualisme et le collectivisme montrent que les plus individualistes sont moins enclins à l’antisémitisme. Il est intéressant de constater que pour Adorno, le type le plus admirable parmi les sujets du bas de l’échelle est le « libéral authentique », dont les « opinions relatives aux minorités sont guidées par l’idée de l’individu » (p. 782) Le sujet F15, parangon de libéralisme authentique, considère que l’antisémitisme provient de la jalousie envers les Juifs, plus brillants : « Nous autres ne cherchons pas à entrer en compétition avec eux [les Juifs]. Mais s’ils le veulent, il faut qu’ils puissent le faire. Je ne sais pas s’ils sont plus intelligents, mais si c’est le cas, ils doivent pouvoir le faire » (p. 782).

Donc, d’après Adorno, les Gentils qui sont psychologiquement sains ne se soucient pas d’être perdants dans la compétition avec les Juifs, ni d’être déclassés. Ce sont des individualistes absolus, pourvus d’un fort sentiment de leur indépendance et d’autonomie personnelles, qui considèrent les Juifs comme des individus absolument indépendants de leur affiliation collective. Tandis que les Gentils reçoivent le veto d’Adorno pour leur non-individualisme, il n’en va pas de même pour les Juifs, lesquels s’identifient fortement à un groupe qui s’est historiquement employé à favoriser les siens dans la compétition avec les Gentils pour les ressources, et qui reste doté d’une puissante influence dans plusieurs domaines politiques fortement conflictuels tels que l’immigration, la séparation des Églises et de l’État, le droit à l’avortement et les libertés civiles (Goldberg, Jewish Power : Inside the American Jewish Establishment, p. 5). De fait, la théorie de l’identité sociale prédit que les Juifs sont davantage enclins aux appréciations négatives et stéréotypées à l’endroit des Gentils, que ces derniers ne le sont à leur endroit.

Quant au point de vue caractérologique porté sur le préjugé à l’égard des exogroupes, il a été critique dès les premières années suivant la parution de la Personnalité autoritaire. Les études portant sur l’identité sociale suggèrent que les variations relatives à l’hostilité envers les exogroupes sont indépendantes des variations relatives au caractère ou aux rapports entre parents et enfants. Ces études indiquent que même si les individus diffèrent dans leur attachement aux endogroupes (lequel est très fort chez les Juifs), les attitudes touchant aux exogroupes reflètent des adaptations universelles. Du point de vue de la théorie de l’identité sociale, une bonne part des variations dans l’hostilité envers les exogroupes peut s’expliquer par des variables situationnelles, comme par exemple la perception de la perméabilité d’un exogroupe ou le fait que l’endo et l’exogroupe soient ou non en compétition pour des ressources.

Fidèle à cette perspective, Billig souligne que l’attention exclusive portée à la caractérologie (aux traits permanents du caractère individuel) ne permet pas de prendre en compte le rôle de l’intérêt personnel dans le conflit ethnique. Qui plus est, des études comme celle de Pettigrew montrent qu’on peut aisément être raciste sans avoir une personnalité autoritaire ; ces études mettent aussi en valeur le rôle des normes locales, qui peuvent avoir été influencées par la perception de la compétition entre groupes pour les ressources.

De son côté, Altemeyer fait remarquer que les régimes fascistes et autoritaires ne sont pas nécessairement hostiles aux minorités, comme on le voit dans le cas de l’Italie fasciste. De fait, le rôle des normes traditionnelles est bien illustré par cet exemple. Des Juifs occupaient des postes important dans les premiers gouvernements fascistes et continuèrent d’être actifs par la suite (Johnson, A History of the Jews, p. 501). La société italienne de cette période était pourtant franchement autoritaire et marquée dans l’ensemble par une forte cohésion corporative. Le gouvernement était très populaire, mais l’antisémitisme n’était pas un sujet avant que Hitler ne forçât les choses en ce sens. Comme l’antisémitisme n’était pas une composante officielle de la stratégie de groupe fasciste italienne, l’autoritarisme a eu lieu sans l’antisémitisme.

Atlemeyer signale que ses propres recherches ont identifié un niveau de corrélation entre autoritarisme et préjugé ethnique bien plus bas que chez Adorno et alia. En outre, cet auteur souligne que les données factuelles s’accordent avec la notion selon laquelle les individus autoritaires ne sont ethnocentriques que dans leurs rapports aux groupes qui sont les cibles conventionnelles des groupes auxquels ils s’identifient. De même, les gens qui sont « intrinsèquement » religieux tendent à n’être hostiles à des exogroupes que dans la mesure où leur religion ne l’interdit pas. Le trait caractéristique des individus autoritaires, dans cette optique, n’est pas autre chose que leur adhésion aux normes et conventions du groupe, lesquelles peuvent englober des attitudes négatives à l’égard d’exogroupes. Cette conclusion s’accorde tout à fait avec les thèses que nous défendons relativement à l’identification de groupe et au conflit entre groupes.

Au surplus, Billig a découvert que le profil de beaucoup de fascistes ne correspondait pas au stéréotype du Rigide inhibé tel que dépeint par les auteurs de la Personnalité autoritaire. Un tel portrait est contenu implicitement dans la théorie psychanalytique qui enseigne que la libération des pulsions sexuelles met fin à l’antisémitisme, mais les fascistes étudiés par Billig étaient désinhibés, violents et anti-autoritaires. La théorie caractérologique ne permet pas non plus d’expliquer les passages brusques à la détestation des Juifs, tels qu’étudiés par Massing. Ces revirements ne peuvent pas avoir été causés par des changements dans les rapports parents-enfants ni par des configurations particulières de la répression sexuelle. On pourrait faire mention des changements d’attitude très rapides vis-à-vis des Japonais avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, ou le rapide déclin de l’antisémitisme aux États-Unis après celle-ci.

Un aspect très notable du programme de recherches de la Personnalité autoritaire est l’assimilation de deux concepts plutôt séparés, à savoir l’hostilité envers d’autres groupes ethniques d’une part, et l’autoritarisme d’autre part. Il n’est pas sans intérêt, à cet égard, de souligner que dans le caractère, le trait autoritaire semble impliquer une inclination à l’engagement dans des stratégies de groupe, lequel engagement n’est que tangentiellement lié à l’hostilité envers d’autres groupes ethniques. Altemeyer définit l’autoritarisme de droite par les trois attributs suivants : soumission à l’autorité sociale légitime ; agressivité envers les individus dont la détestation est autorisée ; adhésion aux conventions sociales (Enemies of Freedom : Understanding Right-Wing Authoritarianism, p. 2).

À n’en pas douter, des individus possédant de façon marquée ces trois traits seraient les membres idéaux de stratégies évolutionnaires de groupes humains soudés. Or, ce sont ces mêmes attitudes qui définissaient le Juif idéal dans les sociétés traditionnelles : soumis aux autorités de la kehilla, adhérant fortement aux conventions sociales internes, comme l’observance des lois juives, et cultivant des attitudes négatives à l’égard de la gentilité, de sa société et de sa culture, vues comme des manifestations d’un exogroupe. Conformément à ce point, les sujets qui réalisent des scores élevés sur l’échelle de l’autoritarisme de droite d’Altemeyer tendent à être fortement attachés à leur religion et à compter parmi les plus engagés et orthodoxes de leur église ; ils croient en la cohésion de groupe, en la loyauté au groupe et s’identifient fortement aux endogroupes. La société juive traditionnelle et les groupes juifs fondamentalistes et orthodoxes sont incontestablement marqués par un niveau élevé d’autoritarisme, à tous égards. Rubinstein a établi que les Juifs orthodoxes se situaient plus haut sur l’échelle de l’autoritarisme de droite que les « Juifs traditionnels », et que ces deux groupes pris ensemble réalisaient des scores plus élevés que les Juifs sécularisés.

Le projet de fond du groupe de Berkeley était de tâcher de pathologiser chez les Gentils cette puissance d’orientation collective, notamment en reliant à l’antisémitisme, de façon illusoire (ou au moins fortement contingente), les traits de caractère rattachés à la promotion de l’unité de groupe. Le groupe de Berkeley est parvenu à disséminer l’idéologie postulant la présence d’une connexion « profonde » et structurelle entre l’antisémitisme et cette puissance d’orientation collective. En rendant compte de façon unitaire de l’autoritarisme et de l’hostilité envers les exogroupes, et en situant la source de ce syndrome dans le dérangement des rapports entre parents et enfants, le groupe de Berkeley a forgé une arme de première classe dans la guerre contre l’antisémitisme.

Les thèses que nous défendons s’accordent bien avec les conclusions des recherches qui indiquent le caractère uniquement tangentiel des rapports entre l’autoritarisme d’une part et l’hostilité ethnique et l’antisémitisme d’autre part. Nous avons vu que l’autoritarisme se réfère à un ensemble de traits qui prédisposent des individus à s’identifier fortement à des groupes très soudés qui imposent des normes de comportement uniformes à leurs membres. Comme ces individus autoritaires sont tout à fait enclins à se fondre dans le groupe, à se conformer à ses conventions et à accepter ses buts, ils tendront à l’antisémitisme si le groupe lui-même est antisémite ; il tendront aussi à l’ethnocentrisme si l’appartenance au groupe est fondée sur l’ethnie.

Telle est la position d’Altemeyer (Right-Wing Authoritarianism, p. 238), qui explique que les liens ordinairement plutôt faibles entre autoritarisme et hostilité aux exogroupes ne reflètent qu’une hostilité conventionnelle à leur égard. Dans cette mesure, ces deux concepts peuvent être associés empiriquement dans tels ou tels échantillons, mais ils n’ont pas entre eux de connexion structurelle. Cette association ne fait que refléter la tendances des autoritaires à adopter les conventions et normes sociales du groupe, y compris les attitudes négatives envers tel ou tel exogroupe. Ce point de vue permet de rendre compte des corrélations réelles mais modestes entre autoritarisme et ethnocentrisme qu’Altemeyer a établies.

En outre, du point de vue des recherches sur l’identité sociale, il n’y a pas de nécessité empirique ou logique que l’unité et la cohésion d’un groupe soient fondées sur l’ethnie. Comme nous l’avons vu dans Separation and Its Discontents, l’antisémitisme du groupe lui-même est apparu à cette double condition que les Juifs fussent perçus comme un groupe fortement reconnaissable et imperméable à l’intérieur de la société au sens large, et d’autre part comme ayant des intérêts opposés à ceux des Gentils. Il y a de fortes preuves que ces perceptions d’une compétition collective avec les Juifs étaient rarement illusoires. La théorie de l’identité sociale affirme que plus une compétition entre groupes devient manifeste, plus s’accentuera la tendance à rejoindre des groupes soudés et autoritaires dressés contre les exogroupes perçus.

Pour conclure, il ne me semble pas douteux que les résultats des études sur l’autoritarisme, y compris la Personnalité autoritaire, puissent s’accorder avec les données les plus contemporaines. Toutefois, j’affirmerais que l’idée de constituer un corpus de savoir scientifique n’a jamais été considérée sérieusement par cette série d’études, car l’objectif était de constituer une idéologie de l’antisémitisme qui pût à la fois rallier les loyautés d’endogroupes autour du judaïsme et altérer la culture des Gentils à l’avantage du judaïsme, en représentant les loyautés collectives des Gentils (le nationalisme, les affiliations religieuses, l’étroitesse des liens familiaux, le fort investissement familial, le souci de la réussite matérielle et sociale) comme des indicateurs de maladie psychiatrique. Sous leur plume, la nature du judaïsme n’a aucun rapport avec l’antisémitisme.

Dans un autre volume de Studies In Prejudice, Ackerman et Johoda expliquent que le judaïsme opère comme un test de Rorschach qui révèle la pathologie des antisémites. Ces théories jouent le rôle que les idéologies religieuses juives n’ont jamais cessé de jouer : rationaliser la perpétuation du judaïsme aux yeux des membres de l’endogroupe et de ceux des Gentils, tout en éclairant la culture de ces derniers sous un jour particulièrement défavorable.

Comme c’est la règle avec la psychanalyse, les conclusions des recherches scientifiques n’ont que très peu entamé l’idée répandue et persistante que l’autoritarisme, ou certains types de rapports entre parents et enfants, sont liés à l’hostilité envers d’autres groupes. Altemeyer, dans son panorama de la littérature consacrée à la Personnalité autoritaire, souligne que ces idées sont enkystées dans la culture au sens large et même dans des manuels universitaires, bien qu’elles manquent de tout appui scientifique.

Le lecteur au fait de ces sujets n’ignore pas que ces critiques ont plus d’un quart de siècle et que j’ai l’air de tirer sur l’ambulance. Mais hélas, il faut tirer sur l’ambulance, parce que le criminel blessé est encore en état de nuire, par exemple dans des manuels d’introduction à la psychologie et de psychologie du développement. Il semble bien que les critiques méthodologiques fassent des trajets bien plus courts et meurent bien plus vite que les « percées scientifiques ». Mais en définitive, on peut bien répéter autant qu’on voudra que les chercheurs de Berkeley [Adorno et alia] ont découvert les origines infantiles de l’autoritarisme, les éléments de preuve sont tout sauf convaincants. (Altermeyer, Enemies of Freedom : Understanding Right-Wing Authoritarianism, p. 38)

À cet égard, outre que la découverte empirique centrale du groupe de Berkeley, affirmant qu’il y aurait une forte corrélation entre l’autoritarisme et l’hostilité à l’égard des autres groupes ethniques, n’a été confirmée par aucune reproduction expérimentale, la Personnalité autoritaire est grevée de lourds défauts méthodologiques, dont certains laissent à penser qu’ils ne sont pas involontaires, mais délibérément trompeurs. Mis à part le problème que représentent, dans les questionnaires, l’établissement des « listes de réponses possibles » qui déterminent la construction des échelles, mais qui pourrait aussi bien s’expliquer par de la naïveté, Altemeyer fait remarquer que l’échelle F qui mesure l’autoritarisme a été élaborée en retenant des éléments qui correspondaient bien à l’antisémitisme. Il souligne par exemple que l’élément : « Les livres et les films ne devraient pas autant s’attarder sur le louche et le sordide ; ils devraient s’attacher à des thèmes divertissants et exaltants », figurait dans d’anciennes versions de l’échelle F et se trouvait être très discriminant. Malgré tout, comme il ne se corrélait pas forcément à l’échelle de l’antisémitisme, il fut abandonné dans les versions ultérieures.

Altemeyer fait la remarque suivante :

Malgré la déclaration (…) que les éléments les plus discriminants des questionnaires antérieurs avaient été repris à l’identique ou légèrement corrigés dans les modèles suivants, l’élément « livres et films » a simplement disparu, à tout jamais. Il n’est pas difficile de construire une échelle qui aura une forte corrélation avec une autre, si vous éliminez les éléments qui s’éloignent un peu trop de votre cible (ibidem, p. 27-28).

Il semble bien que malgré les assurances du contraire, des éléments tout à fait discriminants ont été retirés quand ils ne se corrélaient pas à l’antisémitisme. Wiggershaus montre très clairement qu’Adorno s’était donné pour but d’élaborer l’échelle F de façon à en faire une mesure indirecte de l’antisémitisme ; que, pour y arriver, il n’avait pas fait grand cas des procédures scientifiques normales ; et enfin que la procédure qu’il suivit fut exactement la suivante :

À Berkeley, nous avons ensuite élaboré l’échelle F avec une liberté qui s’éloignait beaucoup de cette idée de science pédantesque qui doit justifier chacune de ses démarches. C’était sans doute grâce à notre « culture psychanalytique » partagée par nous quatre, les meneurs du projet, en particulier notre familiarité avec la méthode d’association libre. Je souligne ce point parce qu’un travail comme la Personnalité autoritaire (…) a été fait d’une manière qui ne correspond pas du tout à l’image habituelle du positivisme dans les sciences sociales (…) Nous passions des heures à laisser l’inspiration nous guider, non seulement pour ce qui touche aux grands aspects de l’ouvrage, aux « variables » et aux syndromes, mais aussi pour ce qui touche aux éléments particuliers du questionnaire. Moins le lien entre eux et le thème principal était visible, plus nous en étions fiers, étant donné que des raisons théorétiques allaient établir par ailleurs les corrélations entre ethnocentrisme, antisémitisme et opinions réactionnaires en politique et en économie. Puis nous avons vérifié ces éléments en faisant sans cesse des « pré-expériences », qui nous servaient à réduire le questionnaire à un format raisonnable, ce qui était techniquement nécessaire, et aussi à exclure les éléments qui se montraient à l’usage insuffisamment sélectifs. (Adorno, in Wiggershaus, The Frankfurt School : Its History, Theories and Political Significance, p. 373)

Il n’est pas difficile de soupçonner que l’intégralité du projet de recherche nommé la Personnalité autoritaire était empreint de tromperie, de la première à la dernière ligne. Un tel soupçon se légitime par la clarté de son intention politique et par ses différences de traitement omniprésentes, en fonction desquelles l’ethnocentrisme des Gentils et leur incorporation à des groupes soudés sont considérés comme des symptômes de maladie mentale, alors que les Juifs sont vus tout uniment comme victimes des pathologies irrationnelles des Gentils, sans que jamais soit fait état de leur propre ethnocentrisme ou de leur loyauté envers des groupes soudés. Une autre différence de traitement a consisté à ignorer superbement l’autoritarisme de gauche, au moment même où l’on « découvrait » que l’autoritarisme de droite était une maladie psychiatrique. La tromperie affleure également, comme nous l’avons vu, dans le refus d’éprouver empiriquement la théorie philosophique adoptée par les auteurs, voulant que les rapports entre parents et enfants soient tenus pour responsables de l’ethnocentrisme et de l’hostilité envers les exogroupes.

En effet, la ligne générale de l’École de Francfort relativement à la science rejette l’idée que celle-ci puisse saisir la réalité et fait sienne l’idéologie selon laquelle la science doit se mettre au service d’intérêts moraux (autrement dit, politiques). Ce fait apparaît d’autant mieux que les tendances anti-démocratiques d’Adorno et Horkheimer et leur critique radicale de la culture de masse du capitalisme n’apparaissent pas dans cet ouvrage, destiné à un public américain (Jay, The Dialectical Imagination : A History of the Frankfurt School and the Institute of Social Research, p. 248). (D’ailleurs, Horkheimer avait tendance à présenter la Théorie critique à ses « amis marxistes » comme une forme de radicalisme, alors qu’il la présentait comme « une forme de fidélité à la tradition européenne dans les humanités et la philosophie » quand il en parlait aux « représentants du monde universitaire » [Wiggershaus, op. cit. p. 252]).

Pour finir, notre diagnostic relève une masse de difficultés méthodologiques : l’emploi dans les entretiens de sujets non-représentatifs, le caractère incomplet et trompeur des renseignements portant sur la fiabilité des mesures et le fait d’examiner des rapports insignifiants entre des phénomènes en les faisant passer pour significatifs (cf. Altemeyer, Right-Wing Authoritarianism). Notre diagnostic a aussi mis en évidence le caractère extrêmement tendancieux, controuvé et contre-intuitif des interprétations proposées par cette étude (voir aussi Lasch, The True and Only Heaven : Progress and Its Critics, p. 453). Est particulièrement flagrant l’usage du mode de pensée psychodynamique pour produire à chaque fois le résultat souhaité par l’interprétation.

Évidemment, la tromperie cède peut-être ici le pas à l’auto-tromperie – particularité qui se retrouve assez souvent dans l’histoire intellectuelle juive. Quoi qu’il en soit, le produit final est un excellente œuvre de propagande politique et une arme puissante dans la guerre contre l’antisémitisme.

Auteur: Basile

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7 Commentaires sur "Culture de la Critique : L’École de Francfort et la pathologisation des loyautés non-juives (6)"

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jim33
19 juin 2019 15 h 22 min

Petit hors sujet , mais je suis tombé sur ca hier soir . Une vidéo du camarade saint claude 88 . Je partage la vidéo ici car je ne connaissais même pas le sujet . Encore un putain de crime commis par cette putain d’église anti-Aryenne .

https://www.bitchute.com/video/Z4Oxqo7mqsY1/

Rho 2
19 juin 2019 18 h 36 min

Merci beaucoup Jim ! Je ne suis pas toujours d’accord avec Saint Claude et c’est la première fois depuis fort longtemps que je vois une de ses,vidéos.
Mais là, j’approuve chaleureusement et j’applaudis à tout ce qu’il dit, même les virgules !

Rho 2
19 juin 2019 19 h 08 min

Et en fait, c’est pas vraiment hors sujet !
Car notre Grand Monarque ( Putain, comme il se la pète avec ce surnom hyper mégalo ! Mais en même temps, c’est marrant… ) nous apprend un crime de plus perpétré contre la race Aryenne par l’Eglise et nous rappelle que celle-ci a falsifié l’histoire ( pour cacher ses saloperies ou en faire porter la responsabilité à d’autres, comme l’incendie de Rome qu’ils ont attribué à Néron alors qu’il y a perdu la plupart de sa fortune et a fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les victimes, pendant que les incendiaires, chretiens fanatiques – pléonasme – agressaient les équipes de secours ).
Que la vérité ne compte pas pour les chrétins, la seule chose qui importe, c’est la soumission à leurs dogmes.
Eh bien, ce que nous dit cet article génial, c’est que ces enculés de youtres – encore un pléonasme – ont réussi à faire accepter à beaucoup de goyim que la vérité comptait moins que la prétendue (((morale))), étant entendu que ce qui est moral, c’est de se soumettre aux juifs et de faire ce qu’ils veulent.
Et que la science, qui est seule en mesure de nous apprendre ce qui est vrai, doit donc se taire quand un juif parle ; car on ne saurait soumettre les propos d’un élu de Dieu à une critique raisonnée.
Personnellement, je suis pour empaler toutes ces merdes qui se prétendent élues par Dieu sur des pieux enduits d’acide nitrique…
C’est mieux que la crucifixion car on économise les clous. Massacrer ses ennemis mais dans le respect de l’environnement. Et puis les sémites ont l’habitude des kébabs ; enfiler leur viande sur une broche verticale, ça ne les dépayserait pas et ils ne pourraient pas nous accuser de ne pas prendre en considération leur culture.
L’acide nitrique, c’est pour éviter que la barbaque des juifs attaque le bois…et aussi, accessoirement, pour rendre la chose plus ludique.
Ils veulent détruire les fondements de notre civilisation. Eh bien nous aussi, on exploserait leurs fondements…

Rho 2
19 juin 2019 19 h 19 min

Bref, si les youpins ont réussi à faire avaler des trucs aussi énormes aux goyims, à commencer par les Anglo-saxons qui sont des culs-bénis de première catégorie, de bons petits moutons AOC prêts à se faire tondre, enculer, et mettre à la broche par leurs berger, c’est bien parce que l’Eglise a préparé le terrain pendant deux mille ans. À l’apogée de Rome, les Freud, Adorno, Frenkel-Brunswik et autres auraient terminé dans l’arène comme apériyube pour lions…

jim33
19 juin 2019 19 h 46 min

Non , les peuples Aryens les plus culs-bénis sont les latins . Là ou Rome jadis à dominer culturellement , c’est la qu’on retrouve le catholicisme et donc le plus de culs-bénis par nature .
Cela ne te rappelle rien ?
Tonton et sa vision d’une carte stratégique ….. SS/SA 🙂

Rho 2
19 juin 2019 22 h 58 min

Tu as raison. Mais les protestants sont pas mal non plus, surtout les évangéliques américains qui sucent les juifs avec un enthousiasme encore plus grand qu’une star du porno nez à noeud avec Rocco Siffredi…

Warezerie
19 juin 2019 23 h 21 min

Nez à noeud ? Saloperie de téléphone ! 🙂

Puis, si je ne m’abuse, les évangélistes se coupent le bout de la bite aussi, non ?

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