Kevin MacDonald : Culture de la Critique – Les Juifs et la gauche (3)

Gauche radicale et identification juive en Angleterre et aux États-Unis

Depuis les débuts du mouvement à la fin du XIXe siècle, la gauche radicale juive américaine s’est caractérisée elle aussi par une forte identification juive. L’étude de Sorin parue en 1985 sur les gauchistes radicaux juifs qui immigrèrent aux États-Unis au début du XXe siècle montre que seuls 7 % d’entre eux étaient hostiles à toute idée de séparatisme juif. Plus de 70 % avaient « une conscience positive de leur judaïté. La plupart d’entre eux appartenaient à des institutions, affiliations et organisations sociales juives qui se chevauchaient ».

En outre, 26 sujets au maximum sur 95 appartenaient aux catégories que Sorin nommait « hostiles, ambivalentes ou assimilationnistes », mais « la plupart de ces personnes, si ce n’est toutes, étaient en proie à un combat intérieur pour arriver, souvent de façon créative, à synthétiser ces nouvelles identités » (The Prophetic Minority : American Jewish Immigrant Radicals p. 115) L’idée-force du chapitre d’où nous tirons ces informations est que la plupart de ces Juifs de la gauche radicale qui se reconnaissaient comme « déracinés » avaient une fausse conscience de leur faible identification juive.

Les remarques suivantes, au sujet d’Emma Goldman, très fameuse Juive de la gauche radicale, illustrent bien la tendance générale :

Les pages du magazine Mother Earth, qu’Emma Goldman fit paraître entre 1906 et 1917, sont remplies d’histoires yiddish, de contes tirés du Talmud et de traductions de poèmes de Morris Rosenfeld. Qui plus est, son engagement en faveur de l’anarchisme ne l’empêchait pas de parler et d’écrire sur le sujet du fardeau particulier que les Juifs devaient porter dans un monde où l’antisémitisme était un ennemi vivace. Apparemment, la foi anarchiste d’Emma Goldman, avec son insistance sur l’universalisme, ne s’accompagnait pas d’un abandon de son identité juive. (ibidem p. 8)

La gauche radicale juive du vingtième siècle était une sous-culture spécifique interne à la juiverie, ou une « contre-culture » pour le dire comme Arthur Liebman. La gauche juive américaine ne s’est jamais écartée de la communauté juive prise globalement et de fait, la participation des Juifs aux mouvements de la gauche radicale variait en fonction du degré de concordance perçue entre eux et les intérêts spécifiquement juifs.

La vieille gauche juive, qui possédait des syndicats, une presse et des fraternelles (lesquelles étaient souvent associées aux synagogues [cf. Liebman, Jews and the Left, p. 284]) faisait partie de la communauté juive au sens large. Quand la classe ouvrière juive déclina, les préoccupations spécifiquement juives prirent le dessus sur les idées politiques de gauche radicale. Cette tendance à s’attacher prioritairement aux affaires juives, propre aux membres juifs des organisations gauchistes, s’accentua à partir de 1930 à cause du hiatus qui apparaissait de façon récurrente entre les intérêts juifs et les causes gauchistes universalistes de l’époque. Ce phénomène était observable dans toute l’étendue du spectre de la gauche, dans le Parti Communiste comme dans le Parti Socialiste, qui avaient aussi des membres issus de la gentilité.

Le séparatisme juif dans les mouvements de gauche était facilité par un de ses aspects traditionnels : l’emploi d’une langue à part. Le yiddish fut particulièrement valorisé pour son pouvoir unificateur dans les mouvements ouvriers juifs et pour sa capacité à consolider les liens à l’intérieur de la communauté juive au sens large.

Les landsmanshaften [clubs sociaux juifs], la presse et le théâtre yiddish, les cafés socialistes de East Side, les sociétés littéraires et les fereyns, qui formaient le décor immédiatement reconnaissable de la culture socialiste juive que la seule boutique, le seul syndicat ou parti ne pouvait pas reproduire. Même l’ennemi de classe – l’employeur juif – parlait yiddish. (Levin, While Messiah Tarred : Jewish Socialist Movements, 1871-1917 p. 210)

Remarquons que les projets d’éducation socialistes lancés par le Workman’s Circle – la plus importante fraternelle ouvrière juive du début du XXème siècle – échoua (avant 1916) car elle n’avait prévu aucun enseignement en yiddish et aucun contenu juif. « Même les parents juifs de gauche radicale voulaient que leurs enfants apprissent le yiddish et eussent quelques notions sur l’histoire de leur peuple » (Liebman, op. cit. p. 292).

Ces écoles connurent le succès quand elles mirent l’accent sur les choses nationales juives. Elles persistèrent jusque dans les années 1940 en tant qu’écoles juives à idéologie socialiste, laquelle insistait sur l’idée que le militantisme pour la justice sociale était la clé de la survie des Juifs dans le monde moderne. Le socialisme et l’idéologie de gauche devenaient clairement une forme de judaïsme laïcisé. L’organisation Workman’s Circle, qui était à l’origine une fraternelle ouvrière de gauche radicale ayant des membres juifs, était devenue une fraternelle juive ayant des sentiments de gauche et un héritage socialiste » (ibidem p. 295)

Du côté de la sous-culture juive d’orientation communiste et de ses organisations comme l’International Workers Order (IWO), il y avait aussi des sections de langue yiddish. Une d’entre elle, la Jewish Peoples Fraternal Order (JPFO), était affiliée à l’American Jewish Congress (AJCongress) et figurait sur la liste des organisations subversives du gouvernement US.

La JPFO avait 50.000 membres et devint le principal bailleur de fonds du PCUSA après la Deuxième Guerre mondiale ; elle finançait aussi le Daily Worker et le Morning Freiheit (Svonkin, Jews Against Prejudice : American Jews and the Fight for Civil Liberties p. 166).

En plein accord avec l’idée ici développée d’une compatibilité entre communisme et identité juive, elle finança des projets éducatifs pour enfants qui associaient étroitement les thèmes de l’identité juive et ceux de la gauche radicale. Les écoles yiddish et les camps d’été de l’IWO, qui existèrent jusque dans les années 1960, mettaient l’accent sur la culture juive et réinterprétaient le marxisme non pas comme une théorie de la lutte des classe, mais une théorie de la lutte de libération juive contre l’oppression.

Même si l’AJCongress finit par se séparer de la JPFO pendant la guerre froide en déclarant que le communisme était une menace, il participa de façon « au mieux réticente et peu enthousiaste » à l’effort juif en vue de la construction d’une image anti-communiste – position qui reflétait les sentiments de la plupart des descendants d’immigrés d’Europe de l’Est de la deuxième et troisième génération, qui formaient le gros de ses membres.

David Horowitz décrit le monde de ses parents qui avaient rejoint une « shul » [école] dirigée par le PCUSA, où l’on donnait une interprétation politique aux fêtes juives. Psychologiquement, ces gens auraient pu aussi bien se situer dans la Pologne du dix-huitième siècle :

Ce qu’avaient fait mes parents en entrant au Parti Communiste et en déménageant à Sunnyside, c’était revenir au ghetto. Il y avait le même langage privé, le même univers hermétiquement clos, la même attitude duale, montrant une face au monde extérieur et une autre à la tribu. Et surtout, il y avait la certitude d’être dans le viseur de la persécution et des lois spéciales et l’idée d’une supériorité morale sur la foule des goyim dans le monde extérieur. Il y avait aussi la même peur de l’expulsion pour hérésie, laquelle attachait les élus à leur foi.

Un sens aigu de la judaïté caractérisait la presse yiddish de gauche. On pouvait lire dans le courrier des lecteurs du journal d’extrême-gauche Jewish Daily Forward un Juif se plaindre que ses parents non-religieux refusassent son projet de mariage avec une non-Juive.

Il écrivit au Forward dans l’idée d’y trouver un écho favorable, mais il eut la désagréable surprise de voir que ses responsables, tout socialistes et libre-penseurs qu’ils étaient, considéraient comme impératif qu’il épousât une Juive et continuât à s’identifier à la communauté juive. […] Les lecteurs du Forward savaient que l’engagement des Juifs à rester juifs était un principe qui n’était pas sujet à discussion. » (Hertzberg, The Jews in America : Four Centuries of an Uneasy Encounter p. 211-12)

Dans les années 1930, le Forward était le plus lu de tous les journaux juif du monde et avait des rapports étroits avec le Parti Socialiste. Werner Cohn donna en 1958 sa définition de la communauté juive immigrée des années 1886 à 1920 : « une seule grande assemblée de débatteurs gauchistes ».

Vers 1886, la communauté juive de New York avait manifesté clairement son soutien au troisième parti (United Labor) et à son candidat Henry George, le théoricien de l’Impôt Unique. Depuis lors, les quartiers juifs de New York et d’ailleurs sont connus pour leur comportement électoral très à gauche.

La circonscription du Lower East Side élut régulièrement son député Meyer London, le seul socialiste à jamais avoir été élu au Congrès. Beaucoup de socialistes ont siégé à l’Assemblée de l’État de New York à Albany, élus par leurs circonscriptions juives. En 1917, lors des élections municipales à New York, la candidature du socialiste et pacifiste Morris Hillquit fut soutenue par les plus hautes autorités du Lower East Side juif : le United Hebrew Trades, la International Ladies’ Garment Workers’ Union, et surtout par le si populaire journal yiddish Daily forward.

C’est dans cette période que les extrême-gauchistes comme Alexandre Berkman et Emma Goldman étaient des géants de la communauté juive. Et presque tous les géants juifs – comme Abraham Cahan, Morris Hillquit et le jeune Morris R. Cohen – étaient de gauche radicale. Même Samuel Gompers [un syndicaliste très modéré] se sentait obligé de placer des expressions d’extrême-gauche quand il s’adressait à un public juif. (Cohn, The Jews : Social Pattern of an American Group, p. 621)

De son côté, The Freiheit, organe non-officiel du Parti Communiste des années 1920 aux années 1950, « se tenait au centre de la culture et des institutions prolétariennes yiddish […] auxquelles il proposait identité, perspective, amitié et compréhension » (Liebman, op. cit. p.449-50). Le journal perdit beaucoup de son lectorat dans la communauté juive lorsqu’il fit sienne la position du Parti Communiste, opposée au sionisme. Dans les années 1950, il dut faire un choix entre son âme juive et son statut de journal communiste. Ayant choisi la première, le journal justifia le non-retour des territoires occupés par Israël à la fin des années 1960, contre la ligne du PCUSA.

La relation entre les Juifs et le Parti Communiste est particulièrement intéressante, parce que le parti a souvent adopté des positions anti-juives, en particulier à cause de ses liens étroits avec l’Union Soviétique. Dès la fin des années 1920, les Juifs ont joué un rôle très important dans le PCUSA. Se contenter de mentionner des pourcentages de dirigeants juifs n’indique pas adéquatement la portée de l’influence juive, car ce procédé ne prend pas en compte les caractéristiques personnelles des militants juifs en tant que groupe talentueux, instruit et ambitieux et aussi parce que le parti avait sciemment recruté des Gentils pour masquer l’étendue de la domination juive.

Saul Alinsky, auteur d’un bon manuel de subversion (clique sur l’image)

Lyons cite un communiste non-juif qui expliquait que beaucoup de travailleurs non-juifs devinaient qu’on les recrutait pour « diversifier la composition ethnique du parti ». L’informateur se souvient de son expérience en tant que représentant non-juif du parti lors d’une conférence parrainée par les communiste et destinée à la jeunesse.

La plupart des participants voyaient de mieux en mieux que pratiquement tous les orateurs étaient des Juifs new-yorkais. Ceux qui avaient un accent juif à couper au couteau se présentaient comme « délégué de Lower East Side » ou comme « un camarade de Brownsville ». Pour finir, la direction nationale demanda une pause pour discuter de la question, qui était devenue embarrassante. Comment une organisation étudiante supposément nationale pouvait être à ce point dominée par des Juifs new-yorkais ? Finalement, ils décidèrent d’intervenir et de résoudre le problème en demandant à la section de New York de laisser un droit de parole aux « provinciaux ». Je rappelle que la convention avait lieu dans le Wisconsin. (Lyons, Philadelphia Communists, 1936-56, p. 81)

Klehr estime qu’entre 1921 et 1961, les Juifs constituaient 33,5 % des membres du Comité Central du parti et que leur représentation montait souvent au-dessus des 40 %. Parmi les différents groupes ethniques de personnes nées sur le sol américain, les Juifs étaient le seul gisement dans lequel le parti pouvait recruter. Glazer affirmait en 1969 qu’au moins la moitié des membres du PCUSA, qui en comptait environ 50.000 dans les années 1950, étaient juifs. Comme il y avait un très fort roulement des effectifs, le nombre des personnes ayant été impliquées dans le parti peut avoir été dix fois plus grand. Il ajoute que « les effectifs socialistes, toutes tendances confondues, étaient égaux ou supérieurs ».

Buhle, dans les années 1920, remarquait que la plupart des personnes « les plus favorables au parti et au Freiheit ne prenaient pas leurs cartes de membre – il n’y en avait pas plus que quelques milliers, sur une masse de suiveurs cent fois plus grande » (‘Jews and American Communists : the Cultural Question’ in Radical History Review, p. 89)

Ethel et Julius Rosenberg, condamnés pour espionnage au bénéfice de l’Union Soviétique, illustrent la puissance de l’identification juive chez les Juifs de gauche. Svonkin montre bien qu’ils se voyaient comme des martyrs juifs. Comme tant d’autres gauchistes juifs, ils percevaient de fortes attaches entre le judaïsme et leurs sympathies communistes.

Visez-moi un peu ces tarins.

Leurs lettres de prison étaient, comme le dit un commentateur, « pleines d’expressions de judaïsme et de judaïté », comme le montre la remarque suivante :

Dans deux jours, ce sera la Pâques, où nous célébrons la quête de liberté de notre peuple. Cet héritage culturel a une signification supplémentaire pour nous qui sommes emprisonnés et séparés l’un de l’autre et de nos proches par les Pharaons modernes. (in Svonkin, op. cit. p. 158-59)

Embarrassée par cette image de martyrs juifs que les Rosenberg avaient d’eux-mêmes, l’Anti-Defamation League (ADL) interpréta les professions de judaïté de Julius Rosenberg comme étant une tentative de « tirer profit comme il pouvait de la foi qu’il avait répudiée ». Ce révisionnisme est symptomatique de la tendance cherchant à faire passer pour incompatibles identification juive et radicalisme de gauche et aboutissant à un obscurcissement considérable de tout un chapitre de l’histoire juive.

Dans ses premières années, le PCUSA avait, tout comme l’Union Soviétique à ses débuts, des sections séparées pour les différents groupes ethniques, y compris une fédération juive de langue yiddish. Quand elles furent abolies en 1925 afin de développer le parti en direction des Américains de souche (qui avaient un faible niveau de conscience ethnique), il y eut un exode massif des Juifs qui quittèrent le parti, et ceux qui restèrent continuèrent à participer à la vie culturelle en yiddish existant officieusement dans le parti.

Dans les années suivantes, le soutien juif au PCUSA connut des pics et des creux en fonction de la position du parti relativement aux questions spécifiquement juives. Pendant les années 1930, le PCUSA changea de ligne et prit grand soin de se montrer attentif aux intérêts juifs spécifiques, en insistant sur l’antisémitisme, en soutenant le sionisme et plus tard Israël et en défendant l’importance du maintien des traditions culturelles juives. Comme en Pologne à la même époque, « la gauche radicale américaine glorifiait le développement de la vie juive en Union Soviétique […] L’URSS était la preuve vivante que la question juive pouvait être réglée sous le socialisme » (Kann, Joe Rapoport : The Life of a Jewish Radical, p. 152-53).

Le communisme était perçu comme « bon pour les Juifs ». Malgré les problèmes temporaires induits par le pacte de non-agression germano-soviétique de 1939, le PCUSA mit fin à sa période d’isolement vis-à-vis de la communauté juive pendant la Deuxième Guerre mondiale et dans l’immédiat après-guerre.

Les Juifs qui ne quittèrent pas le parti pendant la durée du pacte de non-agression firent face à un conflit d’allégeances, ce qui montre bien que l’identité juive ne comptait pas pour rien à leurs yeux. Le pacte provoqua une bonne dose de rationalisations de la part des Juifs du PCUSA, qui se démenaient pour interpréter la conduite de l’URSS dans un sens favorable aux intérêts juifs, réfutant ainsi l’idée qu’ils eussent abandonné leur identité juive. D’autres restaient membres, mais s’opposaient en silence à la ligne du parti à cause de leur allégeance juive. Leur préoccupation majeure était que le pacte de non-agression pût détruire leurs rapports avec la communauté juive au sens large.

A l’époque de la création d’Israël en 1948, la faveur du PCUSA auprès des Juifs s’expliquait par le soutien qu’il apportait à Israël, tandis que Truman tournait autour du pot. En 1946, le PCUSA avait adopté une résolution favorable à la perpétuation du peuple juif en tant qu’entité ethnique dans les sociétés socialistes. Arthur Liebman explique que les membres du parti de cette époque étaient transportés de joie par la conformité retrouvée entre leur appartenance au parti et leurs intérêts juifs. Ils exprimaient leurs sentiments communautaires à l’adresse du groupe tout entier et leur judaïté connut un pic en conséquence des interactions avec d’autres Juifs à l’intérieur du parti.

Dans l’après-guerre, « on s’attendait à ce que les Juifs communistes fussent juifs et on les encourageait en ce sens. Ils devaient fréquenter des Juifs et avoir une appréciation positive de la culture juive. En même temps, les Juifs non-communistes, à quelques exceptions près [le propos se cantonne à la gauche juive] acceptaient leur professions de judaïté et voulaient bien collaborer avec eux dans un cadre pan-juif » (Liebman, op. cit. p. 514). Comme on l’observe souvent dans l’histoire juive, cette résurgence de l’identité juive a été facilitée par la persécution des Juifs, l’Holocauste en l’occurrence.

Mais cette période de compatibilité heureuse entre intérêts juifs et communistes s’évapora après 1948, à cause du changement de la ligne soviétique sur l’Israël et les nouvelles révélant l’antisémitisme d’État en URSS et en Europe de l’Est. Beaucoup de Juifs quittèrent le PCUSA. Encore une fois, ceux qui ne le firent pas tâchèrent de rationaliser l’antisémitisme soviétique de façon à pouvoir maintenir leur identification juive. Pour certains, ces persécutions n’étaient pas une faute du système communiste lui-même, mais une simple aberration d’origine pathologique et individuelle. Pour d’autres, c’est l’Ouest qu’il fallait blâmer pour ses responsabilités indirectes.

Ce qui les attachait au PCUSA semble avoir été le désir de demeurer au sein d’une sous-culture yiddish protectrice. Liebman mentionne le cas d’un communiste qui rendit sa carte après que l’évidence de l’antisémitisme soviétique lui eût crevé les yeux. « En 1958, après 25 ans passés au Parti Communiste, ce dirigeant démissionna et développa une forte identité juive, laquelle impliquait une loyauté acharnée envers Israël. » Les membres juifs restants du PCUSA ne suivirent pas la ligne pro-soviétique du parti en 1967 et 1973 et soutinrent Israël. Pour finir, le PCUSA se sépara de presque tous ses Juifs.

Décrivant la vie d’un club juif et communiste à Philadelphie, Lyons révèle l’ambivalence et la mauvais foi qui interviennent lorsque les intérêts juifs entrent en conflit avec les sympathies communistes :

Le club vit naître des tensions au sujet de la judaïté, en particulier dans son rapport à Israël. C’était au milieu des années 1960, quand le club avait décidé de critiquer le traitement fait aux Juifs en URSS. Certains membres du club, les pro-soviétiques les plus orthodoxes, claquèrent la porte, d’autres, qui n’étaient pas d’accord non plus, ne le firent pas. Pendant ce temps, le club changeait, devenant de moins en moins marxiste et de plus en plus sioniste. Au moment de la guerre des Six Jours en 1967, « nous avons été dogmatiques, mais une semaine », comme le dit Ben Green, responsable du club. Ils n’autorisèrent aucune discussion sur la question du soutien à Israël et ne firent que des collectes de dons. Pour autant, plusieurs membres insistent sur le fait que le club n’est pas sioniste et pratique un ‘soutien critique’ à Israël. (op. cit. p. 180)

Nous avons toutes les raisons de supposer qu’à l’image de leurs homologues polonais, les Juifs communistes américains ont considéré l’URSS comme servant d’une façon globalement positive les intérêts juifs, jusqu’à une date assez tardive dans la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Né dans les années 1920, le PCUSA a été financé par l’Union Soviétique, a adhéré de près à sa ligne, s’est impliqué dans des activités d’espionnage pour son compte, en allant jusqu’au vol de secrets nucléaires. Dans les années 1930, les Juifs « constituaient une majorité substantielle des agents soviétiques identifiés par le contre-espionnage » et presque la moitié de ceux qui furent poursuivis sous le coup du Smith Act de 1947 (Rothman & Lichter, op. cit. p. 100).

Même si tous les fonctionnaires du parti ont pu ne pas être au courant des détails de la relation spéciale du parti avec l’Union Soviétique, le « travail spécial » [l’espionnage] faisait partie intégrante de la mission des communistes aux États-Unis. Ceci était bien connu et ouvertement discuté au bureau politique du PCUSA. […] les biographies de communistes ordinaires montrent que les militants de base acceptaient de pratiquer l’espionnage contre leur propre pays pour le compte de L’URSS. Le parti chantait les louanges de l’URSS, identifiée à la terre promise. La propagande communiste entonnait sans arrêt le refrain assimilant l’Union Soviétique à une étoile brillante de l’humanité, comme dans ce poème communiste américain de 1934 la dépeignant comme « un paradis […] descendu sur terre en Russie. » (Klehr et al., The Secret World of American Communism, p. 324)

Joe McCarthy était un chic type.

Klehr et les co-auteurs de cet ouvrage considèrent que le PCUSA a eu une influence importante dans l’histoire américaine. Sans excuser les excès du mouvement anti-communiste américain, ils remarquent « que le tranchant particulier de l’anti-communisme américain ne peut s’expliquer sans saisir la réalité de l’allégeance du PCUSA à l’Union Soviétique. L’accusation de félonie à l’endroit des communistes américains a démultiplié l’intensité du débat concernant le communisme, l’empoisonnant aussi parfois. »

Les communistes avaient menti aux partisans du New Deal, dont ils étaient les alliés. Ces gens de gauche avaient cru les dénégations des communistes et traitaient de diffamateurs les anti-communistes qui dénonçaient les activités cachées des communistes. Furieux d’entendre ces dénégations qu’ils savaient fausses, les anti-communistes ont commencé à soupçonner de malhonnêteté ceux qui ne voyaient pas clair dans le jeu des communistes. Ainsi, la duplicité des communistes a empoisonné les rapports politiques normaux et a rendu plus dure la réaction anti-communiste de la fin des années 1940 et des années 1950. (ibidem p. 106)

Le fait que la gauche social-démocrate a défendu le communisme pendant la guerre froide entre dans le champ de la problématique de notre présent ouvrage. Nicholas von Hoffman a remarqué le rôle des défenseurs sociaux-démocrates dans la défense du communisme à cette époque. Les responsables de la revue The New Republic et Richard Hofstadter, historien à Harvard, considéraient que les inquiétudes relatives à l’infiltration communiste dans l’État devaient se rattacher « au style paranoïaque de la politique U.S. ». (Rothman et Lichter incluent la revue The New Republic dans le groupe des revues de gauche et d’extrême-gauche dont les rédactions étaient fortement juives). La version officielle de la gauche voulait que les communistes américains fussent des créatures sui generis sans connexion avec l’Union Soviétique, de sorte qu’ils n’y avait pas de menace communiste intérieure.

Dans cette période, la gauche avait saisi le magistère moral et intellectuel de la société. Les partisans de McCarthy étaient considérés comme des brutes primitives.

Dans la bataille culturelle qui agite cette période, les élites d’Hollywood, de Cambridge et des cercles de réflexion de gauche avaient peu de sympathie pour les hommes aux jambes arquées coiffés de leurs calots de la légion américaine, pour leurs femmes trop rondes et pour leurs jacasseries sur Yalta et sur la forêt de Katyn. Ces catholiques kitsch, qui décoraient leurs pelouses de flamands roses en plastique, ces petits-bourgeois de la couche inférieure et leurs angoisses de politique extérieures, non, c’était vraiment trop bas de gamme pour être pris au sérieux. (Von Hoffman, ‘Was McCarthy wrong about the left ?’, Washington Post, 14 avril 1996)

Outre l’empoisonnement de l’atmosphère politique, l’espionnage communiste produisit des effets en politique extérieure.

On ne soulignera jamais assez le rôle de l’espionnage nucléaire soviétique dans le déroulement de la guerre froide. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’usage de la bombe atomique avait donné aux Américains le monopole de l’arme ultime, dont ils étaient satisfaits et qui devait durer au moins dix ans. L’essai nucléaire soviétique de 1949 détruisit ce sentiment de sécurité physique. L’Amérique avait traversé deux guerres mondiales sans morts civiles ni destruction. Désormais, un ennemi emmené par un dictateur sans pitié pouvait balayer n’importe quelle vielle américaine avec une seule bombe. Si le monopole nucléaire américain avait duré plus longtemps, Staline aurait empêché les communistes Nord-Coréens de déclencher la guerre de Corée, et les communistes chinois auraient hésité à y intervenir. Si ce monopole avait duré jusqu’à la mort de Staline, l’agressivité soviétique aurait été contenue, modérant la dangerosité des pires années de la guerre froide. » (Klehr et al. op. cit., p. 106)

La « contre-culture » juive continua d’alimenter une sous-culture de gauche radicale et typiquement juive jusque dans les années 1950 – soit longtemps après que les Juifs eurent quitté les rangs de la classe ouvrière. Les familles et les institutions qui formaient l’ossature de la Vieille Gauche allaient porter sur les fonts baptismaux la Nouvelle Gauche. L’élan originel des mouvements étudiants des années 1960 « avait été donné, en vertu d’une quasi-nécessité, par les rejetons de familles bien loties, inclinant à gauche ou à l’extrême-gauche, issues de l’intelligentsia et très majoritairement juives. C’est là que se trouvait le plus grand réservoir d’individus bien disposés à l’égard des actions de la gauche radicale estudiantine » (Lipset, Rebellion in the University, p. 83).

Flacks a calculé que 45 % des étudiant présents à une manifestation devant l’Université de Chicago étaient juifs, bien qu’il ait dû, selon ses propres mots, « procéder à des ajustements sur son échantillon de départ pour obtenir un résultat équilibré » (in Rothman & Lichter, op. cit., p. 82). A Harvard, les Juifs constituaient 80 % des signataires d’une pétition pour l’abolition des exercices du corps des officiers de réserve (ROTC) et ils formaient entre 30 et 50 % des membres de l’organisation Students for a Democratic Society (SDS), l’organisation centrale de l’extrême-gauche estudiantine.

En 1972, Adelson comptabilisa 90 % de Juifs dans son échantillon d’étudiants d’extrême-gauche à l’Université du Michigan et il semble qu’il y avait des taux comparables dans d’autres universités, comme celle du Wisconsin et du Minnesota. Braungart, dans son étude de 1979, conclut que 43 % des membres du SDS, comptés dans dix universités différentes, avaient au moins un parent juif. 20 % de l’échantillon des sondés se déclaraient sans affiliation religieuse : ces derniers ont beaucoup de chances d’être juifs. En effet, Rothman & Lichter ont découvert que « l’écrasante majorité » des étudiants d’extrême-gauche qui répondaient que leurs parents étaient athées avaient des origines juives. (op. cit. p. 82)

Cravatés ou crasseux, une même tribu de destructeurs.

Les Juifs avaient le plus de chance de figurer parmi les dirigeants des protestations sur les campus. Abbie Hoffman, Jerry Rubin et Rennie Davis ont gagné une notoriété nationale en tant que membres des « Sept de Chicago » qui furent condamnés pour avoir forcé des barrages de police et incité à l’émeute lors de la convention nationale du parti démocrate, en 1968.

A cette occasion, Cuddihy fit remarquer la présence d’un procès dans le procès, opposant en particulier Abbie Hoffman et le juge Julius Hoffman. L’étudiant représentait la progéniture des immigrés d’Europe de l’Est qui inclinaient vers la gauche radicale, tandis que le juge représentait une version assimilée de Juif allemand établi depuis plus longtemps. Pendant le procès, Abbie Hoffman moquait le juge en yiddish : « Shande fur de Goyim » (la honte des Gentils) – ce que Abbie Hoffman traduisit par « homme-lige de la bourgeoisie WASP ». Hoffman et Rubin (qui avait fait un séjour dans un kibboutz en Israël) s’identifiaient clairement à leur judaïté et vouaient une forte antipathie à l’endroit de l’établissement blanc et protestant.

Cuddihy considère que le mouvement hippie doit ses origines à l’action du journaliste amateur Paul Krassner (éditeur de The Realist, journal « effronté, scatologique, étrangement apolitique » qui se présentait lui-même comme « de satire irrévérencieuse et de reportage impoli ») et à la sensibilité contre-culturelle du comédien Lenny Bruce.

En tant que groupe, les étudiants d’extrême-gauche provenaient de familles bien loties, tandis que les étudiants conservateurs étaient plutôt issus de familles moins fortunées. Le mouvement fut donc mené par une élite, mais ne cherchait pas à se mettre au service des intérêts des classes moyennes ou populaires. De fait, la Nouvelle Gauche considérait les classes laborieuses comme « grasses, satisfaites et conservatrices, bien représentées par leurs syndicats » (Glazer, The New Left and the Jews, p. 123).

Qui plus est, malgré des percées bénignes d’antisémitisme juif et de rébellion contre l’hypocrisie parentale chez des gauchistes juifs de la Nouvelle Gauche, le schéma dominant était celui de la continuité idéologique familiale. (De la même manière, pendant la période de Weimar, les gauchistes de l’École de Francfort rejetaient les valeurs commerciales de leurs parents, mais ne rejetaient pas personnellement leurs familles. En effet, celles-ci les soutenaient moralement et financièrement en toute connaissance de cause.)

Nombre de ces « gosses en culottes rouges » étaient issus de « familles où l’on mangeait de l’abominable Amérique raciste, anti-démocratique, immorale et corrompue au petit-déjeuner, que ce soit à Scarsdale, à Newton, à Great Neck ou à Bervely Hills. Leurs parents juifs vivaient dans des banlieues blanches comme le lys, allaient en vacances d’hiver sur les plages de Miami, étaient inscrits à des country clubs huppés et organisaient des bar-mitzvah qui coûtaient des milliers de dollars – sans cesser d’adhérer à une idéologie de gauche. » (Lipset, Revolution and Counterrevolution : Change and Persistance in Social Structures, p. 393)

Comme nous l’avons indiqué, Glazer estimait en 1969 qu’environ un million de Juifs avaient été à un moment ou un autre socialistes ou membres du Parti Communiste américain avant 1950. Par conséquent, c’est parmi les Juifs que se trouvait « le réservoir le plus important de parents qui ne trouvaient ni étrange ni choquant de voir leurs enfants passer à la gauche radicale, mais qui pouvaient très bien prendre cette nouvelle comme l’accomplissement de leurs meilleures tendances » (Glazer, op. cit. p. 129).

Pour s’en convaincre, il suffit de constater que « l’établissement juif ne prit jamais vraiment ses distances avec ces jeunes Juifs » (Hertzberg, op. cit. p. 369). Les organisations juives bien établies, comme l’AJCongress, l’Union of America Hebrew Congregations et la Synagogue Council of America étaient des opposants résolus à la guerre au Vietnam. Les attitudes anti-guerre des organisation juives officielles ont pu provoquer un certain antisémitisme.

On a rapporté que le président Lyndon Johnson était « contrarié par le manque de soutien à la guerre du Vietnam de la part de la communauté juive américaine, alors même qu’il prenait de nouvelles mesures en faveur d’Israël » (Winston, The Sociology of American Jews : A Critical Anthology, p. 198), tandis que l’ADL prenait des mesures préventives pour faire face à un retour de bâton anti-juif, car sur les questions militaires, les Juifs avaient tendance à jouer la carte du faucon quand il s’agissait d’Israël, mais celle de la colombe quand il s’agissait du Vietnam.

A l’instar de la Vieille Gauche, les membres juifs de la Nouvelle Gauche s’identifiaient fortement en tant que Juifs. Des cérémonies avaient lieu pour l’hanoucca et le hatikvah – l’hymne national israélien – fut chanté lors d’un important sit-in à Berkeley. La Nouvelle Gauche perdait des membres juifs quand elle arborait des positions incompatibles avec des intérêts spécifiquement juifs (relativement à Israël, en particulier) et en gagnait dans le cas contraire. Ses dirigeants avaient souvent fait des séjours dans des kibboutz en Israël et certains indices montrent que les néo-gauchistes tâchaient de réduire au minimum les expressions les plus patentes de leur judaïté, ainsi que les occasions de débattre de sujets susceptibles de faire apparaître des désaccords entre néo-gauchistes juifs et non-juifs, singulièrement Israël. Pour finir, l’incompatibilité des intérêts juifs et néo-gauchistes aboutirent au départ des Juifs, qui furent nombreux à partir en Israël pour vivre dans des kibboutz et s’impliquer dans des institutions religieuses juives traditionnelles, ou bien qui s’engagèrent dans des groupes de gauche à identité juive affirmée.

Après la guerre des Six Jours en 1967, la grande affaire pour les Juifs de la Nouvelle Gauche fut Israël, mais le mouvement travaillait aussi pour le compte des Juifs soviétiques et exigeait l’ouverture de départements de recherche universitaire consacrés aux études juives. Comme l’écrivit Jay Rosenberg, militant du SDS : « Dorénavant, je n’accepterai plus de militer dans un mouvement qui ne reconnaît pas et ne soutient pas la lutte de mon peuple. Si je dois choisir entre la cause juive et un SDS « progressiste » et anti-Israélien, je choisis la cause juive. Si l’on devait se battre sur des barricades, je combattrais en tant que Juif. » (in Sachar, History of Jews in America, p. 808).

Les Juifs étaient une composante essentielle de l’acceptation sociale de la Nouvelle Gauche. Les Juifs étaient sur-représentés dans la gauche radicale et parmi leurs partisans dans les media, les universités et la république des lettres au sens large. Les experts juifs et de gauche des sciences humaines jouèrent un grand rôle en présentant le radicalisme estudiantin sous un jour positif. Toutefois, dans leur récent compte-rendu de la littérature existante sur le sujet de la Nouvelle Gauche, Rothman & Lichter remarquent une tendance constante à passer sous silence le rôle des Juifs dans ce mouvement. Quand celui-ci est mentionné, on l’attribue à l’idéalisme juif ou à tel autre trait positivement perçu.

Cuddihy fait remarquer que les media ont presque entièrement ignoré le conflit intra-juif qui s’était livré lors du procès des Sept de Chicago. Il a décrit les opinions exprimées par divers Juifs dans la presse de l’époque (New York Times, New York Post, Village Voice) qui excusaient l’attitude des inculpés et chantaient les louanges de leur avocat juif d’extrême-gauche, William Kunstler.

En Angleterre aussi, les flux et reflux de l’engagement communiste chez les Juifs dépendent de ses convergences avec les intérêts juifs. Pendant les années 1930, le Parti Communiste attirait les Juifs parce que c’était le seul parti qui professait un antifascisme virulent, entre autres raisons. Il n’y avait aucune contradiction à être simultanément un Juif ethnique assumé et un membre du parti :

Les sympathies communistes des Juifs de cette génération avaient quelque chose à voir avec de l’identification de groupe, un peu comme un moyen d’auto-affirmation ethnique. (Alderman, Modern British Jewry, p. 317-18)

Après la Deuxième Guerre mondiale, quasiment tous les candidats communistes qui réussissaient à être élus représentaient des circonscriptions juives. Cependant, le soutien juif au communisme déclina quand fut révélé l’antisémitisme de Staline et beaucoup de Juifs quittèrent le Parti Communiste après la crise au Proche-Orient en 1967, quand l’URSS rompit ses liens diplomatiques avec Israël.

Pour conclure, l’identité juive a été généralement perçue comme hautement compatible avec la gauche radicale. Mais lorsque celle-ci entre en conflit avec des intérêts juifs spécifiques, les Juifs cessent d’être de gauche radicale, malgré des cas fréquents d’ambivalence et de rationalisation.

Auteur: Basile

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2 Commentaires sur "Kevin MacDonald : Culture de la Critique – Les Juifs et la gauche (3)"

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Oscar Letosque
18 février 2019 6 h 47 min

Un peu HS …
https://www.youtube.com/watch?v=mF7SE18rOTA&feature=youtu.be
Titre : South Africa: Black South Africans Unleash Campaign of Savagery and Predation on Local Whites
C’est un vidéo Russe sur la situation des Boers, ces couillons de Calvinistes qui ont trouvé bon (certes, reste à voir le rôle des Anglais dans cette affaire) d’amener des masses d’esclaves noirs chez eux avant de se faire (…). Il y a un côté “film futuriste” qui m’a intéressé dans ce vidéo. Puis évidemment on peut apprécier combien c’est sympa de se trouver dans un pays avec une majorité de 90% d’Africains. Ça donne envie !
On ne parle pas assez de l’Afrique du Sud.

[…] Paru dans Blanche Europe […]

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