Les élections législatives en Italie : enjeux et perspectives

La vie politique italienne se caractérise depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale par l’instabilité des partis et des coalitions. Les réformes du mode de scrutin en 1994 et en 2013 qui étaient censées apporter plus de stabilité n’ont finalement rien changé et le système demeure toujours aussi chaotique. Durant la législature en cours, trois gouvernements de centre gauche se sont ainsi succédé, suite à d’obscures querelles à l’intérieur du Parti démocratique (PD).

Depuis le scrutin de 2013, trois blocs de taille à peu près comparable dominent la vie politique :

  1. Un bloc de droite, avec Forza Italia de Berlusconi, qui même s’il ne peut plus se présenter à une élection en raison de ses multiples condamnations judiciaires reste l’homme fort de la droite. La droite italienne, à la différence de la française, n’hésite pas à s’allier avec des mouvements qu’on qualifierait chez nous de « populistes », voire même « d’extrémistes » comme la Ligue du Nord et Fratelli d’Italia. Ces deux partis en s’alliant avec Forza Italia ont cependant renoncé à leur programme : sortie de l’euro, abandon du droit du sol, fin de l’invasion migratoire. Une trahison abjecte, pour obtenir quelques sièges de députés supplémentaires.
  2. Un bloc de centre gauche dont l’épine dorsale est le Parti démocratique, très lointain héritier du Parti communiste, qui ratisse aussi très large, puisqu’on trouve dans cette coalition des libéraux, des démocrates-chrétiens ou des écologistes.
  3. Enfin le Mouvement Cinq étoiles (Movimento Cinque Stelle – M5S), formation déroutante qui échappe complètement aux classifications traditionnelles.

Le M5S avait créé la surprise en 2013, en devenant lors de sa première participation à un scrutin national avec 23% des suffrages (alors que les sondages ne lui donnaient que 10 à 12% des intentions de vote), une des principales forces politiques du pays. Contrairement à ce qu’avaient prédit les observateurs, le M5S ne s’est pas désintégré et semble parti pour s’installer durablement dans le paysage politique. Son action – à la tête des mairies de Turin et Rome – a pourtant été plus que décevante. Les élus du M5S se sont limités à dénoncer les scandales administratifs et autres dysfonctionnements bureaucratiques, sans rien changer sur le fond.

Quant au programme du M5S (si on peut parler de programme, car il s’agit plutôt d’une liste d’intentions, souvent contradictoires), il se présente comme un curieux mélange d’antiparlementarisme, d’euroscepticisme et d’écologie. Sur la question de l’invasion migratoire, son discours apparaît particulièrement flou et on serait bien en peine de déterminer ce que veut faire le M5S sur cette question cruciale.

À côté de ces trois grands blocs il existe une multitude de petits partis (régionalistes, écologistes, d’extrême-gauche ou néo-fascistes), qui même s’ils obtiennent qu’une poignée de députés peuvent faire pencher la balance en faveur de l’un ou de l’autre bloc.

Un mot sur CasaPound, mouvement qui a bien sûr toutes nos faveurs. CP n’est pas et ne veut pas être un parti politique. Le groupe s’est toujours défini comme un « laboratoire d’idées ». Il peut prendre part à des scrutin, comme récemment aux élections municipales d’Ostie, mais ce n’est pas son objectif. Ce qui compte, c’est de constater que la vision du monde défendue par CP progresse.

La percée la plus significative du mouvement étant peut-être celle du Blocco Studentesco, la formation étudiante de CasaPound, qui a rassemblé en 2014 près de 40% des suffrages dans les établissements romains et ceci en se revendiquant ouvertement du fascisme. Il est désormais devenu chose courante de voir des jeunes de quinze ou seize ans issus des couches populaires échanger le salut romain.

[Note de Blanche : les récentes élections estudiantines de la fin 2017 ont offert une série de très bons résultats pour Casapound (it), avec 56.000 voix et 200 élus.]

Pour toutes ces raisons, l’incertitude demeure totale. À trois mois du scrutin, les sondages donnent une légère avance à la coalition formée par Forza Iatlia, la Ligue du Nord et Fratelli d’Italia, mais cette avance demeure trop faible pour garantir à la coalition de droite la possibilité de gouverner. En l’état actuel, cette coalition n’obtient, en effet, pas la majorité des sièges au parlement, même en arrivant en tête du vote.

Le principal point faible de cette coalition, c’est qu’elle n’a, pour l’instant, toujours pas de candidat au poste de Président du conseil, Berlusconi ne pouvant briguer cette fonction comme nous l’avons noté plus haut. Les trois partis n’ont signé aussi qu’un vague projet de gouvernement dont les deux mesures principales sont la suppression de la progressivité de l’impôt sur les personnes physiques et l’abrogation d’une loi voté en 2011 retardant l’âge de la retraite. Rien de concret en revanche sur l’immigration ou sur l’Europe.

À gauche, la situation semble plus simple. Le scrutin prendra la forme d’un référendum pour ou contre Matteo Renzi et sa réforme constitutionnelle qui vise simultanément à renforcer le rôle du Président du conseil, à assurer la majorité à la coalition qui arrive en tête des élections, à réduire à rien les pouvoirs du Sénat. Une victoire de Renzi se caractériserait par la poursuite de la politique actuelle : plus d’Europe, plus d’immigration, plus de droits pour les « minorités sexuelles ».

Une fois de plus le M5S pourrait jouer les trouble-fête. Les derniers sondages le créditent de 25 à 29% des intentions de votes. L’objectif principal de cette formation semble de vouloir empêcher par tous les moyens possibles un retour de Renzi aux affaires. Comme toujours le projet du M5S demeure un fourre-tout où l’on trouve tout et son contraire. Le succès de ce parti (il serait d’ailleurs plus juste d’écrire « anti-parti ») s’explique par le rejet à peu près unanime que les Italiens éprouvent pour une classe politique incapable, irresponsable, corrompu et détestable à tout point-de-vue.

Conclusion

En définitive, il n’y a rien à attendre de ces élections législatives italiennes qui devraient conduire à nouveau à une situation sans vainqueur ni vaincu, ouvrant la voie à toutes les combines possibles. Les élections tournent de plus en plus à la farce. Aucun changement n’est à attendre des urnes.

Partout en Europe, le système démocratique apparaît comme un grand malade en phase terminale. Il est plus que temps d’euthanasier une fois pour toute la démocratie !!!

Auteur: Procope

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10 Commentaires sur "Les élections législatives en Italie : enjeux et perspectives"

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u d\'Or et rien d\'autres .
28 janvier 2018 12 h 25 min

La Démocratie n’a pas bonne presse , étant honnie dans le monde clos des ” intelligents ” . ” One man , one vote ” : qui peut souscrire à pareil déni de justice , si ce n’est la sous-humanité rassemblée en Occident au service exclusif du Youtre ?
A qui s’interroge sur les conditions d’existence de la démocratie , les vérités entrevues par les anciens Grecs s’imposent : la démocratie suppose un peuple culturellement et ethniquement homogène .
Aristote : La Politique
et ” Constitution d’Athènes ”
Vous en conclurez que notre armée de démocrasseux miteux se soucie peu de Démocratie . Elle sert le Veau d’Or et rien d’autre . La souveraineté du peuple , c’est une calembredaine pour déficient mental .
Ills ont les pieds sur terre , tous ces sermonneurs , ces curés au rabais qui peuplent les Parlements ..

Hum
28 janvier 2018 13 h 37 min

Ces tronches… Qui peut sérieusement représenter une supposée “Italie” unie avec ça ? Entre une gueule de britannique gauchiste, un pervers dégueulasse, une sale tronche de bougnoule dégueulasse (ce mec c’est direction l’Afrique du Nord). Le dernier est le seul à peu près convenable (celui à l’extrême droite).

AA
28 janvier 2018 14 h 26 min

AA
28 janvier 2018 18 h 56 min

LC987
28 janvier 2018 14 h 29 min

“Partout en Europe, le système démocratique apparaît comme un grand malade en phase terminale. Il est plus que temps d’euthanasier une fois pour toute la démocratie !!!”

ah bon ?

Et la Hongrie alors ?

Parce que bon, c’est les élections ou le coup de force. Faire un coup de force avec une police francmac, une armée éternellement bourgeoise-peureuse, “droite catho”, des services secrets disposant de moyens informatiques et technologiques surpuissants et une population encore hostile au nationalisme, moi je dis que les naifs, ce ne sont pas ceux qui croient aux élections mais ceux qui croient au coup de force.

Remember la brasserie de Munich vs les législatives de 1932 (même si la liberté d’expression a disparu)

Steph
30 janvier 2018 11 h 39 min

Et si le M5S était maintenu par les médias à un certain niveau, de façon à ce que Berlusconi n’obtienne pas de majorité ? Il est loin d’être parfait, mais il est tombé en 2011, l’année de Lampedusa, ce qui laisse acroire qu’il faisait obstacle à l’invasion…

Pensez que, pour mettre à bas l’Italie, le pays de Saint Pierre et de Mussolini, il faut un stratagème rusé.

Cette ruse, c’est le “parti populiste”. Un fourre-tout, assez sulfureux pour attirer le peuple affligé, assez sulfureux aussi pour l’éloigner du pouvoir bourgeois. De la sorte, on rend impossible toute majorité en faveur de l’ordre.

Les partis ont toujours été, depuis ces 300 dernières années, un moyen d’utiliser le peuple contre lui-même, en le divisant sur des questions dont la réponse est largement subjective et socialement prédéterminée. Néanmoins, en Angleterre et en Amérique, elle avait un sens : l’un des partis ploutocratiques avait besoin de la majorité aux élections pour faire la loi.

Aujourd’hui la ploutocratie est cosmopolite et elle ne peut pas obtenir cet assentiment. Elle doit donc recourir au stratégème du parti populiste. C’est une variante du “parti-fusible” : laisser se développer un grand parti de l’ordre national, en l’amenant à 10 à 20% aux élections, parmi les couches les plus nationalistes de la population, et puis, l’abattre dialectiquement, et l’ordre national avec. Technique utilisée avec le FN en 1984, les Nya demokraterna en 1991, Aube dorée en 2012, la sotte Pauline Hanson, en 1996 et 2016. On présume que l’Italie étant trop conservatrice, ce sont les apolitiques qui font l’appoint.

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