Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

La liberté d’expression c’est, fondamentalement, l’assurance de la société que l’on peut dire ce que l’on veut dire sans craindre de représailles. Les autorités étatiques pouvant menacer de prison et d’amende sont la source de représailles la plus menaçante, et d’un point de vue légal, c’est par rapport à elles seules que la liberté d’expression est jugée. Cependant, la liberté d’expression est aussi affectée par les représailles exercées par d’autres individus créant un ostracisme ; et surtout par les représailles exercées par des entreprises, celles qui ont le pouvoir de détruire socialement des individus (en les licenciant ou, pour les médias, en les attaquant publiquement), tout comme celles qui ont le pouvoir de les priver de moyens d’expression (les grandes entreprises de l’Internet, comme Facebook ou Google). Aujourd’hui, ces entreprises de l’Internet sont une des menaces les plus fondamentales contre la liberté d’expression politique, en témoignent diverses initiatives comme les nouvelles méthodes de YouTube

Personne de sain d’esprit n’est pour une liberté d’expression totale et absolue ; parce qu’une telle liberté totale et absolue comprendrait le droit de diffamer, le droit de tromper à des fins malicieuses (diffuser une fausse information pour provoquer une panique ou manipuler un cours financier, par exemple), le droit de promouvoir les crimes les plus monstrueux imaginables, etc.

D’ailleurs, la liberté d’expression n’est pas une question tout en noir ou blanc : non seulement le champ exact des propos tolérés peut varier, tout comme l’ampleur des représailles.

Cela crée une ambiguïté lorsque l’on parle de la “liberté d’expression” sans préciser à quoi l’on pense précisément.

L’idée sous-jacente derrière la défense de la liberté d’expression est qu’il faut tolérer certains propos nuisibles socialement parce que les dangers de leur interdiction sont supérieurs encore.

Ces dangers résident dans le pouvoir conféré aux censeurs et dans le risque considérable que, sous prétexte d’interdire une idée jugée (sincèrement ou non) nuisible, ce soit une idée juste et vraie qui soit interdite. Par ailleurs, et de façon plus générale, l’établissement systématique de “pensées autorisées” et de “pensées interdites” étouffe le débat intellectuel et la réflexion argumentée, en privilégiant l’adhésion aveugle à un dogme.

De même qu’il y a certaines restrictions dont l’utilité sociale est si manifeste que nul, ou presque, ne les conteste ; il existe des restrictions dont la nuisance est si évidente que personne n’en veut.

Par exemple, interdire d’exprimer une vérité manifeste, telle que “le soleil brille” ou “l’eau mouille” est à raison jugé intolérable.

Or, beaucoup de déclarations politiques aux conséquences considérables sont elles aussi directement concernées par ce critère de vérité : quel garde-fou permettrait qu’une thèse bénéfique pour la société ne soit pas interdite par l’effort d’opposants puissants à qui elle nuirait ? Comment s’assurer de la vérité d’une thèse s’il est interdit de la contester ?

C’est ce qui explique ce fameux passage du roman 1984 :

Le Parti disait de rejeter le témoignage des yeux et des oreilles. C’était le commandement final et le plus essentiel. Son cœur faiblit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux subtils arguments qu’il serait incapable de comprendre, et auxquels il serait encore moins capable de répondre.

Et cependant, il était dans le vrai. Le Parti se trompait et lui était dans le vrai. L’évidence, le sens commun, la vérité, devaient être défendus. Les truismes sont vrais. Il fallait s’appuyer dessus. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau humide, et les objets qu’on laisse tomber se dirigent vers le centre de la terre.

Avec la sensation qu’il s’adressait à O’Brien, et aussi qu’il posait un important axiome, il écrivit :

La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit.

La liberté d’expression est importante parce que, quand elle est assurée, elle offre un moyen pour annuler une erreur après qu’elle soit commise.

C’est aussi pour cela aussi que la liberté d’expression doit être comprise comme plus large que la simple assurance de ne pas être la cible de poursuites judiciaires : c’est toujours utile de pouvoir dire votre pensée sincère dans des conversations privées ; mais si assez de gens partagent une idée, elle devrait pouvoir être défendue face à ses contradicteurs devant un public plus large (dans les médias, par exemple), aussi stupide soit-elle. Ce ne serait sans doute pas adéquat de présenter des opinions précisément au prorata de leur popularité, celle-ci n’étant pas une garantie de qualité, mais s’assurer que le grand public ait l’occasion au moins de découvrir une idée et d’y réfléchir serait tout à fait raisonnable : indépendamment de la stupidité de l’idée démocratique, cela assurerait au moins que les personnes capables d’une réflexion indépendante soient placées dans de bonnes conditions pour la mener.

Mais seul un régime politique profondément attaché à la vérité et qui ne la craint pas pourrait instaurer une pareille procédure : un ordre basée sur le mensonge doit nécessairement étouffer les idées le menaçant (la réciproque n’est cependant pas vraie : un régime politique juste pourrait théoriquement étouffer des idées adverses).

Auteur: Blanche

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5 Commentaires sur "Qu’est-ce que la liberté d’expression ?"

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RLC
29 décembre 2017 23 h 42 min

La liberté d’opinion pour tous avec pour seul direction le bien commun, c’est cela que devrait être la vraie liberté d’expression

LC987
30 décembre 2017 14 h 28 min

ça ne veut rien dire, car tout le débat porterait sur ce qui est le bien commun. Si le gvt décide que l’antiracisme et l’égalitarisme sont le bien commun, retour case départ. (à tous les sens du mot case, d’ailleurs)

31 décembre 2017 11 h 08 min

L’Etat est aux mains des juifs de l’oligarchie. Débarrassons-nous des juifs et des étrangers, ça ira tout de suite mieux.

AA
3 janvier 2018 22 h 46 min

AA
3 janvier 2018 22 h 52 min

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