Presse menteuse : quand quelques milliers de tweets sont transformés en une énième “perturbation russe”

Chaque prétendue affaire supplémentaire de disruption russe illégitime dans la politique des pays occidentaux (d’autant plus hypocrite que les médias occidentaux en Russie sont tout sauf neutres et que d’autres moyens d’agitations sont aussi soutenus) est plus ennuyante que la précédente.

Les accusations avancées sont toujours plus ridicules et toujours moins étayées ; et on ne parvient même plus à les prendre au sérieux plus d’une seconde ou deux.

La nouvelle accusation concerne une prétendue action russe destinée à manipuler l’issue du référendum britannique sur la sortie de l’UE qui s’était tenu l’an passé.

The Independent :

Plus de 400 faux comptes Twitter, dont on pense qu’ils sont gérés depuis la Russie, aurait supposément publié des messages à propos du Brexit.

Des chercheurs de l’université d’Édimbourg ont examiné 2752 comptes suspendus par Twitter aux États-Unis.

Ils ont identifié 419 comptes opérant depuis l’Agence de Recherche Internet russe, et tentant d’influencer la politique britannique, a rapporté The Guardian.

Des comptes servant à des fins politiques et exploités par le gouvernement russe. On pourrait encore juger cela plausible, dès lors que la méthode est efficace. Il y a une guerre psychologique même si les canons ne résonnent pas.

Mais cette première affirmation sombre vite dans le ridicule :

Le professeur Laura Cram, directrice des recherches neuropolitiques à l’université d’Édimbourg, a dit au journal qu’au moins 419 de ces comptes ont tweeté à propos du Brexit un total de 3468 fois – essentiellement après que le référendum a eu lieu.

Ben dites donc, ça c’est de la perturbation, dites donc ! Méchante Russie, qui a des comptes Twitter osant commenter l’actualité !

Commentant sur les tweets du Brexit, elle a dit au Guardian que le contenu était dans l’ensemble “assez chaotique et qu’il semblait viser une perturbation plus large. Il n’y a pas de direction absolument claire. Nous remarquons beaucoup [de contenu] à propos des réfugiés et de l’immigration.”

Quelques milliers de tweets auraient visé à provoquer une “perturbation plus large” !

Un porte-parole de Twitter a dit au journal que l’entreprise “reconnaît que l’intégrité du processus électoral est une partie fondamentale de la santé d’une démocratie. Aussi, nous continuerons de soutenir les enquêtes officielles par les autorités gouvernementales dans les interférences électorales comme c’est nécessaire.”

Il y a des centaines de millions de tweets par jour, dont quelques dizaines de millions par jour au Royaume-Uni ; mais c’est vrai que ces quelques milliers de messages ont menacé de pirater les cerveaux des électeurs britanniques et de les transformer en zombies pro-Poutine ne mangeant plus que du bortsch.

Pendant ce temps, 45.000 messages à propos du Brexit ont été publiés par des comptes du Twitter russe en 48 heures lors du référendum de l’an passé, selon un article du Times.

Vous avez peut-être cru qu’il existe des Russes. Vous savez, des gens réels qui ont une vie, et à qui il arrive aussi de s’intéresser à l’actualité internationale. Après tout, que le sujet n°1 de l’actualité mondiale a suscité quelques commentaires en Russie, ça pourrait sembler logique – une quantité bien supérieure de messages sur le sujet a circulé sur les Twitter français ou allemands, par exemple.

Mais heureusement que le Times, qui a mis cet article à sa une et a titré sur une “perturbation” du vote, est là pour nous le rappeler : les Russes ça n’existe pas, il n’y a que des AGENTS DU KREEEMLIIIN !

Les spécialistes des données à l’université de Swansea et à l’université de Californie, Berkeley, ont trouvé que plus de 150.000 comptes basés en Russie ont changé leur intérêt sur le Brexit lors de cette période, a rapporté le journal.

Plus de deux comptes sur trois n’envoyant pas un seul message, ça c’est une campagne de “trolls” et de “bots” sacrément efficace, dites donc !

Il semble que beaucoup des messages venaient de robots, des comptes automatisés mis en place pour publier des tweets, ou de comptes “cyborg” qui ont une certaine implication humaine mais sont automatisés.

Ce qui est bien avec “beaucoup”, c’est que ça ne veut rien dire. Cela ne nous donne pratiquement aucune information. 100 messages, ça peut être considéré comme “beaucoup” en nombre absolu hors de tout contexte ; mais c’est ridicule comparé à des dizaines de milliers de messages.

C’est même sans discuter de l’invérifiabilité du tri entre vrais et faux compte par ces chercheurs.

The Times a rapporté que beaucoup des tweets encourageaient les gens à quitter l’UE, bien que certain favorisaient le maintien.

Et en allant regarder l’opinion politique de la plupart des Russes, se serait-on attendu à autre chose ? Avec l’UE perçue non sans raison comme hostile, pourquoi le russe ordinaire ne pencherait-il pas en faveur du Brexit ? Le Times indique aussi que ces comptes soutenaient pour beaucoup Poutine – n’est-ce pas le cas du russe ordinaire ?

Conclusion

Les deux études utilisées pour supposément prouver une “perturbation” russe du Brexit à l’aide de messages Twitter se noient dans le ridicule.

Mais la presse dominante britannique n’a pas hésité à les relayer et à feindre scandale et indignation.

Le Times, avec comme rédacteur en chef John Witherhow (qui illustre cet article), remporte ici la palme de la malhonnêteté.

Ceci est tout à fait révélateur sur la nature de cette presse : hautement politisée, manipulatrice, sans scrupules, indigne de confiance.

Auteur: Blanche

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1 Commentaire sur "Presse menteuse : quand quelques milliers de tweets sont transformés en une énième “perturbation russe”"

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Max.B
24 novembre 2017 13 h 32 min

Ils ont une paranoïa à propos du grand complot russe, quelque chose de phénoménal…

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