Twitter bloque les publicités de médias russes  “libertés démocratiques” à sens unique

Si demain, le Kremlin faisait interdire en Russie les médias pro-occidentaux qui y déversent leurs corrosives fariboles, que répondraient les médias aux États-Unis et en Europe de l’Ouest ? Ils hurleraient aussitôt contre un acte “répressif” et “anti-démocratique” et en profiteraient pour présenter la Russie comme l’ennemi à abattre.

Quand en revanche, ce sont des médias pro-russes en Occident – légitime réponse aux médias pro-occidentaux en Russie – qui sont attaqués, tout va bien. Des projets d’interdiction de RT sont ainsi à l’étude – qui se sont manifestés déjà par l’exigence du ministère américain de la Justice que ces médias s’inscrivent comme agents étrangers (en). Leurs contenus seraient ainsi rangés dans la catégorie propagande russe – tandis que lorsqu’un milliardaire américano-israëlien développe une abondante propagande destinée à servir les Juifs dans les médias qu’il possède, ce se serait fantastique.

Mais c’est l’action de Twitter qui est la plus récente illustration de ces attaques contre les chaînes russes.

RT :

Jack Dorsey a annoncé ce 26 octobre 2017 sur Twitter, le réseau social qu’il a fondé en 2006, que RT n’accéderait plus aux campagnes de promotion de ses contenus, comme le font tous les autres médias.

« Twitter a pris la décision d’interdire l’accès à l’achat de publicité à tous les comptes liés à RT et Sputnik », a déclaré dans un communiqué Twitter. Le réseau social se base sur le rapport du renseignement américain de début janvier 2016, qui, recourant à la preuve tautologique, estimait que les médias russes avaient « piraté » l’élection présidentielle… parce que les agences américaines en étaient sûres.

Ce rapport, dont les auteurs ne veulent pas publier les preuves supposées, en invoquant des raisons de sécurité, fait, plus de neuf mois plus tard, toujours jurisprudence pour les tenants d’une théorie de l’ingérence – médiatique ? informatique ? éditoriale ? – de la « Russie », des « hackers » ou encore des « trolls » russes dans le processus démocratique américain en 2016.

Mais il ne s’agit pas ici d’une simple mesure de Twitter visant à réduire l’influence de ces médias russes.

Non, en fait, Twitter fait preuve dans cette affaire, découlant des délires sur le “piratage russe” de la campagne électorale américaine, d’une hypocrisie record.

RT :

A la fin du mois de septembre, Twitter a publié un rapport intitulé « L’ingérence russe dans les élections américaines de 2016, les robots et la désinformation » qui comprenait des données confidentielles sur les campagnes publicitaires de RT et laissait entendre que la chaîne avait essayé d’influencer les utilisateurs de Twitter avec de la publicité affichée sur la plate-forme.

Cette association complètement infondée et fort trompeuse nous oblige à révéler les détails des négociations qui ont eu lieu en 2016 et au cours desquelles les représentants de Twitter ont proposé à RT de faire de la publicité pour des sommes importantes. Il s’agissait alors de promouvoir la couverture électorale américaine de RT sur la plate-forme de micro-blogging. Une proposition que RT a finalement refusée.
[…]
Les équipes de RT et de Twitter ont mené quelques sessions de négociations directes, au cours desquelles nous avons réfléchi à une potentielle stratégie média à la veille des élections américaines de 2016. La première réunion remonte au mois d’avril 2016 et a impliqué les hauts responsables du marketing et les gestionnaires de partenariats pour les actualités de Twitter.

L’idée principale présentée par Twitter à RT était de « prendre position ». Plus RT dépenserait d’argent, plus grand serait le nombre d’électeurs américains fournis par Twitter atteints. Lors de la réunion, on a montré à l’équipe de RT une présentation détaillée expliquant les avantages de choisir Twitter en tant que plate-forme pour l’élection.

La présentation personnalisée a fourni un aperçu de l’ampleur des débats que Twitter souhaitait voir sur sa plate-forme au sujet de cette élection très attendue aux Etats-Unis. Parmi les données fournies, on a présenté à l’équipe de RT les statistiques des réactions des utilisateurs de Twitter à chacun des trois principaux candidats de l’époque : Donald Trump, Hillary Clinton et Bernie Sanders.

La présentation comprenait un « énoncé de mission » tel que prévu par Twitter qui proclamait : « Donner un point de vue impartial sur les élections américaines en utilisant la technologie puissante de Twitter pour distribuer le message en temps réel. »

Afin d’inciter RT à accepter cette offre électorale exclusive, Twitter a promis des privilèges et des bonus.

L’offre comprenait des éléments tels qu’un bêta test fermé de nouveaux outils et produits ; un émoticône personnalisé comme hashtag qui aiderait RT à se démarquer dans cette couverture électorale particulière ; des solutions analytiques et de recherche personnalisées ; et une équipe dévouée de spécialistes de Twitter pour aider sur la gestion des données et la stratégie média.

L’offre électorale exclusive de Twitter a finalement été refusée par RT en raison de son prix excessif – beaucoup plus élevé que les budgets habituellements dévolus par RT à la promotion sur les réseaux sociaux – et en raison des doutes chez RT relatifs aux réels bénéfices de cette campagne.

Twitter cherche désespérément à gagner de l’argent, parce que ce n’est pas une plateforme rentable. Je souhaite vraiment qu’ils fassent faillite.

[…]
Le 28 septembre 2017, Twitter indique dans son rapport : « Selon nos constatations pour l’instant, RT a dépensé 274.100 dollars pour les annonces publicitaires aux Etats-Unis en 2016. Cette année-là, les comptes @RT_com, @RT_America, et @ActualidadRT ont promu 1823 tweets ciblant certainement ou potentiellement le marché américain. »

Tout d’abord, dans la publication précitée, Twitter a rendu publiques les informations financières confidentielles d’un partenaire sans avertissement. Cela étant, le message en question n’est en rien compromettant pour RT : pratiquement tous les médias dépensent de l’argent pour faire la publicité de leur couverture de l’actualité sur les plates-formes de réseaux sociaux à travers le monde (RT est loin d’être un cas unique), il s’agit d’un moyen tout à fait légal et réglementé pour la promotion de contenus.

Cependant, le plus important, c’est que ce rapport ne précise pas que le montant de 274.100 dollars n’a pas été dépensé pour promouvoir des tweets liés aux élections auprès du public américain. Une bonne partie de cette somme a été déboursée pour la promotion générale des comptes de RT comme un moyen d’atteindre de nouveaux publics – la forme la plus populaire de la publicité sur Twitter. Une fraction seulement du contenu qui a été promu était liée à la couverture de l’élection américaine.

Ce qui précède faisait également partie de l’ensemble des dépenses de 2016 par lesquelles RT recevrait des bonus et confirmerait son statut de partenaire premium, lui assurant le soutien direct des gestionnaires de Twitter.

Il faut aussi noter qu’au vu de résultats insatisfaisants en 2016, RT a considérablement réduit ses budgets pour la publicité sur Twitter en 2017.

La malhonnêteté de l’actuelle interdiction de la publicité par Russia Today et Sputnik sur Twitter est donc on ne peut plus claire.

[…]
Mercredi prochain, le 1er novembre, les dirigeants de Twitter témoigneront devant la commission parlementaire enquêtant sur la présumée ingérence russe dans les élections américaines, comme le feront les représentants de Google et de Facebook.

Ces auditions seront-elles l’occasion pour les médias de relancer une énième séance de diabolisation de la Russie ? Cela devient franchement lassant.

Si je suis loin d’être poutinolâtre ou d’adorer RT – qui offre une vue alternative aux médias dominants sur certains aspects pour affaiblir les régimes occidentaux mais aime par exemple beaucoup traiter de “nazis” des adversaires de la Russie – les attaques qui sont menées contre ces médias russes en Occident sont révélatrices : le discours sur la “démocratie” est une arme plus qu’une conviction sincère.

Si France 24 ou RFI étaient la cible d’attaques semblables en Russie, par exemple, gageons qu’on en entendrait longuement parler dans les termes les plus durs.

Auteur: Blanche

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1 Commentaire sur "Twitter bloque les publicités de médias russes  “libertés démocratiques” à sens unique"

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30 octobre 2017 10 h 06 min

Si France 24 ou RFI étaient la cible d’attaques semblables en Russie, par exemple, gageons qu’on en entendrait longuement parler dans les termes les plus durs.

La censure, le dictateur Poutine assoiffé de sang, le nazisme en Russie, le fascisme, le retour de la peste brune…
On en mangerait toute la journée par le bias des médias. Alors que dans ce sens, bon c’est normal : ils sont pas gentils les médias Russes…
RT et Sputnik : deux médias écartés par Macron depuis sa candidature il me semble, un lien possible ?

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