Annulation de projections d’Autant en emporte le vent en Amérique : prélude d’un combat culturel

Autant en emporte le vent est un excellent film. J’ose le recommander aux lecteurs de ce site. Le livre est meilleur encore, et il faudrait le lire également, mais il est assez long et une certaine facilité contemporaine tend à faire préférer les supports visuels, qui transmettent un tableau à perception plus immédiate, aux supports écrits (bien que le film lui-même dure assez longtemps).

Bien que coréalisée et produite par un Juif (comme quoi), cette œuvre peut satisfaire les attentes politiques du nationaliste pointilleux (Sud montré dans toute sa beauté aristocrate, esclaves correctement traités sans pathos inutile, désolation de la guerre et de ses profiteurs, Yankees sales et crasseux, nègres violeurs, héros du film membres du premier Ku Klux Klan). Elle véhicule, ce qui, pour une création d’ordre artistique, est plus important, une atmosphère prenante, un message convaincant, une reconstitution désirable et une impression marquante.

Et la qualité est une raison supplémentaire pour le monde moderne de haïr.

Le Figaro :

Scarlett O’Hara n’est plus la bienvenue dans la salle Orpheum de Memphis. Autant en emporte le vent était projeté chaque année depuis 34 ans dans ce cinéma du Tennessee, au sud des États-Unis, qui a décidé de suspendre cette tradition, un peu plus de deux semaines après l’attaque [sic] de Charlottesville, dans laquelle une militante antiraciste a été tué par un suprémaciste blanc.

Le soir précédent, le 11 août, le film de 1939 aux dix Oscars avait été projeté sur l’écran de Memphis. Le cinéma a alors reçu des plaintes, motivées par le portrait discriminant des noirs américains et la vision idéalisée des Sudistes que ce film, qui plonge au cœur de la Guerre de Sécession, véhiculerait. La direction de l’Orpheum a réagi en annonçant que les aventures de Scarlett et Rhett ne seraient plus au programme l’année prochaine, déclenchant un tollé sur la toile.

« La récente projection d’Autant en emporte le vent (…) a généré un nombre important de commentaires. L’Orpheum les a soigneusement étudiés », s’est justifié Brett Batterson, le président de l’Orpheum Theatre Group, précisant au New York Times qu’« en tant qu’organisation dont la mission est de divertir, d’éduquer et d’éclairer les communautés qu’elle sert, l’Orpheum ne pouvait montrer un film insensible à un grand pan de sa population locale ».

Souhaitant désamorcer la polémique, Brett Batterson a expliqué au Commercial Appeal, un quotidien de Memphis, que les préoccupations à propos de ce film ne dataient pas de la tragédie de Charlottesville et des débats qui en ont suivi, mais que la question se posait chaque année depuis longtemps.

Les réseaux sociaux n’ont pas tardé à s’emparer de l’affaire, entraînant une vive polémique. « La tolérance vire à la censure. Encore une fois », a déclaré le philosophe québécois Mathieu Bock-Côté sur Twitter.

D’autres ont créé des variations autour du titre : « À ce rythme-là, ce sont bientôt nos libertés, notre identité et notre culture qui seront ‘gone with the wind’ » [le titre anglais du film, NDLR]. « Le bon sens a été emporté par le vent dans ma ville natale de Memphis », s’est écrié le journaliste et écrivain américain Todd Starnes.

D’autres encore de rappeler que l’actrice Hattie McDaniel, qui y joue une esclave du nom de Mamma, a été la première Afro-américaine à recevoir un Oscar en remportant celui de la meilleure actrice dans un rôle de soutien.

L’annulation du film de Victor Fleming, tiré du roman éponyme de Margaret Mitchell, s’inscrit dans le contexte de vives polémiques qui se sont succédé tout l’été à propos des statues et monuments de personnages historiques controversés. C’est le cas déjà depuis plusieurs années des centaines de monuments d’hommage aux figures sudistes. En août, ce fut le cas à Durham en Caroline du Nord où la statue d’un soldat confédéré érigée en 1924 a été abattue par des manifestants.

Après les statues, il est logique que la bienpensance s’en prenne aux reliques du cinéma. Il ne sera pas possible, sans doute, comme dans 1984, de reprendre toutes les copies du film pour les détruire ou les modifier ; mais on peut les proscrire.

Le mouvement qui pousse ici les capons à se déballonner est stupide. On pouvait comprendre, même d’un point de vue nationaliste, que des statues glorifiant publiquement la mémoire et l’image des Confédérés offensassent les marxistes : érigées dans les villes, elles donnaient le sentiment d’une fierté locale affirmée dans le sudisme.

Or, en l’espèce – du moins à l’opinion de votre serviteur – le film ne remplit en rien un tel objectif. Le message qu’il transmet, et qui apparaissait dans le roman, n’est point du tout sa valeur dominante : ce n’est pas un film politique. Ses deux principaux attraits sont documentaire et émotionnel. S’il raconte la fin du Sud et les affres de la Reconstruction, c’est avant tout en suivant les efforts de l’héroïne dans cette tourmente, dont elle est un symbole.

Il ne s’agit certes pas, comme le premier cocuservateur venu, de plaider l’innocuité politique du film ; mais seulement d’observer que, comme objet culturel, son importance politique est sans comparaison avec les statues confédérées. Par conséquent, son annulation par un cinéma poltron n’est pas justifiée par une volonté d’agir contre un monument (au sens littéraire du terme) clivant susceptible de raviver chez les Blancs la fierté raciale (quoiqu’on puisse, en complément des considérations historiques qui émanent de l’œuvre, être légitimement fiers de l’excellence du récit de Margaret Mitchell et de la performance remarquable des acteurs qui interprètent le film), mais bien plutôt par une capitulation devant des hordes nègres mécontentes de voir un film où des esclaves ne sont pas des héros montrés sous le jour le plus positif.

Il en résulte que cette nouvelle est une avancée de la déréliction occidentale, mais non pas dans les symboles, puisque ce n’est pas comme symbole que le film est visé : c’est au contraire un reniement qui s’effectue sur des détails, une repentance qui s’immisce dans des domaines inattendus, une contrition qui gêne les choses de la vie.

Or, apporter les restrictions tracassantes et querelleuses du gauchisme dans le quotidien des gens est un moyen bien plus sûr de les faire basculer que l’inverse. Autant en emporte le vent, au-delà de ses qualités propres, est un film classique très célèbre. Commencer à introduire dans les références culturelles admises des distinctions forçant les gens à faire attention, tous les jours, à ce qu’il leur est moralement licite ou non de faire selon les codes du gauchisme les énervera – hélas ! – beaucoup plus certainement que les lois les plus symboliquement scandaleuses ou les faits divers les plus abjects.

Pour triompher jadis, la gauche a infiltré le champ culturel et éducatif, et a infiltré sa propagande dans tous les relais qu’elle a pu, à toutes doses, systématiquement et à tous azimuts ; c’est ainsi qu’elle a pu infuser et prospérer, en modifiant les codes grâce à une modification du cadre de référence, au lieu qu’en ce moment elle cherche à modifier le cadre de référence en forçant à modifier les codes.

Il va sans dire que la droite a tout intérêt, simultanément, à faire ce que fit la gauche en son temps, et à distiller la réaction – ou la contestation révolutionnaire – dans tous les domaines de la vie, afin que les esprits les absorbent lentement et que les fixations de la gauche leur semblent chaque jour plus intrusives et ennemies.

Auteur: Haken

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6 Commentaires sur "Annulation de projections d’Autant en emporte le vent en Amérique : prélude d’un combat culturel"

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Gudridur
6 septembre 2017 7 h 05 min

Une énième et morbifique application de la maxime “Quod licet jovi, non Licet bovi”
Pourrions nous demander la cessation des diffusions de films sur des sales singes glorifiés ?
Ces injustices laissent sur moi une impression singulièrement profonde qu’aucun mauvais traitement au paravant n’avait pu égaler.
Je le dis et le beugle : tout ce que L’Occident en putréfaction considère comme Bon n’est en fait qu’un symptôme de la régression qui fait que le présent vit aux dépens de l’avenir du continent.
Dans 3 ans, il ne sera peut être plus possible de retrouver la naissance d’une nation de D.W Griffith même sur la toile.

Driant
6 septembre 2017 8 h 59 min

Vont-ils aussi faire interdire “Une rose pour Emily” de Faulkner, tant qu’ils y sont ? Ces gauchistes staliniens et robespierrens sont à gerber.
Cette engeance est pire que tout, pire que tout !

OTOOSAN
6 septembre 2017 9 h 25 min

Bon en compensation il nous restera les millions de films, feuilletons, pubs où les rouquins et autres blonds n’ont pas le meilleur rôle (sic),

Frère Orania
6 septembre 2017 10 h 33 min

Arte a diffusé un excellent docu sur la destruction programmée de toute forme d’art depuis les années 50, projet initié par la CIA et encore en cours actuellement. Vous le trouverez sur youtube.

Pour aller plus loin :
Lire l’essai Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle (Denoël, 2003), de la journaliste et historienne britannique Frances Stonor Saunders pour comprendre cette réalité littéralement effroyable !

La guerre culturelle est promue par l’impérialisme culturel, en particulier les États-Unis. Elle se traduit par la domination de l’être humain sur le terrain affectif et cognitif et vise à imposer ses valeurs sur des groupes et des pays déterminés.
Elle est basée sur des faits concrets et prouvés, des opérations ouvertes et secrètes organisées par les agences du gouvernement des États-Unis, des déclarations de dirigeants de ce pays et des documents vecteurs de sa politique étrangère, tant au niveau diplomatique que militaire. Comme par exemple les Biennales de Venise entre 1954 et 1962 – la gestion de ce pavillon national fut confiée au MoMA (museum of modern art) avec l’argent de la CIA. En 1952.

Un document d’une importance exceptionnelle a été rendu public et permet de comprendre les stratégies actuelles de l’impérialisme étasunien dans le domaine de la guerre culturelle. Il s’agit du Livre blanc du United States Special Operations Command (Commandement des opérations spéciales de l’armée des États-Unis), de mars 2015, publié sous le titre : Appui des Forces d’opérations spéciales à la guerre politique. L’arme la plus redoutable pour dominer le monde sera, comme toujours, la culture.

L’art contemporain fait partie de cette destruction programmée. Voir ici comment le MOMA (museum of modern art) de New-York s’associa avec la CIA pour mener ce projet de destruction.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Museum_of_Modern_Art#Collaboration_MoMA-CIA

“le rêve du capitalisme c’est de fabriquer de la valeur sans fabriquer de la richesse, de fabriquer de l’argent en éliminant l’idée même du travail, et l’art contemporain réalise ça.”

En effet, on ne peut pas être une grande puissance si l’on n’a pas l’art qui va avec, c’est comme Venise sans le Tintoret ou Florence sans Giotto. Alors, ironiquement, tandis que l’opinion publique américaine est prise en otage par la psychose maccarthyste, pour qui « tout art moderne est communisant », au point de soupçonner certains tableaux abstraits d’indiquer l’emplacement exact des bases militaires américaines (sic), les oligarques voient dans l’expressionnisme abstrait les vertus d’une idéologie spécifiquement anticommuniste. Par une simple logique d’inversion, tout ce que nazis et staliniens considèrent comme un « art dégénéré » devient automatiquement emblématique des valeurs de liberté et de libre entreprise, et donc massivement financé… dans le plus grand secret.

Evidemment, on retrouve derrière cette oeuvre machiavélique, de nombreux juifs : Jay Lovestone (ennemi juré de Lyndon LaRouche), la coterie des Rockfeller (et Nelson Rockfeller en particulier, secrétaire et conseiller spécial du président Eisenhower), celle des Guggenheim, l’horrible artiste de renommée internationale Mark Rothko, les rats de la Farfield Foundation (dirigée par Julius Fleischman), Melvin Lasky, ancien trotskiste, et cerise sur la gâteau, toute les ordures du parti socialiste FRANCAIS de l’époque ! (ça vous étonne ?)

Sans oublier Irving Kristol, américain lui (fondateur du néo-conservatisme) mais travaillant pour l’éditeur Nathan Glazer.

Soutenir des artistes tarés de gauche pratiquant l’expressionnisme abstrait était chose fréquente pour les Rockefeller.

Y participent également :
Hemingway, Antoine de Saint-Exupéry, Jorge-Louis Borges, Raymond Aron, Arnold Toynbee, Bertrand Russell, Arthur Schlesinger Jr., Herbert Read et Hugh Trevor.

En musique, il y avait Nabokov à Paris et son horrible “dodécaphonisme ” et Igor Stravinsky. Venus des Etats-Unis, Leontyne Price, Aaron Copland, Samuel Barber, le New York City Ballet (la troupe de Balanchine), l’Orchestre Symphonique de Boston, le Musée d’Art moderne de New York, James T. Farrell, W.H. Auden, Gertrude Stein.

Source:
– Les Trotskistes (Fayard, 2002) Christophe Nick
– Secrets de famille (Fayard, Paris 2001), Serge Raffy
– Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle (Denoël, 2003), de la journaliste et historienne britannique Frances Stonor Saunders.

fleur de lys
6 septembre 2017 13 h 12 min

Bonjour

J’ ai lu ce livre Qui mène la danse ? il y a 15 jours et je le confirme c’est terrible
Mais vous pouvez aussi le compléter par les livres d’ Aude de Kerros

D’autre part dans un livre en 2 tomes: Riposte au politiquement correct de Christophe Lacroix il y a une lettre absolument terrible du monstre gribouilleur communiste et milliardaire Picasso qui reconnaît ne pas être un artiste et de faire n’importe quoi pour flatter la vanité de ceux qui s’achètent un “Picasso” pour le statut social que cela représente

Mais quoi qu’il en soit soyez très attentifs car ce qui mènent la danse avec des sommes d’argent considérables sont toujours les mêmes
Les goys se font avoir par naîiveté et en croyant oeuvrer pour leur pays

Frère Orania
6 septembre 2017 18 h 34 min

Bonjour Fleur,
Je connaissais Aude de Kerros, mais pas assez pour en parler ici. Merci pour votre précieuse contribution.

Ce que vous mentionnez sur Picasso ne m’étonne guère. En fait, le MOMA (museum of modern art) de New-York, pour ceux qui ne le savent pas encore, n’est qu’une extension de la CIA. Le MOMA y est décrit comme un aspirateur à nigauds dont le cahier des charges était à peu près le suivant (je prends quelques libertés pour ce dont je m’en rappelle)

Il fallait
1. Faire la promotion des artistes ratés
2. Trouver les plus charismatiques
3. Préférence pour ceux souffrant de désordres psychologiques importants
4. Préférence à ceux ayant des déviances (d’ordres sexuelles, comportementales) telles que drogues, alcool ou faits de violences connus.
5. Faire en sorte que ces déviances soient connues du grand public et en faire la promotion.
6. Faire en sorte qu’ils soient assez assertifs et non réfractaires à l’idéologie marxiste.

Je vous laisse méditer sur le point 6. En plein Macarthysme, la schizophrénie de la CIA, qui à la fois chassait les communistes et d’autre part assurait la promotion d’artistes à tendance marxiste !!!

Avec Picasso, ils avaient tiré le jackpot !

Toute ma vie d’artiste n’a été qu’une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l’art. PICASSO

Il fallait oser, quel culot !

La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements, c’est un instrument de guerre offensif et défensif contre l’ennemi.
PICASSO

Oui mon pouilleux, ça on avait compris. clochard !

Guernica, un de ses “torchons” majeurs, fut commandé par le gouvernement républicain espagnol de Caballero, en guise de dénonciation du bombardement de la ville éponyme (Guernica). Ce bombardement fut commandité par les nationalistes espagnols et exécuté par des troupes allemandes nazies et fascistes italiennes.

Comme le mentionne Frances Stonor Saunders, il fallait faire la promotion de ce que tous les nazis détestaient.

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