Harold Covington: La Brigade – Chapitre 28 (quatrième partie)

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Chapitre XXVIII : La facture du boucher (quatrième partie)

L’essentiel des forces LARDEU se regroupèrent dans les quartiers Nord de Portland dans l’intention de mettre en sûreté la dernière enclave noire de la côte pacifique Nord-Ouest, comme s’il s’agissait de sauver une espèce en voie de disparition, ce qui était le cas en vérité. Les fédéraux disposèrent autour de la zone un périmètre de sécurité alignant postes de contrôles, positions défendues de sacs de sable, fils barbelés garnis de lames de rasoir étendus à la hâte dans tous les coins et à toutes les intersections. Ils distribuèrent des fusils d’assaut M-16 et des chargeurs remplis de munitions à tous les nègres, hommes et femmes, qui en faisaient la demande, augmentant par là les arsenaux déjà conséquents des Crips, des Bloods et autres gangs de rue de Portland.

Jackson était circonspect ; averti des menées de l’ennemi par ses éclaireurs, il évitait d’envoyer ses escouades dans ces rues aux masures fétides, où elles pourraient tomber dans des pièges ou au milieu d’une fusillade. Il préféra monter de petites attaques sporadiques à l’arme de poing et au cocktail molotov contre leurs défenses avancées autour du périmètre, pour faire baisser la tête aux lardons, pendant qu’il envoyait ses équipes d’incendiaires infiltrer la zone, qui se glissaient dans les ruelles en enjambant les clôtures. Ils mettaient le feu à toutes les maisons en bois dans lesquelles ils pouvaient entrer ou, à défaut, dont ils cassaient les fenêtres avec des cocktails, qui pour beaucoup étaient remplis du mélange pour lance-flammes concocté par le Baron Rouge, bien que les grenades au phosphore fissent bien l’affaire elles aussi. Il y avait beaucoup de maisons en bois à Portland. La NVA encercla d’un anneau de flammes le quartier noir, puis s’assura que l’incendie se répandît vers l’intérieur et non vers l’extérieur et les quartiers blancs, en refusant tout simplement que les camions de pompier y pénétrassent, tout en les laissant entrer dans les rues blanches.

Puis Jackson fit intervenir la deuxième arme secrète de la NVA prévue pour le gala du soir, deux mortiers de 81 mm tout droit sortis d’une usine militaire, achetés à un personnel militaire corrompu des arsenaux de Port Lewis. Ces deux pièces d’artillerie étaient servies par des équipes expérimentées, recrutées parmi les nombreux anciens combattants d’Irak et d’Afghanistan de la NVA. Il fit placer le premier mortier sur Greeley Avenue et le second sur Columbia Boulevard, assigna à leur garde des équipes de fusiliers et donna sans hésiter l’ordre d’ouvrir le feu. « Tirez toutes les munitions que vous avez, les gars. On en recevra d’autres plus tard, et il faut donner à Cat Lockhart le plus beau des saluts. »

Pendant plusieurs heures, les deux mortiers firent pleuvoir plus de 500 obus sur le Nord de Portland, tirant d’infatigables salves qui pilonnaient la zone en suivant un motif en forme de grille, plutôt qu’en cherchant à viser des cibles LARDEU particulières. Les obus frappaient sans discrimination des maisons, des boutiques, des rues, des positions LARDEU, alors que les incendies se rapprochaient tant et plus, se propageant de masure en masure sans être coupés par des interventions de pompiers. En conséquence, des meutes de nègres se déversèrent dans les rues, qui couraient en tous sens dans les rues comme des poulets dont on aurait tranché le cou, hurlant et jurant leur peur et leur haine de l’homme blanc, certains étant blessés, d’autres ivres ou dopés au crack, un grand nombre d’entre eux agitant dans les airs les armes à feu qu’ils avaient reçues des LARDEU ou sorties de leurs planques. Les gangs rivaux se tiraient dessus, certains tiraient sur les LARDEU, et ces derniers, presque aussi indisciplinés que les émeutiers, répondaient à leur tirs. Des devantures de boutiques furent éventrées, les nègres se mirent à les piller, se déhanchant dans les rues, les bras chargés d’écrans plasma ou de cagettes de chips, avant d’être tués par balles ou de voler en éclats à la chute d’un obus de mortier. Lorsque la plèbe noire tenta de fuir la zone, elle rencontra les éclairs des canons et le crépitement des mitraillettes qui surgissaient des ténèbres, la NVA les coupant dans leur course. Vers dix heures du soir, Portland Nord était devenu un asile de fou à ciel ouvert, ravagé par l’incendie. Comme le commandement LARDEU voyait bien que ses personnels commençaient à déserter ou à rejoindre les troupes de pillards, il ordonna l’évacuation et le retour aux casernes, afin de conserver un semblant de contrôle. Le maire de Portland et le gouverneur Mike Tsafendras étaient au téléphone avec Washington DC, demandant à cors et à cris une assistance militaire pour prendre la relève des lardons et de ce qui restait de la pauvre police de Portland.

Il y avait trois casernes LARDEU à Portland, une à l’Est sur Foster Road, une autre à Portland Nord dans la zone aéroportuaire, la troisième au Sud, sur Ross Island dans la Willamette. Les LARDEU abandonnèrent leurs positions, firent retraite dans les véhicules qui leur restaient et vers minuit, dévalèrent les rues en trois colonnes de véhicules lourdement blindés pour rejoindre leurs sanctuaires fortifiés. C’est à ce moment que la NVA déchaîna la troisième arme secrète que Coyle avait évoquée : une flotte de six « charriottes de guerre » de type somalien ou taliban, semblables au véhicule de commandement de Zack Hatfield, des pick-up ou des SUV sur lesquels on avait installé la terrible mitrailleuse lourde Browning calibre 50.

La NVA s’était déjà servie de semblables véhicules montés de mitrailleuses doubles, de calibre 7.62, pour lancer des attaques à divers endroits du Nord-Ouest et en avait quatre à Portland-même. Elles furent elles aussi lancées dans le chaos urbain constellé d’incendies, pour tirer sur tout ce qui bouge. Les résultats furent excellents. Mais comme le calibre .50 était difficile à obtenir, sans parler des munitions correspondantes, Coyle l’avait tenu en réserve, attendant une occasion spéciale pour l’inaugurer. Les charriottes de guerre attaquaient les convois LARDEU en roulant en zigzag, surgissant dans leur dos et sur leur flanc, en passant par les rues adjacentes. Les obus perforants faisaient exploser les moteurs et semaient la mort dans les véhicules non blindés, les balles traçantes mettant parfois le feu aux véhicules et faisant exploser leurs réserves d’essence. Les colonnes cheminaient lentement car les véhicules de tête étaient la cible des lance-roquettes qui leur tiraient dessus de derrière des murs, depuis les toits et les coins de rue, depuis toute position couverte. Les bazookas et le canon de .50 n’étaient pas particulièrement efficaces contre les Strykers LARDEU ou les véhicules de l’avant blindés, mais les camionnettes étaient vulnérables. Peu d’entre elles purent arriver dans les bases fortifiées de murs de Bremer. Les LARDEU qui n’avaient pas été tués lors de la démolition de leurs camions continuèrent leur retraite à pied, avant de tomber un à un ou d’être piégés dans des culs de sac et anéantis.

L’aurore était obscurcie d’épais nuages de fumée, formés par les centaines d’immeubles en flammes. Portland était en vrac. Les rues étaient jonchées de cadavres et d’incendies de camionnettes de police et de lardons ; les forces de l’hôtel de police de Portland avaient soit jeté leurs armes et pris la fuite, soit préféré se réfugier au Centre Judiciaire ou dans ses annexes fortifiées. Dans les hauteurs, on pouvait entendre le son des hélicoptères de l’armée et des médias. Vers six heures du matin, Coyle apprit qu’un détachement de la Troisième Division de Marines avait été dépêché de San Diego et atterrissait à l’aéroport de Portland, accompagné d’avions cargos C-130, transportant des chars d’assaut et de l’artillerie lourde. Il sonna la retraite. Il prit son téléphone portable, demanda un deuxième plat de lasagnes et dit à ses Volontaires. « Camarades, vous avez mérité mon admiration et mes félicitations, vous avez fait du beau travail. Vous avez vengé nos frères qui sont tombés et nous avons donné à ces chiens galeux de ZOG une anticipation de leur avenir. Maintenant, vous vous évaporez, camarades. Faisons comme si nous n’avions jamais été là. »

Le gouvernement des États-Unis n’a jamais publié de décompte exact des victimes de ce qui fut appelé plus tard la Première Bataille de Portland. Des centaines au moins de policiers et de paramilitaires LARDEU y trouvèrent certainement la mort, mais personne ne sait le véritable chiffre. Les dégâts matériels furent estimés à plusieurs milliards de dollars ; l’Université de Portland fut entièrement brûlée et disparut de la carte, et ce qui restait de la population noire et hispanique finit par décamper, pour ne plus revenir. Les pertes officielles de la NVA pendant la bataille furent de 12 morts et 28 blessés. L’heure suivante, on ne trouvait plus un seul membre de la NVA dans les rues fumantes et parsemées de corps, à l’exception des quelques-uns qui participèrent à une dernière chignole, audacieuse entre toutes.

* * *

Vers trois heures du matin, alors que la ville était toute agitée des crépitements des armes automatiques, secouée d’explosions et éclairée des lueurs des incendies qui avaient été déclenchés en grand nombre, le Capitaine Wayne Hill rentra au Pain de Sucre pour y trouver Jackson, qu’il avait convoqué. Jackson arriva en compagnie de Wingo et de Kicky McGee, quarante-cinq minutes plus tard. « Comment ça se passe là-bas ? » demanda Hill.

« Une soirée mémorable », fit Jackson. « Nous les pilonnons sans arrêt, mais nous ne pourrons pas tenir comme ça toute la nuit. Qu’est-ce que vous nous annoncez de neuf ? »

« Peut-être un bouquet final du feu de Dieu », dit Hill. « Voici ma question : quelle est le seul coup que nous essayons de faire depuis quatre ans, sans l’avoir encore réussi ? »

« Poser un colis dans le Centre Judiciaire », répondit Jackson de but en blanc.

« Exact », fit Jackson. « Le mieux qu’on ait pu faire, c’est d’envoyer quelques roquettes approximatives sur l’entrée principale et un camion piégé qui n’a fait qu’une cicatrice sur le béton du mur de Bremer. Le problème est qu’on n’a jamais pu avoir plus de 50% de chance de réussite de faire entrer qui que ce soit dans cet endroit de malheur, passer les contrôles de sécurité et ressortir vivant. Certains de mes espions sur place m’ont dit qu’ils voulaient bien tenter le coup s’ils en recevaient l’ordre, mais le problème est de faire rentrer des armes ou des explosifs à l’intérieur de l’enceinte, et pour l’assaillant, ce serait une mission suicide. On ne peut pas sortir de cet endroit. Il y a des caméras qui enregistrent le moindre mouvement, même dans les chiottes. Il y a des fils barbelés concertina et des postes de sécurité à tous les étages, des mines sur tout le périmètre, des murs de bétons de la taille d’un éléphant. »

« Ils ont même installé des canons de DCA sur les toits au cas où quelqu’un leur ferait un onze septembre. Mais avec toutes ces habitations serrés comme des sardines autour de l’enceinte, on n’a pas osé utiliser nos mortiers et nos roquettes, qui auraient pu toucher une demoiselle, un adolescent qui travaille chez Starbucks ou la mamie de quelqu’un qui achetait des bibelots dans une boutique. Les médias ne nous laisseraient pas une minute de répit avec ça. Nous avons pu frapper quelques-unes des camionnettes et bus blindés que prennent à l’aller et au retour les bureaucrates, les droïdes et les contractuels, quelques transports qui venaient de l’aéroport aussi, ce qui fait qu’ils font désormais tous leurs trajets en hélicoptère, mais nous n’avons jamais réussi à entrer dans la Zone Verte, pour la bonne et simple raison qu’il n’y a qu’une seule voie d’entrée et de sortie. »

« Ouais, à l’exception de la Poterne Dérobée, mais qui est complètement hors d’atteinte elle aussi » dit Jackson en haussant les épaules. « Et donc ? » Hill sourit et sortit une petite carte blanche en plastique de sa poche de chemise, qu’il leur montra. « Qu’est-que c’est ? »

« Le sésame de la Poterne Dérobée », dit-il.

« Vous déconnez ! » fit Wingo, stupéfait. « Pardon. Vous déconnez, chef ! »

« Comment savez-vous que c’est la bonne carte ? » demanda Jackson, intrigué.

« J’en suis à peu près certain », dit Hill.

« À peu près ? »

« Vous avez entendu parler de Papa Noël ? » demanda Hill. Papa Noël était le nom de code de Ray Ridgeway. « Il nous a orienté vers une sacrée chignole tout à l’heure. Des pontes de la justice étaient passés au Centre Judiciaire, un procureur adjoint avec sa suite. Apparemment, les tribunaux militaires ont fini par gêner Chelsea, ou plutôt sa maman qui se cache dans les toilettes du bureau ovale quand sa fille fait le travail. Ils mettent sur pied ce que les Britanniques en Irlande du Nord appelaient des tribunaux Diplock, qui consistent à remplacer le jury par un seul juge politiquement fiable, mais qui est un civil. Ils se disent qu’un vieux grabataire en robe noire qui ordonne la déportation de toute une ville au Névada passera mieux dans les médias qu’un colonel nègre à cervelle d’oiseau. Comme d’habitude, ils continuent à lustrer les cuivres du Titanic. Je pense qu’ils savent qu’ils sont cuits, mais ils ne veulent pas le reconnaître. Bon, en tout cas, comme tous les hélicoptères étaient retenus tout à l’heure par les indigènes sans foi ni loi, le procureur et ses laquais ont préféré ne pas se risquer jusqu’à l’aéroport pour rentrer au Cloaco Maximo, donc ils ont décidé de bivouaquer dans des suites de luxe au Vintage Plaza Hotel. »

« Mais cet endroit est tout aussi fortifié que le CJ », fit remarquer Jackson. « Il y a des sbires de Blackwater qui pullulent de partout. Nom de bleu ! Vous avez pu entrer ? »

« Un collègue et moi-même, oui, et nous avons trouvé le moyen de neutraliser la vidéo-surveillance », répondit Hill. « Attendez que j’écrive mes mémoires pour savoir comment, puisqu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud et que nous n’avons pas toute la nuit devant nous, ou ce qu’il en reste. Pour le dire en deux mots, il y a environ deux heures, mon collègue et moi avons pu entrer dans la chambre d’hôtel du procureur adjoint avec deux silencieux, nous l’avons trouvé au pieu avec une avocate et nous les avons butés tous les deux. »

« Comment savez-vous que c’était une avocate ? » demanda Wingo.

« Nous avons pris leurs mallettes et son sac à main avant de décamper et nous les avons examinés après notre sortie. » Hill sortit d’autres cartes et un porte-feuille en cuir de la poche intérieure de sa veste.

« Tout un jeu de papiers d’identité. Cette femme s’appelait Louise Richardson, avocate au Barreau de Portland. Ne me demandez pas comment font ces foutus avocats pour gagner leur salaire, maintenant que les militaires et les gros lards ont pris en main le système judiciaire, toujours est-il que ça grouille d’avocats au Centre Judiciaire, car c’est là qu’elle travaille. J’ai un permis de conduire, une carte du bar du CJ, une carte d’identité fédérale, une carte-clé du bureau, son insigne du Centre Judiciaire, tout est là. Et puis ça. » Hill tenait la carte en plastique blanc. « Je suis persuadé que c’est la carte-clé de la Poterne Dérobée. Nous n’avons jamais pu en capturer, mais j’ai déjà entendu quelqu’un la décrire. Elle est toute blanche, rien n’est écrit dessus à part un nom, qui est écrit ici comme vous le voyez. Louise Richardson. »

« Euh… Est-ce que je peux vous demander ce qu’est la Poterne Dérobée, chef ? » demanda Kicky, de vilains souvenirs assaillant sa mémoire.

« Il y a plusieurs années, l’hôtel de police de Portland et le FBI faisaient tout pour recruter des informateurs », expliqua Jackson. « Ils voulaient infiltrer des taupes dans la NVA, ils ont pu le faire dans quelques coins de la Patrie, mais pas ici, Dieu soit loué ».

« Vous savez que nos avis diffèrent sur ce point », fit remarquer Hill d’une voix douce.

« Oui, je sais », dit Jackson. « Oscar est persuadé que nous avions un rat dans le grenier il y a deux ans. En fait, il croit qu’il vous avait piégé sur Flanders Street, la fois où Cat et vous aviez dû détaler en trombe pour vous tirer d’affaire, mais nous n’avons jamais pu rien établir de certain là-dessus, dans un sens comme dans l’autre. Et ce n’est pas faute d’avoir enquêté. »

« Oh, mais moi je continue, chef », dit Hill à Jackson. Il se tourna vers Kicky. « ZOG a donc voulu avoir un endroit sécurisé où rassembler l’armée d’indics qu’ils comptaient recruter. Ils se sont dits que les taupes ne voudraient pas être vues en train de passer par l’entrée principale du Centre Judiciaire ou par la porte d’un commissariat, et il était trop risqué de les voir dans des lieux publics parce qu’ils ne sont pas stupides au point d’ignorer que nous avons nos propres indics et que nous les surveillons, nous aussi. Donc ils ont décidé de construire un tunnel qui part du rez-de-chaussée du Centre Judiciaire, qui passe sous la rue et qui donne sur une porte cachée dans le béton du mur qui donne sur la Deuxième Avenue. La porte qui donne sur la Deuxième Avenue est toute rouillée, sa peinture est effritée, avec un panneau rouge qui dit « voie sans issue, allez à la porte principale ». Elle est à-moitié cachée par des contreforts en béton. Quiconque passe devant se dit qu’elle est murée, mais ce n’est pas le cas. Il y a une petite fente discrète dans une serrure à droite encastrée dans le mur à droite de la porte. Pour finir, l’armée de taupes que les feds prévoyaient ne s’est jamais matérialisée, même si quelques indics doivent quand même passer par cette porte de temps en temps. Mais depuis quelques années, la Porterne Dérobée est devenue est devenue le privilège de quelques employés bien placés du Centre Judiciaire, qui l’utilisent pour se barrer discrètement de leur lieu de travail, ou pour ne pas avoir à faire la queue devant les postes de contrôle à l’entrée et à la sortie. Quand ils ont cette carte-clé, ils peuvent garer leur voiture dans le garage au coin de la Première et de la Deuxième Avenue, qui est complètement sécurisé et couvert par la vidéo-surveillance du CJ, ce qui fait qu’ils n’ont qu’à passer par la petite porte sans avoir à faire la queue devant l’entrée principale. La possession de cette carte est devenu un signe de prestige au CJ, le symbole d’un haut statut. Il semble que la Richardson ait été une privilégiée. Puisqu’elle se tapait un procureur adjoint et que ce n’est sans doute pas lui qui lui avait mise la bague au doigt qu’on a repérée sur son cadavre, je crois qu’on peut deviner comment elle l’a acquis. »

« Attendez une minute ! » s’exclama Wingo. « Vous êtes en train de nous dire que le tout-puissant FBI a fait une entrée secrète dans sa forteresse principale, qui n’est gardée que par une serrure magnétique ? »

« Oh non ! Loin de là » dit Hill. « L’ennemi est mauvais, mais il n’est pas bête. Derrière la porte, il y a toute un poste de contrôle, gardé en permanence, avec détecteur de métaux, machines à rayons X, chiens renifleurs, équipes de fouille, tout le saint frusquin. Après avoir franchi le poste de contrôle, vous entrez dans un couloir qui débouche à la sortie sur le même genre de poste de contrôle, au niveau du rez-de-chaussée, avec toujours de la vidéo-surveillance, des alarmes, et il faut utiliser à nouveau la carte-clé pour sortir de la galerie et entrer dans le bâtiment du Centre Judiciaire proprement dit. C’est aussi sécurisé que l’entrée principale. »

« Mais alors, à quoi bon tout ce matériel ? » demanda Wingo, montrant les papiers d’identité de l’avocate.

« Jusqu’à maintenant, nous n’avions même pas pu ouvrir la première porte », dit Hil.

« Mais nous ne pourrons pas l’ouvrir si nous ne sommes pas sûrs que c’est la clé de la Poterne Dérobée », dit Jackson avec irritation. « Et puis, nous ne connaissons pas non plus le code ».

Hill sortit de sa poche un carnet d’adresse noir, qu’il ouvrit. « Je crois que si », dit-il. « Il semble que Mme Richardson n’avait pas trop confiance en sa mémoire. Sur cette page, elle a écrit tous ses codes PIN et ses mot de passe d’ordinateur. Et je vois ce code-là : #1111. Tout simple. »

« Et comment sait-on que c’est le code de la Poterne Dérobée ? » demanda Jackson.

« Parce qu’elle a écrit Entrée Secrète à-côté », répondit Hill, en lui montrant la page.

« Non, c’est trop simple », fit Jackson qui se renfrognait. « Une baveuse n’aurait pas la bêtise d’écrire tous ses trucs personnels sur un carnet qu’on pourrait lui voler. Elle ne pouvait pas être aussi cruche ! Vous êtes sûr que ce n’est pas un piège ? »

« J’imagine qu’elle aurait pu se promener avec un carnet d’adresse entièrement faux dans son sac à main au cas où nous tomberions dessus par hasard, mais ça m’a l’air quand même un peu byzantin », dit Hill. « Je doute qu’elle ait prévu notre raid dans sa chambre d’hôtel et son assassinat sur sa descente de lit, uniquement pour ajouter du réalisme à la scène de découverte de son carnet d’adresse. À mon avis, ce n’est que de l’arrogance méthodique et idiote, typiquement américaine, elle n’a pas imaginé une seconde en écrivant ces codes que cela pourrait se retourner contre elle. Après tout, c’était une avocate toute-puissante, et nous un ramassis de péquenauds, de pompistes, de plongeurs et de gardiens de nuits, pas vrai ? Comment les rustauds que nous sommes oseraient attenter à Son Éminence ? Pour elle, nous sommes censés faire des courbettes à son passage. De la démesure américaine, ni plus ni moins. Cela arrive tout le temps. »

« Donc on pourrait ouvrir la porte, peut-être bien », dit Jackson d’un air dubitatif. « Mais après, combien de lardons ou de sbires de Blackwater vont nous tomber dessus ? »

« Blackwater. Entre six et huit, plus un clébard », dit Hill.

« Bon, le chien, on peut lui envoyer un os, mais les gardes armés ? » demanda Jackson. « Et une fois qu’on a franchi ce passage, il reste le deuxième poste de sécurité à l’autre bout du couloir. Qu’est-ce que vous voulez faire exactement, Oscar ? »

« Rien de bien compliqué », dit Hill. « Ouvrir la porte du tunnel, jeter un gros paquet dedans pour faire sauter tout le poste de sécurité et peut-être provoquer un effet de souffle suffisant pour faire sauter l’autre porte au bout de couloir, puis prendre la tangente. Le but, c’est de réussir à entrer dans le CJ et de faire des morts à l’intérieur, pour la première fois. On peut aussi les forcer à fermer ce passage, car il peut être avantageux pour nous qu’il n’y ait qu’un seul chemin d’entrée et de sortie. La charge aura un système de retardement. Si le code fonctionne, j’ouvre la porte et je jette la bombe à l’intérieur, puis je referme la porte et je file. Si le code ne fonctionne pas, je déclenche le retardement, je pose le colis devant la porte et je file. C’est du gâteau. »

« Vous allez poser la bombe vous-même ? » demanda Jackson.

« Ce sera mon hommage au camarade Jesse Lockhart », dit sobrement Hill. « Je suis chagriné que Cat et les deux autres se soient faits tuer après que je les ai détournés de leur routine. Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais c’est comme ça. Je me dis que je dois mettre ma vie en jeu en guise d’expiation, pour ainsi dire. »

« Chose que vous avez déjà faite tout à l’heure », fit remarquer Jackson. « Mais peu importe. Quel est votre plan exactement ? »

« Je me suis permis de demander ses services au Baron Rouge », dit Hill. « Il est à l’étage du dessous, en train de fignoler quelque chose ».

« Puisque nous ne sommes pas encore assis quelque part sur la lune, j’imagine qu’il a bien fignolé son ouvrage », dit Jackson.

Kicky McGee intervint. « Chef, il y a des caméras tout le long de la Deuxième Avenue et dans le CJ. Est-ce que vous savez s’il y a une caméra posée devant la Poterne Dérobée ? »

« Je serais étonné du contraire », dit Hill. « Je ne prévois pas de traîner trop longtemps devant cette porte. »

« D’accord, mais pourrez-vous vous rapprocher assez de la porte pour l’ouvrir ? » demanda Kicky. « Laissez-moi faire le boulot, chef. Regardez ce que nous venons de faire, nous avons ébranlé ZOG. Ils vont être sur les dents là-bas au Centre Judiciaire, deux fois plus que d’habitude, et mon petit doigt me dit que vous n’allez pas pouvoir vous approcher de la poterne sans vous faire arrêter et fouiller. Ces papiers d’identité sont tous au nom de Louise Richardson. Vous n’avez pas trop l’air d’une Louise, chef, à moins de vous grimer en travelo ».

Elle prit l’insigne du Centre Judiciaire et le scruta en plissant les yeux. « Bon, elle doit avoir dix ans de plus que moi, mais si je met la gomme sur le rouge à lèvres et le mascara et si je me teins les cheveux en noir comme elle sur la photo, je pourrais passer, à moins que quelqu’un ne se penche pour regarder la photo de près. Avant de se mettre au vert, la camarade Becky a légué aux Volontaires femmes quelques-unes de ses fringues, et j’ai une sorte de costume de cadre qui ferait bien l’affaire et qui couvrirait tous mes tatouages. Laissez-moi me repeindre et m’habiller, je mets ce badge et je demande au Baron de mettre la bombe dans une mallette. La sienne, si vous l’avez encore. Quand j’arriverai devant cette porte et que je passerai la carte, en voyant la caméra, je baisserai la tête en farfouillant dans mon sac à main, pour qu’ils ne voient pas mon visage. Ils penseront que c’est une femme qui a l’habitude de passer par cette galerie de lapin depuis longtemps et si le code d’accès ne marche pas, peut-être qu’ils m’ouvriront quand même. »

« Ça marche », dit Jackson en opinant du chef. « C’est mieux qu’Oscar essayant d’ouvrir la porte avec une carte de gonzesse et un gros sac de sport ». Wingo n’était pas d’accord, son visage le montrait bien. Il n’était jamais heureux de voir Kicky se mettre en danger, mais il savait que les Volontaires femmes devaient porter leur fardeau et prendre leur part du risque, et que les relations personnelles devaient céder le pas à la cause de la victoire raciale, ce qui fit qu’il obéit à l’étiquette et ne pipa mot. « Oscar, j’espère que prendre le volant suffira à sauver votre conscience. Jim, tu vas avec eux. »

Une heure plus tard, ils se rassemblèrent dans la cave, devant un établi sur lequel travaillait un jeune homme longiligne à lunettes, aux longs cheveux châtains, qui arborait le visage concentré d’un pianiste avant son concerto. C’était le Lieutenant Paul Kurtz, le fameux Baron Rouge, sans doute le meilleur artificier de la NVA. Parmi les cinq meilleurs, en tout cas. Kicky portait son costume-tailleur d’avocate carriériste, d’une jolie couleur beige, mais elle était gênée par les talons hauts qui accompagnaient le costume. « Oscar m’a dit que vous vouliez une grosse explosion », leur dit Kurz. « Six livres de Semtex peuvent entièrement détruire un espace confiné comme celui que vous m’avez décrit. Assurez-vous d’avoir bien refermé la porte devant vous, camarade », dit-il en faisant un geste du menton à Kicky. « Si la porte est ouverte, une bonne partie de la force explosive se disperserait. Puis quittez la zone le plus vite possible. Avec de la chance, nous pourrions abattre un mur porteur et causer de gros dégâts structurels au Centre Judiciaire. Voici la charge, que je vais ranger de ce pas dans la mallette. »

Kurtz leur montra du menton un parallélépipède enveloppé dans du ruban adhésif noir, sur le sommet duquel était accroché un circuit intégré muni d’une pile, d’où sortaient plusieurs fils électriques. Au centre du pain, était enfoncé un tube argenté : c’était l’amorce fulminante au mercure. « Comme nous n’avons pas pu utiliser la mallette d’origine de l’avocate, je vous donne celle-ci, qui a un mécanisme de détonation sécurisé. J’ai installé un dispositif avec une pile, juste derrière les deux verrous que vous voyez là. ». Un petit fil sortait par un orifice juste derrière la poignée et passait dans la doublure à l’intérieur de la mallette vide, dans laquelle était accrochée une sorte de boîte où étaient rangées deux grosses allumettes. « Une fois que la charge est dedans et que la mallette est fermée, je ne vois aucune raison de l’ouvrir, mais qui sait ? » dit Kurz à Kicky. Il ferma la mallette. « Si pour une raison ou pour une autre, vous devez ouvrir la mallette, vous tournez les verrous vers le haut, comme ça ». Il fit la démonstration et la mallette s’ouvrit doucement. Il la referma à nouveau. « Si vous écartez les verrous de côté comme 99 personnes sur 100 le font d’instinct… » Kurz le fit et lorsque la mallette s’ouvrit, il y eut un bruit sourd et une étincelle électrique sortit du bout du fil électrique, qui enflamma dans un jet de fumée l’extrémité phosphorée des deux allumettes. « La charge va détoner, en envoyant aux cieux quiconque ouvre la mallette avec tous ceux qui sont dans les parages. Je me permets de vous conseiller de ne jamais laisser cette mallette à quelqu’un d’autre, à moins d’être morte ou très loin. »

« Je ne manquerai pas de m’en souvenir », dit Kicky d’un ton sec. « Comment est-ce que je mets en route le retardement ? »

« Vous poussez les verrous vers le bas », lui dit Kurz. « Vous aurez ensuite vingt secondes pour foutre le camp ».

« Pourquoi pas trente ? » demanda Wingo.

« Parce que pendant ces dix secondes, un des singes de Blackwater pourrait piger ce qui se passe en voyant une mallette voler dans leur direction, la saisir et la relancer par derrière la porte », dit Kicky. « Ne t’en fais pas, Jim, vingt secondes, ça suffit. C’est une éternité. Dès que j’enclenche le retardement et que je balance le colis, je bazarde ces satanés talons et je serai de retour dans la voiture en un clin d’oeil. Pense seulement à prendre avec toi ma paire de Reeboks. »

« Il est temps d’y aller », dit Oscar. « La Brigade vient d’appeler. Les Marines débarquent et il faut avoir fini avant qu’ils n’arrivent au Centre Judiciaire. »

L’opération impliqua trois véhicules, deux voitures d’éclaireurs et une Lexus gouvernementale volée équipée de vitre teintées illégales (pour les civils). « Personne ne s’étonnera de voir une avocate sortir de cette voiture », plaisanta Kicky. « Ils vont me voir arriver dans ces sapes super classe, avec ma mallette et mon insigne qui pend à mon cou, ils vont croire que la Louison est complètement accro à son boulot pour venir bosser le lendemain de l’attaque géante des rastons ».

Le jour se levait à l’Est ; la journée promettait d’être claire et fraîche. L’autoroute était déserte, on n’y voyait çà et là que quelques voitures en flammes et des carcasses carbonisées de camionnettes LARDEU, fumantes sur les accotements ou en plein milieu de la chaussée. Hill tâchait d’éviter de toucher les véhicules abandonnés. « Bon sang ! J’espère que personne n’a creusé de nid de poule hier soir », dit Wingo. « Plût au Ciel que ça ne fasse pas ouvrir la mallette que tu as sur les genoux, Kick ».

« Euh, dis-moi, c’est dans quel sens qu’il a dit qu’il ne fallait pas que je pousse ces verrous ? » plaisanta-t-elle. Oscar reçut un coup de fil et parla aux deux autres véhicules qui les précédaient.

« Bon, Lavonne nous dit que le centre-ville est désert, il n’y a rien d’autre que les restes du festin d’hier soir », leur dit-il. « La Brigade confirme que les gros lards er les flics ont reçu l’ordre de rester dans leurs trous. Ils attendent l’arrivée des Marines. C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. On n’aura pas à s’inquiéter du trafic, mais on sera plus voyant dans la rue. Kick, quand tu auras déposé le colis, nous te prendrons à la volée, puis nous nous retrouverons à Ankeny Park. Nous jetterons cette voiture, qui sera enregistrée dans leurs appareils, puis nous répartons dans le pick-up et dans la Buick. Le premier véhicule passera par le pont Burnside et le deuxième par Front Avenue. Il ne devrait pas y avoir de problèmes, à moins qu’ils nous tirent dessus à la mitrailleuse quand nous nous arrêterons pour te déposer. »

« Merci pour le schéma, chef », dit Kicky.

« Tu es sûre de savoir où est la Poterne Dérobée, Kick ? » demanda Wingo.

« Je l’ai déjà vue, mais je ne savais pas ce que c’était », répondit-elle.

« Je suis convaincu que la porte s’ouvre avec le #1111 », dit Hill. « La seule chose qui me chiffonne, c’est que les femmes de ménage ou quelqu’un d’autre au Plaza a pu tomber sur les deux corps dans la chambre d’hôtel. Quelqu’un a pu piger et faire annuler le code de Louise Richardson. »

« Ne panique pas en essayant d’ouvrir la porte si tu vois que la porte ne s’ouvre pas quand tu passes la carte et quand tu fais le code », prévint Wingo. « Tu poses la charge devant la porte et tu mets les bouts. Je te couvrirais s’il y a de l’activité sur les créneaux. Wingo avait une Kalashnikov et un chargeur sur ses genoux. Oscar avait un fusil à pompe à canon scié dans la portière de la Lexus.

« Nous y voilà, on approche », dit Hill. « Nous n’allons pas tourner autour du Centre Judiciaire. Il y a des caméras partout, on aurait l’air d’une vache dans une église. Nous te déposons au coin de la Deuxième Avenue et de la rue principale, on s’arrête comme des gens qui veillent à ce qu’il ne t’arrive rien jusqu’à ce que tu entres, tu poses le colis et on met les voiles ».

« Compris ». La Lexus ralentit. Elle ajusta ses lunettes de soleil, se pencha vers le siège passager et fit à Jimmy une bise sur la joue, en disant : « J’en ai pour un instant ». Puis elle sortit de la voiture et traversa calmement la rue en direction du mur de Bremer, apparemment solide, avisant une petite alcôve entre des contreforts, où se tenait une petite porte rouillée, à la peinture écaillée.

La rue était vide, mais une deuxième voiture tourna au coin. C’était une Oldsmobile, longue et noire, elle aussi munie de vitre teintées, ce qui était la signature d’une voiture de police. Les occupants de la voiture n’avaient pas remarqué la Lexus, mais l’un d’entre eux remarqua Kicky. « Putain de sa mère ! » cracha l’inspecteur Jamal Jarvis.

« Qu’est-qu’il y a ? » s’écria sa partenaire, l’inspecteur Elena Martinez. Ils étaient les derniers survivants de l’escouade de répression du crimedehaine de l’hôtel de police de Portland et ils étaient si connus de la NVA qu’on ne leur permettait plus de se déplacer en ville à pied. Depuis un an, leur confinement au Centre Judiciaire les rendait fous, car ils ne pouvaient tromper l’ennui que lors des séances d’interrogatoires, qui servaient de plus en plus de prétextes à la torture et à l’humiliation de tous les suspects blancs qui leur étaient amenés. Ils n’obtenaient aucun renseignement de valeur, mais personne ne s’en inquiétait plus. Leurs perspectives de carrière étaient en train de leur filer sous le nez.

Lainie n’avait pas réussi à se frayer un chemin au FBI par la promotion canapé, afin d’être mutée ailleurs, loin du Nord-Ouest ; Jarvis venait de la prendre à la sortie du Plaza, où elle avait découvert son dernier amant fédéral en date, un procureur adjoint, au lit avec sa collègue de Portland Louise Richardson. Lainie n’en était pas surprise, puisqu’elle les rejoignait pour un plan à trois. Ce qui l’avait vraiment surprise, c’est qu’elle les avait trouvés morts, et le fait qu’elle venait de passer plusieurs heures au téléphone avec le commissaire chargé de l’enquête (lequel avait trop peur de se déplacer pour examiner la scène de crime) à essayer de justifier sa présence dans cette chambre d’hôtel avant le lever du jour, l’avait contrariée. Qui plus est, la NVA avait salopé la ville dont elle était responsable et Jarvis, son instable partenaire, jurait tant et plus, avant même l’heure du petit déjeuner. « Qu’est-ce qui se passe ? » lui demanda-t-elle à nouveau.

« Mais c’est la pute », s’écria Jarvis, écarquillant ses yeux globuleux. « C’est cette putain de traînée, la pute Kicky McGee, là-bas, putain de sa mère ! Tu la vois ? » Il la montra du doigt. « Je sais que c’est elle ! Je reconnais toujours une pute blanche de derrière quand elle roule du cul ! C’est la pute ! »

Lainie plissa ses yeux. « Madre de Dios, je crois que tu as raison, Jamal ! Mais pourquoi est-elle sapée comme ça ? »

« Elle va à la Poterne Dérobée », dit Jarvis.

Lainie était fatiguée et assez déphasée pour se dire tout d’abord que Kicky faisait la taupe pour quelque agent du FBI. « Mais bon sang, elle est à nous ! » s’écria-t-elle. « Attrape-la ! » Jarvis fit vrombir la Oldsmobile, s’approcha de Kicky au moment où elle montait sur le trottoir du côté du Centre Judiciaire et arrêta la voiture en faisant crisser ses pneus. Jarvis et Martinez bondirent tous deux de la voiture ; Kicky se retourna et hurla quand Jarvis l’attrapa par les cheveux et Martinez par le bras ; ils ouvrirent la portière arrière de la Oldsmobile et jetèrent son corps dans l’habitacle. Puis Lainie referma violemment la portière derrière elle.

« Merde ! » jura Jimmy dans la Lexus. « Je les reconnais ! C’est la bimbo et le babouin ! Il faut que je la sorte de là ! » Il bondit hors de la voiture, déplia sa mitraillette et cala le chargeur.

Oscar ne prit pas la peine de lui signaler qu’il était en plein dans le champ de vision des caméras de surveillance et des serviteurs des mitrailleuses postés sur les créneaux, se montrant à découvert, une arme à la main. Il se dit simplement qu’il fallait bien que cela arrivât un jour et qu’ils jouaient de malchance. Foutre ! se dit-il en chargeant son fusil à pompe. Autant vivre une vie brève mais palpitante. Wingo marchait à grands pas en direction de la Oldsmobile.

« Où c’est que t’as été, salope ? » hurlait Jarvis, sur le siège conducteur, qui se tordait vers Kicky derrière lui et la rouait de coups, sur la tête, le visage, la frappant de son poing fermé. Lainie saisit Kicky par les cheveux et agitait sa tête en avant et en arrière comme si elle voulait lui rompre le cou.

« Pour qui est-ce que tu te prends, pute de gringo ? » s’époumonait-elle. « Est-ce que je ne t’ai pas dit que tu ne contrôles rien, tu ne décides rien, tu n’es rien ? Ce n’est plus ton pays aujourd’hui, pute gringo ! Il est à nous, à la Raza, tu piges ça, puta blanca ? » Kicky tourna la tête, et par la fenêtre, elle vit Jimmy et Oscar qui s’approchaient de la voiture, l’arme au poing.

Il vient me chercher, pensa-t-elle dans un éclair d’angoisse. L’épée de Damoclès qui était au dessus de sa tête était tombée. Son existence touchait à sa fin. Il m’aime et maintenant il s’apprête à mourir pour ma misérable pomme. S’il vit, ce sera pire encore, ils vont lui dire. Il finira par savoir qui j’étais. Il posera ses yeux sur moi. Je ne peux pas supporter ça. Kicky posa la mallette sur ses genoux et plaça ses pouces sur les verrous. Jarvis le vit et eut un éclair de compréhension, qui le fit pousser un dernier cri obscène.

Il y eut un éclair aveuglant de lumière.

Par un caprice de l’énergie cinétique, l’explosion fit exploser l’arrière de l’Oldsmobile et projeta toute sa force vers le dessus, en même temps que la voiture. Elle s’envola à près de 9 mètres de haut dans les airs, puis s’écrasa au sol en se disloquant en de multiples morceaux de métal en feu. Même s’ils s’étaient beaucoup rapprochés de la voiture, Wingo et Hill miraculeusement, ne furent que couchés au sol, des bleus à l’endroit du choc avec l’asphalte et entaillés de quelques fragments de métal chauffés à blanc, mais sans blessures graves. Wingo se leva, tremblant, ressaisit sa Kalashnikov et regarda sauvagement à la ronde pour trouver une cible. Puis ses yeux se tournèrent vers l’épave en flammes devant lui. « Seigneur Jésus, non ! » hurla-t-il à s’en faire exploser les poumons.

Il y eut un bruit de pétarade ; les LARDEU sur les créneaux leur tiraient dessus, bien que la fumée de la Oldsmobile les cachât quelque peu. Wingo, qui hurlait comme un dément, se mit en joue et vida son chargeur sur les créneaux. Hill se rua vers lui et lui secoua les épaules, lui criant au visage.

« Jimmy, elle est partie ! » hurlait-il. « Elle est partie, Jimmy ! Il faut se barrer ! Elle n’aurait pas voulu que tu meures ici ! Elle aurait voulu que tu t’en sortes et que tu nous aides à battre ces bâtards ! Viens, Jim ! Il faut y aller ! » Wingo finit par s’apercevoir confusément qu’on lui tirait dessus, et laissa Hill le poser sur le siège passager de la Lexus. Alors que Hill appuyait sur le champignon et que la voiture prenait la tangente, le soleil apparut à l’Est au-dessus des créneaux de béton et inonda la Deuxième Avenue de la lumière dorée d’un jour nouveau.

Auteur: Basile

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2 Commentaires sur "Harold Covington: La Brigade – Chapitre 28 (quatrième partie)"

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Sir Ed
4 mai 2017 18 h 39 min

Après la mort de Cat, voici la mort de Kicky :'( Les temps sont durs pour la NVA, j’espère qu’elle sera vengée comme Cat l’a été. Repose en paix.

Waffen-SS
4 mai 2017 21 h 43 min

Oui les temps sont durs pour la NVA et ils vont se durcir pour nous avec notre nouveau président dimanche, le PD de 40ans.
Les loges en ont décidé ainsi et attendent la fin du cirque, pardon, la campagne électorale pour mettre leur guignol sur leur trône.

PS: Merci Basile!

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