Turquie : Erdogan remporte le référendum sur le renforcement de ses pouvoirs, marquant une rupture avec l’Europe

Un référendum asseyant l’autorité d’Erdogan

On connaît les rêves de Califat turc caressés par Erdogan, personnage dont nous avions examiné plus en détail le profil.

Il n’est donc pas étonnant qu’il ait cherché à consolider son régime. Moins d’un an après la tentative de coup d’État en Turquie (assez douteuse), et après des purges de masse contre des dizaines de milliers de fonctionnaires, Erdogan a enclenché un référendum pour une révision constitutionnelle aux conséquences majeures.

AFP :

S’il l’emporte dimanche, M. Erdogan détiendra un pouvoir considérablement renforcé et pourra en théorie rester au pouvoir jusqu’en 2029. L’exécutif sera concentré dans les mains du président, et le poste de Premier ministre disparaîtra.

Il pourra aussi dissoudre le parlement, nommer des juges et davantage légiférer par décret.

Ses partisans soutiennent qu’une telle mesure est nécessaire pour stabiliser l’exécutif et établir des barrières claires avec le judiciaire et le législatif.

Mais ses opposants affirment qu’il n’existerait plus de contre-pouvoir dans ce nouveau système, ouvrant la voie à un régime autocratique.

Les régimes dirigés par un homme à poigne sont historiquement efficaces, même si leur succession est plus hasardeuse.

Cette Turquie traversée du retour des rêves impériaux et qui menace ouvertement l’Europe, notamment démographiquement, se ferait ainsi un ennemi plus dangereux.

Belga :

Le président turc Erdogan a déclaré samedi [25 mars] qu’un oui au référendum du 16 avril sur le renforcement de ses pouvoirs marquerait un “point de rupture” avec l’Europe. “Qu’entend-on ? Que si le oui l’emporte (au référendum), l’Union européenne ne nous acceptera pas. Ah ! Si seulement ils pouvaient prendre une telle décision ! Cela nous simplifierait la tâche”, a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours à Antalya. “De toute façon, le 16 avril est pour nous un point de rupture. C’est pour cela que le oui est si important. Nous allons mettre tout cela sur la table. Car la Turquie n’est le souffre-douleur de personne”, a-t-il poursuivi, sous les acclamations de son auditoire.

Cette rupture serait amplement bienvenue !

Une campagne promue à toute force par Erdogan

Il n’est pas non plus étonnant qu’Erdogan ait mis tout son poids dans la balance, tant c’était important pour son avenir politique.

AFP :

Deux hommes discutent dans une caricature de Penguen, le principal hebdomadaire satirique de Turquie. “Tu vas voter +oui+ ou +non+ au référendum ?”, demande l’un. “Quoi ? Il y a un autre choix que le +oui+ ?”, s’étonne l’autre.

En déambulant dans les rues d’Istanbul, il apparaît clairement que la campagne pour le référendum sur le renforcement des pouvoirs présidentiels est inégale : au sol, des autocollants pour le “oui”; dans les airs, des bannières frappées du visage de Recep Tayyip Erdogan; et sur les murs, des affiches annonçant un meeting géant du chef de l’Etat samedi.

Moins visible, la campagne pour le “non” est toutefois bien là. Une stratégie, la simplicité, avec une fillette et un soleil dessiné au crayon de couleur pour logo. Et un slogan : “Pour notre avenir”.

Selon Penguen, le temps d’antenne en direct consacré au “oui” est dix fois supérieur à celui accordé au “non”.

Malgré ce déséquilibre que dénonce le camp du “non”, la campagne est féroce et les experts prédisent un score serré au cours de ce scrutin déterminant pour l’avenir de la Turquie.
[…]
Emmenés par M. Erdogan, les dirigeants turcs s’efforcent de stigmatiser les “nonistes”, accusés de faire obstacle au développement de la Turquie.

Le chef de l’Etat turc affirme en outre régulièrement que les partisans du “non” font le jeu des “terroristes” et des “putschistes” qui redouteraient une victoire du “oui”.

Erdogan semble avoir fait sienne cette fameuse maxime : “La fin justifie les moyens.” Mais c’est en vérité une constante de sa carrière politique.

Une victoire étriquée du “oui”

AFP :

“Il n’y a pas d’arrêt, la route se poursuit”. Les partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan célèbrent leur victoire au référendum sur l’extension de ses pouvoirs, malgré une pointe de déception face à un résultat bien éloigné du plébiscite espéré.

Selon les résultats disponibles, le “oui” aurait recueilli environ 51,4% des voix à l’issue du dépouillement.

Drapeaux de la Turquie ou bannières en faveur du “oui” à la main, une foule s’est formée dimanche devant le siège du parti au pouvoir AKP à Ankara pour écouter le discours au balcon du Premier ministre, Binali Yildirim, qui a sillonné le pays sans relâche ces dernières semaines dans le cadre de la campagne en vue du référendum.

Les dirigeants turcs ont proclamé dimanche leur victoire et celle-ci a été confirmée par l’autorité électorale. Toutefois, les deux principaux partis d’opposition contestent le résultat du scrutin et ont annoncé qu’ils déposeraient un recours.

MM. Erdogan et Yildirim ont salué cette victoire, mais parmi les gens venus la célébrer, beaucoup admettent être quelque peu déçus de ce résultat serré.
[…]

Malgré cette déception, l’heure est à la fête, des gens s’étant également réunis au siège du parti à Istanbul.

Dans la rue, les automobilistes faisaient sonner leurs klaxons, brandissant des fumigènes, tandis que des vendeurs ambulants proposaient des écharpes à l’effigie du président et même des CD compilant les différentes chansons de la campagne.
[…]
Recep Tayyip Erdogan a multiplié les invectives à l’égard de l’Occident tout au long de la campagne, notamment après l’interdiction de plusieurs meetings en faveur du “oui” en Allemagne et aux Pays-Bas. Il a ainsi régulièrement affirmé qu’une victoire du “oui” donnerait une bonne leçon à l’Europe.
[…]
Après le discours du Premier ministre dans la capitale, un feu d’artifice a été tiré. Mais la pluie aidant, les gens ne se sont pas attardés et sont repartis, dans un grand concert de klaxons.

Conclusion

Cette affaire qui pourrait d’abord sembler concerner la politique intérieure turque aura des répercussions significatives sur l’Europe. La montée d’une Turquie plus arrogante et retrouvant ses rêves impérialistes la rend plus redoutable mais a l’avantage d’accroître encore la polarisation politique qui existe aujourd’hui.

Plus les cafards se montreront au grand jour, plus il nous sera facile de les montrer à nos compatriotes et de préparer leur écrasement.

Auteur: Blanche

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4 Commentaires sur "Turquie : Erdogan remporte le référendum sur le renforcement de ses pouvoirs, marquant une rupture avec l’Europe"

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Sven le latin
17 avril 2017 9 h 15 min

et pendant ce temps là, une majorité d’européens de l’Ouest ne craignent qu’une chose : que ces histoires profitent a l’Extrême-droite !

18 avril 2017 18 h 37 min

Ils y en a certains en Europe qui devraient s’acheter des lunettes, et des couilles aussi….

Raiford
19 avril 2017 19 h 49 min

Ce référendum a un énorme avantage : il fermera définitivement la porte de l’Europe à la Turquie.

22 avril 2017 20 h 23 min

Pas sûr, avec les abrutis qui nous dirigent on doit s’attendre à tout.

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