Les États-Unis indiquent que le départ d’Assad n’est pas une priorité, Ayrault emboîte le pas

Quand la guerre en Syrie a débutée en 2011, l’objectif stratégique du gouvernement américain était le renversement d’Assad et l’établissement d’un régime fantoche.

Pour ce premier objectif, il suffit de s’en référer aux incessants appels à la démission d’Assad, présenté comme un dictateur sanguinaire.

Pour le second – qui découle du premier – il est prouvé par des courriels déclassifiés d’Hillary Clinton, qui était alors ministre des Affaires Étrangères d’Obama.

On pouvait notamment y lire :

[La] meilleure façon d’aider Israël face à la capacité nucléaire croissante de l’Iran est d’aider le peuple de Syrie à renverser le régime de Bachar el-Assad.

Ou encore que le “régime résultant verrait les États-Unis comme un ami et non un ennemi”.

L’intervention russe en Syrie à l’automne 2015 a bouleversé l’équilibre du conflit ; et alors que les “rebelles” et l’État Islamique avaient jusqu’alors progressivement gagné du terrain, la situation s’est renversée. À la fin de l’année dernière, Alep a fini par être entièrement reconquis par le gouvernement Assad, au terme de quatre ans d’affrontements et de trois mois d’offensives intenses ; marquant un avantage définitif pour le gouvernement de Damas.

Trump avait déclaré au cours de sa campagne qu’il ne comptait pas affronter la Russie pour renverser Assad et que les rebelles armés par les États-Unis “se trouvent être pires” que ceux qu’ils combattent.

AFP :

Les États-Unis ont reconnu ne plus faire du départ du président syrien une “priorité” et chercher une nouvelle stratégie dans le règlement du conflit en Syrie qui dure depuis six ans.

Washington avait déjà modéré par le passé son insistance à chasser Bachar al-Assad du pouvoir, mais cette prise de distance des États-Unis est désormais explicite.

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a affirmé jeudi vouloir travailler avec des pays comme la Turquie et la Russie pour trouver une solution politique de long terme en Syrie, plutôt que de se focaliser sur le sort du président syrien.
[…]
Plus tôt dans la journée, le secrétaire d’État Rex Tillerson avait déjà signalé cette inflexion de la diplomatie américaine.

“Le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Ankara avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu.

C’est une déclaration assez vague, mais qui sous-entend quelque chose comme un référendum ou une élection. Dans un contexte où l’armée syrienne aura enfin repris le contrôle de l’essentiel du pays (probablement pas des zones kurdes), c’est très éloigné des déclarations pronant le renversement militaire d’Assad.

L’opposition syrienne, dont la coopération sera nécessaire à toute solution politique, a vigoureusement dénoncé cette prise de position.

“L’opposition n’acceptera jamais que Bachar al-Assad ait un rôle à aucun moment”, a déclaré Monzer Makhos, un des porte-parole du Haut comité des négociations (HCN) qui rassemble des groupes clés de l’opposition syrienne.

C’est pourquoi écraser ces gens sous les bombes jusqu’à ce qu’ils soient terrassés militairement apparaît comme l’option la plus désirable. Aucun accord gouvernemental ne pourrait satisfaire les deux parties, pas plus qu’un morcellement territorial.

[…]
La référence de Rex Tillerson au “choix du peuple syrien” est une expression utilisée de longue date par Moscou, dont l’administration Trump cherche à se rapprocher pour tenter d’obtenir le soutien de la Russie dans un règlement politique en Syrie.
[…]
Même si l’administration américaine veut minimiser cette inflexion, les experts voient dans ce changement de ton un virage important.
[…]
M. Tillerson doit se rendre à Moscou le mois prochain pour une rencontre avec des dirigeants russes.

Sa visite en Turquie était largement axée sur la Syrie, au lendemain de l’annonce par Ankara de la fin de son opération militaire lancée en août dans le nord de ce pays afin d’en chasser les jihadistes de l’EI et les milices kurdes syriennes.

Cette guerre n’est pas un simple conflit interne mais aussi un affrontement indirect entre des puissances régionales et mondiales, et c’est ce qui fait son importance.
RT :

« Si certains veulent à tout prix qu’on place le débat sur : “Est-ce que l’on garde Assad ou est ce que l’on ne garde pas Assad”, ce n’est pas comme cela que la question se pose. La question est celle de savoir si la communauté internationale respecte ses propres engagements », a estimé Jean-Marc Ayrault en arrivant à une réunion de l’OTAN à Bruxelles, le 31 mars.

« Si on veut la paix et la sécurité durables en Syrie, il ne faut pas seulement l’option militaire, il faut l’option politique et l’option politique, c’est la négociation pour une transition » conformément à la position adoptée en décembre 2015 par l’ONU, a-t-il insisté, marquant un tournant dans la position du Quai d’Orsay sur le dossier syrien.
[…]
La France a longtemps exigé farouchement que Bachar el-Assad parte avant qu’une transition politique ne soit engagée en Syrie. Cette position avait été incarnée dans sa dimension la plus brutale par l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il avait même déclaré en 2012 que Bachar el-Assad « ne mériterait pas d’être sur la Terre ».
[…]
[C]’est aujourd’hui le retournement de la diplomatie américaine qui semble avoir donné le ton de la nouvelle position française vis-à-vis du président syrien.

Il y a quelques mois encore, Jean-Marc Ayrault avait pourtant fermement condamné le déplacement de Thierry Mariani et de Nicolas Dhuicq à Alep et à Damas, où ils ont rencontré Bachar el-Assad.

C’est ainsi quand on est un suiveur et non un meneur.

Auteur: Blanche

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4 Commentaires sur "Les États-Unis indiquent que le départ d’Assad n’est pas une priorité, Ayrault emboîte le pas"

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1 avril 2017 16 h 13 min

Depuis que Trump est là on sent le changement. Pourvu que tout soit fait pour garder assad et son pouvoir qui savent gérer le pays. Et qu’ils chassent Daesh et les “modérés”.

Tom
2 avril 2017 9 h 34 min

Assad n’est pas un “bougnoule” pour toi ?

3 avril 2017 20 h 59 min

Si mais le fait est qu’il avait tout de même réussi à maintenir sa population avant que certains viennent foutre le bordel en soutenant les “modérés” qui sont devenus djihadistes…

Ksenia
2 avril 2017 13 h 09 min

Ayrault se prend peut-être pour Talleyrand, tout en étant incapable de régler le mini conflit qui agite Notre Dame des Landes…

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