« Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique », un procès en sorcellerie

Le petit monde des céliniens s’est beaucoup excité à la suite de la publication de l’énorme pavé – près de 1 200 pages !!! – de Pierre-André Taguieff (« spécialiste » autoproclamé de la méchante extrrrrrrrême-droite, qui prétend ne pas être membre de la (((communauté))) mais qui travaille à son unique profit) et de Annick Duraffour sur Céline.

Ce livre, sous une apparence de travail scientifique, se limite à être une charge aussi fatigante que répétitive contre l’immortel auteur de Mort à crédit et de Bagatelles sur un massacre.

Les deux « chercheurs » y rabâchent inlassablement le même syllogisme : L’antisémitisme c’est le mal absolu, Céline était antisémite (quelle grande découverte !), par conséquent Céline et toute son œuvre doivent être jetés au bûcher. On peut sincèrement se demander pourquoi il a fallu noircir autant de pages pour en arriver à un résultat aussi convenu.

Sans doute Taguieff et sa comparse se sont-ils persuadés que devant un tel « monument », assorti de centaines de pages de notes pour faire sérieux, personne n’oserait mettre en cause l’autorité de leur étude.

Pourtant, pour qui est un peu au courant des études céliniennes, ce gros travail apparaît comme une vulgaire compilation de publications plus anciennes. Ainsi, les auteurs quand ils évoquent l’antisémitisme de Céline, ne font-ils que piller de façon éhontée les travaux (tout à fait sérieux) de madame (((Kaplan))), qui datent des années 1980, sur les sources de Bagatelles pour un massacre, et on pourrait multiplier pareils exemples.

Le seul point positif de cet ouvrage réside dans le fait que, contrairement à la doxa, il insiste sur la profonde unité de l’œuvre de Céline et qu’il montre l’impossibilité qu’il y a de séparer les romans des pamphlets. De ce point de vue cette étude donne un certain nombre de références intéressantes, en s’appuyant principalement sur la correspondance de Céline. Bien sûr, Taguieff en tire la conclusion stupide que l’ensemble des livres de Céline devraient être mis à l’index.

La véritable question est de se demander pourquoi une purge pareille fait l’objet d’une telle couverture médiatique – longs articles dans Le Figaro, Le Monde, Libération, L’Obs, etc. – alors même qu’un ouvrage de ce type ne peut bénéficier que d’une diffusion très limitée. Il faut dire que la grande presse n’a retenu qu’un chapitre du livre, celui où Céline est accusé d’avoir dénoncé des Juifs à la Gestapo. Or, ce chapitre se contente d’aligner des ragots et n’apporte aucun élément de preuves. Il est en revanche de notoriété publique que Céline a établi de nombreux certificats médicaux de complaisance pour permettre à des jeunes d’échapper au STO et qu’il a protégé certains résistants (des vrais, pas de ceux qui résistaient en sirotant un café à une terrasse de Saint-Germain-des-Prés). C’est en partie ces témoignages qui lui valurent d’être jugé avec une grande clémence, puisqu’il ne fut condamné qu’à un an de prison, et qu’il bénéficia presqu’aussitôt d’une mesure d’amnistie (il est vrai qu’il avait déjà passé un an et demi en prison au Danemark, sans compter trois ans d’assignation à résidence avec des conditions particulièrement sévères dans ce même pays).

Alors, pourquoi un tel battage sur un livre à la fois si indigeste et si indigent ?

À mon avis, il s’agit d’empêcher une réédition des pamphlets. C’est un secret de Polichinelle que de dire qu’une équipe universitaire international s’est attelée depuis plusieurs années à l’établissement d’une édition critique des pamphlets – travail nécessaire car on ne saurait aujourd’hui publier le texte brut de ces pamphlets, de nombreuses allusions qu’ils contiennent n’étant plus forcément compréhensibles par un lecteur du début du XXIe siècle.

Une telle réédition remporterait assurément un gigantesque succès de librairie – il suffit de voir le succès l’an passé de la publication du texte intégral des Décombres de L. Rebatet, le premier tirage ayant été épuisé en moins d’une semaine.

Inutile de préciser que pour nos (((grands amis))), cette perspective semble cauchemardesque.

Un seul conseil : lisez et relisez Céline. Si vous ne vous êtes jamais attaqué à son œuvre, commencez par Mort à crédit, un des plus grands chefs d’œuvre de notre littérature.

Les pamphlets restent malgré tout facilement accessibles. Si vous êtes prêts à y mettre le prix vous en trouverez aisément des exemplaires d’occasion. Les textes sont aussi accessibles en ligne – même si lire un livre de plusieurs centaines de pages sur un écran est au-dessus de mes forces. Un éditeur québécois les a aussi réédités il y a quelques années, mais sans notes ni appareil critique.

Auteur: Procope

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3 Commentaires sur "« Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique », un procès en sorcellerie"

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Waffen-SS
26 février 2017 18 h 58 min

Nous pouvons nous procurer les pamphlets chez notre kamerad d’Akribeïa et plein d’autres merveilles pour l’esprit…
La Vérité rend libre!

Gemar.Pressac.39/45
26 février 2017 20 h 53 min

C’est uniquement sur son catalogue.

Justrobe
1 mars 2017 23 h 57 min
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