Harold Covington – La Brigade : Chapitre 24 (quatrième partie)

On peut retrouver ici le sommaire du roman.

Chapitre XXIV : Entre terre et mer (quatrième partie)

Ils arrivèrent dans la vaste aire de stationnement d’un garde-meuble à McMinnville, où ils furent salués par un homme en bleu de travail qui échangea quelques mots à voix basse avec le lieutenant. « Tu nous fais le signal si tu vois qui que ce soit rôder dans les parages », entendit Annette. « En avant ». Ils sortirent de la voiture et Éric Sellars descendit de la place conducteur de la camionnette. Jackson ouvrit la grande porte coulissante du garde-meuble et alluma la lumière.

Annette et Éric découvrirent que les cloisons et le plafond avaient été recouverts de boîtes d’oeufs, disposés comme du carrelage. « Isolation sonore », fit le lieutenant. Il alla dans un coin et en sortit une table dépliante, qu’il installa au milieu de la pièce. Il plaça une chaise pliante en métal d’un côté et, de l’autre, un vieux fauteuil en bois à accoudoirs. Il prit ensuite une grande lampe sur une étagère, la brancha et la posa juste derrière la chaise en métal. Il se dirigea ensuite vers une grande armoire en métal, adossée à une cloison et passa en revue les ustensiles sur ses étagères. Jackson se tourna ensuite vers Annette et Éric.

« Bon, vous savez pourquoi nous avons emmené ici cet homme », leur dit Jakson. « Il détient peut-être des information qui regardent l’Armée et la vie de nos camarades. Il est possible aussi qu’il ne sache rien. Il y a une règle élémentaire dans les confrontations judiciaires, qui dit de ne poser que des questions dont on connaît déjà la réponse, mais ceci n’est pas une confrontation judiciaire et nous ne connaissons pas la réponse. Nous ne savons même pas s’il y en a vraiment une, ou s’il ne faisait qu’accomplir un de leurs tristes petits rituels nuptiaux, en envoyant des signaux de fumée à l’oreille d’une femme aussi immorale que lui. Mais on ne lui fera pas comprendre qu’on ne sait rien dans l’entretien qui va suivre. Une des règles des interrogatoires est que ‘Je ne sais pas’ est une réponse irrecevable. Tout le monde sait quelque chose, même si l’on ne sait pas quoi. Ça au moins, on le sait. Nous devons découvrir ce qu’il sait, tout ce qu’il sait, et il va falloir faire vite. Notre affaire rentre dans la catégorie des bombes à retardement. S’il refuse de nos dire ce qu’il sait, ou s’il ment outrageusement, il faudra le forcer à parler. Cela n’implique pas forcément de le passer à tabac ou de lui couper une oreille pour le plaisir, ou de lui infliger des supplices médiévaux uniquement parce qu’on ne l’aime pas. Notre objectif est de le forcer à nous dire ce qu’il sait, rien de plus et rien de moins. Je n’emploierai la force qu’en cas de nécessité, et comme nous savons qu’ils n’est pas pire que la plupart de ses congénères et pas aussi mauvais que certains, je préférerais pour le moment le laisser filer, après avoir vérifié ses dires. » Annette laissa échapper un petit soupir.

« Tu es soulagée, Becky ? »

« Oui, chef », reconnut-elle.

« Il n’y a pas de honte à ça », fit-il, affable. « Tu es un soldat et ton devoir exige parfois de faire des choses pas jolies. Aucune loi ne te demande d’aimer ça. À dire vrai, la botte secrète pour obtenir rapidement des aveux, ce n’est pas la torture, mais la peur de la torture. Avec les Américains en tout cas, pour les musulmans, c’est une autre affaire. La CIA, le Mossad, Blackwater et les autres font des choses sales aux prisonniers musulmans, mais comme ils croient sincèrement en leur Dieu et sont fiers de leur nation et de leur héritage, ils peuvent encaisser des techniques d’interrogation qui rendraient un Américain fou en quelques secondes. Les Américains les pratiquent, mais ne les encaissent pas. Il y a bien quelques exceptions par ci par là, quelques officiers américains blancs qui s’en tiennent au vieux code d’honneur, mais dans l’ensemble les Américains sont très fragiles, au physique comme au moral. C’est particulièrement vrai des gens des médias. Je ne m’attend pas à trop de grabuge ce soir avec M. Zucchino. Il pourrait faire exception à la règle, mais j’en doute. On pourrait croire que la fragilité des Américains les rendrait coopératifs, mais c’est le contraire qu’on observe. Ils se cassent tout de suite. D’ailleurs, ils ne se cassent pas, ils tombent en mille morceaux. La douleur les envoie littéralement en orbite, dans un état hystérique ou d’absence complète, ce qui fait qu’il est impossible d’en tirer quoi que ce soit. »

« Je me souvient que la première fois que nous nous sommes vus, vous nous avez dit que l’Armée nous demandait de tenir vingt-quatre heures », lui rappela Éric.

« Effectivement », admit Jackson. « Cela étant, j’ai l’honneur de vous dire que la plupart de nos camarades capturés ont, pour la plupart, tenu beaucoup plus longtemps. La meilleure façon de procéder avec quelqu’un comme Zucchino est de lui infliger une certaine douleur qui provoquera son esprit à en anticiper de biens pires. Il aura tellement peur qu’il fera tout pour se l’éviter. Mais il y a des choses que nous ne faisons pas, que je ne fais pas, en tout cas. Les trucs sexuels, le viol ou les menaces de viol contre des femmes ou de sodomie contre des hommes, les menaces de déshabillages ou de films sur internet, ce genre d’horreur. C’est ce que font les Américains à leurs détenus dans leurs prisons. Pas nous. Nous valons mieux que cela, au moins les Volontaires sous mon commandement. D’ailleurs, je n’aime pas les histoires qu’on raconte sur la bande du commandant Oglevy dans l’Idaho. Mais il faut parfois que le prisonnier croie que nous pourrions faire ce genre de choses. Je mentionne ce point pour que vous soyez bien conscients des raisons de ce que je vais avoir à dire ce soir. »

« Mais si le gars se rebiffe et qu’il se la boucle ? » demanda Éric.

« Alors, on le cogne », fit Jackson. « Le prisonnier sera attaché à ce fauteuil en bois. Moi je serai sur la chaise en métal. Je mènerai l’interrogatoire. Je fumerai une cigarette, contrairement à mon habitude, parce que c’est bien pratique pour souligner un argument et parce que la fumée dans le nez et les poumons augmente son malaise, surtout s’il est saucissonné. » Jackson se dirigea vers l’armoire et saisit des choses laineuses informes de couleur sombre. « Voilà des passe-montagne. Enfilez-moi ça. Il ne doit voir aucun visage, à part le mien. Becky, tu te mets ici dans le coin et tu restes silencieuse. Je préférerais qu’il ne te voie pas du tout. Il est possible que cet imbécile n’ait toujours pas compris que tu l’avais piégé, si c’est le cas mieux vaut en rester là, donc tu ne dis rien pendant la procédure. Tu observes. Si vous avez l’impression que ça va durer trop longtemps, vous partez tous les deux, vous prenez la Toundra et vous revenez à votre voiture. Vous nagez encore en surface, les gars, et je ne veux pas que vous vous absentiez trop longtemps ou que vous fassiez des mystères. »

« Nos vieux croient que nous passons nos soirées dans des motels ou dans un nid d’amour au campus », expliqua Éric. « Mais ils s’inquiètent quand même, ils nous demandent d’êtres rentrés sur le coup de minuit. »

« Alors, pas besoin qu’ils se fassent un sang d’encre pour cet étron de journaleux. Tom, tu restes derrière lui, tu peux louvoyer un peu pour qu’il sache qu’il y a quelqu’un, mais tu me laisses lui parler, ou l’une des Choses au besoin. Observe et apprends. Malheureusement, peut-être qu’un jour vous serez amenés à faire ce genre de choses. Allons sortir notre invité d’honneur. »

Quelques minutes plus tard, Dawson Zucchino se trouvait sur la fauteuil en bois. On lui avait retiré son t-shirt, ses avant-bras étaient attachés aux accoudoirs par des liens en plastique et ses jambes aux pieds du fauteuil par de larges bandes Velcro. Du ruban adhésif lui bâillonnait la bouche et ses yeux écarquillés scrutaient la scène avec effroi. Trois hommes masqués arpentaient la pièce derrière lui ; Zucchino tournait la tête en étirant son cou pour essayer de les voir. Puis Jackson prit place en face de lui, derrière la table, la lumière posée derrière l’interrogateur braquée parfaitement sur son visage. Jackson alluma calmement une cigarette et posa d’une main lourde le paquet sur la table. Il parla. Sa voix était douce et prenait un ton désinvolte.

« M. Zucchino, je suis le Lieutenant William Jackson de l’Armée des Volontaires du Nord-Ouest. Je suis le commandant de la Compagnie A, Première Brigade de Portland. Est-ce que vous avez suivi vos cours à notre sujet, est-ce que vous me reconnaissez ? » Zucchino hocha la tête. « Très bien, nous perdrons moins de temps, puisque vous savez déjà que je ne suis pas un tendre. Je me dis que vous savez pourquoi vous êtes là. Vous savez des choses sur des événements imminents, du côté du comté de Clatsop, dans l’Oregon, que vous allez nous communiquer. Vous avez des informations sur les milliers de bandits des LARDEU qui se sont tournés les pouces là-bas à Oakland. Et des informations sur les allées et venues et les projets d’un nègre galonné du nom de Rollins. Avant de vous laisser la parole, je dois vous avertir que je ne veux entendre aucun boniment de votre part, sur la constitutionnalité, la légalité, et patati et patata. C’est notre pays, pas le vôtre. Vous n’êtes plus les maîtres ici. C’est nous, et nous pouvons vous faire tout ce qui nous passe par la tête. Est-ce que j’ai été clair ? » Zucchino jetait des regards effrayés au-dessus de sa bouche bâillonnée.

L’une des Choses (Éric n’arrivait pas à les distinguer avec leurs passe-montagnes) se pencha et tordit sauvagement l’oreille de Zucchino, ce qui le fit braire étrangement sous son ruban adhésif. « T’as les portugaises ensablées, ducon ? » dit la Chose. « Tu ne réponds pas au lieutenant, donc bibi va te faire un petit réglage. » Il tordit l’autre oreille, ce qui le fit nasiller, gronder et se débattre comme un petit animal.

« Vous n’avez pas compris ce que je vous ai dit, M. Zucchino ? Faites oui de la tête, s’il vous plaît », répéta Jackson d’un air poli. Zucchino hocha frénétiquement de la tête.

« Bien. Pour votre gouverne, la deuxième chose à savoir, c’est que vous allez nous donner toutes les bribes d’information et de renseignements que vous possédez au sujet de l’attaque en préparation contre Astoria, du côté de l’Oregon. Nous mentir, nous cacher des informations ou jouer au plus fin avec nous, ne prendra pas. Avant de penser jouer à ce jeu-là, vous feriez mieux de vous demander ce que vous faites ici, si nous n’étions pas déjà au courant. Au courant des LARDEU et au courant de vous. Voilà le plan. Il est simple comme bonjour. Je vais vous retirer votre bâillon, et vous allez tout me raconter, et je dis bien tout, sur l’invasion de notre pays par cette horde de vauriens américains, et chacune de vos paroles sera un diamant pesé par Dieu le père. Si vous honorez le contrat et qu’il se confirme que vous nous avez dit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, alors nous vous renverrons à Los Angeles dans votre bureau, devant votre ordinateur où vous pourrez taper vos mensonges sur vos épreuves terribles aux mains des affreux de la NVA. Vous pourrez même gagner un Prix Pulitzer et passer à la télé. Mais si vous nous mentez, même le moins du monde, alors un jour dans vingt, cinquante ou cent ans, dans la future République Américaine du Nord-Ouest, un paysan, un chasseur ou un garde forestier retrouvera les restes d’un squelette dans un trou au fond des bois et vous finirez dans un plastique au fond d’un hangar souterrain avec une étiquette ‘restes non-identifiés, datant peut-être de la Guerre d’Indépendance’. Avant que quelqu’un ne juge que vos ossements prennent trop de place et ne les jette. Est-ce que vous comprenez bien la situation, M. Zucchino ? »

Zucchino tremblait comme s’il avait la fièvre, mais il obtempéra. D’un geste du menton, Jackson fit retirer par l’une des Choses le ruban adhésif de la bouche du prisonnier. L’autre Chose s’écarta et Éric prit sa place derrière l’homme attaché à son fauteuil. La Chose vint à l’armoire et y prit deux objets. Le premier était une petite planche de bois avec une lame recourbée attachée à l’un des bords, ressemblant à une sorte de coupe-papier perfectionné. Il le passa à Jackson, qui le posa sur la table. Le deuxième ressemblait à un bec Bunsen portatif, dont la poignée était reliée à un petite bouteille bleue de gaz propane. Jackson tendit son briquet à la Chose, qui alluma le bec avec la pierre, puis raffina le jet en un long pinceau de chaleur bleue. Zucchino écarquillait les yeux. « Doux Jésus ! Qu’est-ce vous allez me faire ? » miaula-t-il d’une voix piteuse.

Jackson jeta un coup de menton au bec Bunsen. « Le FBI et la Sécurité Intérieure se servent de ces machins-là pour castrer les bonshommes », dit-il d’un air benoît. « Vous le saviez ? Ce machin peut carboniser le pénis et le scrotum en cas d’urgence, mais d’habitude, ils font rôtir les parties génitales à petit feu. Ils appellent ça la saucisse grillée, ou parfois les marrons chauds. Mais ne vous en faites pas, nous ne sommes pas aussi barbares. »

« Je les ai vus faire en Irak », bougonna la Chose tenant le bec Bunsen. « Plus d’une fois. Moi je voulais bien faire cuire vos châtaignes, mais monsieur Jackson a voulu qu’on vous traite en gentleman sur ce point. »

« Et comment voulez-vous me traiter en gentleman avec cet attirail ? » glapit Zucchino, son à-propos de journaliste refaisant faiblement surface malgré sa frayeur.

« Nous allons nous en servir pour cautériser les plaies sur vos doigts après les avoir coupés un à un, si vous commencez à nous mentir », fit Jackson, qui soulevait de façon suggestive la lame de la guillotine. « Nous ne pouvons pas nous permettre de vous laisser perdre tout votre sang avant d’avoir fini notre conversation. Vous allez peut-être devoir dicter votre article pulitzerisable sur votre expérience de ce soir à quelqu’un qui a encore ses pouces opposables. Mais au moins, vous aurez toujours vos bijoux de famille. Je ne peux pas vous proposer un marché plus honnête, n’est-ce pas ? »

« Ma foi, je dois être reconnaissant pour vos petites attentions », fit Zucchino avec un petit rire hystérique. « Je pourrai encore tirer mon coup, bien que je doive passer mon tour avec la pute que vous m’avez envoyée dans les pattes tout à l’heure ».

Éric Sellars, oubliant qu’il était en train de désobéir aux ordres qui lui enjoignaient de rester spectateur, s’avança et d’un puissant crochet du droit pulvérisa la bouche et quelques dents de Zucchino. La tête du ligoté rebondit contre l’appui-tête et il émit un grognement sourd, un filet de sang cramoisi passant entre ses lèvres. « J’espère que tu ne lui as pas cassé sa putain de mâchoire ! » décocha le lieutenant. « Comment va-t-il parler avec la gueule cassée ? »

« Je suis désolé, j’ai… » marmonna Éric, décontenancé lui aussi. La deuxième Chose se pencha vers lui et lui dit à voix basse : « C’est nous qui appuyons sur ses boutons, fiston. Ne le laisse jamais appuyer sur les tiens ! »

« Ne fais plus jamais une chose pareille, sauf si je te le demande ! » ordonna Jackson. « Passe-moi un de ces chiffons ! » La Chose au bec Bunsen prit un torchon graisseux dans l’armoire et le lança à Jackson, qui nettoya la bouche de Zucchino. « Tu vas survivre, mais pas très longtemps si tu ne te surveilles pas », dit-il à Zucchino d’un air sinistre. « Notre jeune camarade n’a pas apprécié ton langage, cloporte. Et moi non plus ». Il se pencha au-dessus de la table et posa le bout incandescent de sa cigarette contre l’oreille gauche de Zucchino ; le cri d’agonie qu’il poussa fit presque trembler le plafond. Éric vit alors l’intérêt de la tapisserie de boîtes d’oeufs. Jackson fit le tour de la table et saisit Zucchino par le col. Il se pencha vers son oreille droite.

« Il te faut une bouche pour parler, mais pour écouter, tu n’as pas besoin de tes deux oreilles. Alors maintenant, tu vas m’écouter. Nos Volontaires féminines sont les joyaux de la couronne de la race aryenne. Nous ne parlons jamais d’elles sans le plus grand respect, et jamais de la façon dont tu l’as fait ! Zack Hatfield est un autre joyau de notre couronne, l’un des meilleurs et des plus courageux d’entre nous, et les hommes qui sont avec lui sont nos lys des bois. Ce sont des hommes. Toi, tu n’es pas un homme. Tu es un rongeur. Je ne permettrai pas que tu leur nuises en cachant des informations sur les complots des tyrans. Alors tu vas cracher le morceau maintenant, tu vas tout me dire, ou tes mains vont devenir des moignons sanglants. Après quoi, on passera aux doigts de pied. »

« S’il vous plaît, s’il vous plaît… », marmonna Zucchino, la bouche abîmée. Jackson l’ignora, sortit un couteau de sa poche et coupa le lien qui attachait son bras droit au fauteuil. Il prit sa main, la posa sur la table, tirant son auriculaire pour l’ajuster de force sur la planche de bois, sous la lame de la guillotine.

« Je vais compter jusqu’à trois », dit Jackson. « Un, deux… »

« Non ! Seigneur Dieu, non, ne faites pas ça ! Je vais vous le dire, je vais tout vous dire ! » s’écria-t-il, transi d’une peur hideuse. « Oui, oui, c’est vrai, les LARDEU vont venir de Californie et vont envahir en masse le terrain pour sécuriser le grand pont ! Le gouvernement a peur que la NVA le prenne ou le détruise, et paralyse la Columbia ! Rolly Rollins lui-même sera le commandant ! »

« Comment le sais-tu ? » demanda Jackson.

« J’étais censé faire la couverture de la mission ! Il a fallu un mois de tractations avec Rollins pour que je sois embauché. »

« Ils vous ont fait une conférence de presse pour vous mettre au courant des détails ? » demanda Jackson, sceptique.

« Non, j’en ai entendu parler. Les types des LARDEU ont des QI à deux chiffres, je me doute que certains comprennent le sens du mot secret ! Un groupe de journalistes devait partir en Californie ce soir très tard, dans un avion militaire secret, dans la plus grande discrétion ! » glapit Zucchino.

« Mais quand est-ce qu’ils arrivent ? » hurla Jackson.

« Ils sont censés débarquer le 30 au matin, à l’aube ! » gémit Zucchino de sa voix cassée. « De grâce, ne me coupez pas le doigt ! Juste ciel, ce que j’ai mal à l’oreille ! Aaaaaahhh… »

« C’est dans deux jours ! » s’exclama Éric.

Jackson gifla Zucchino, vigoureusement. « Arrête de chialer, cloporte. Comment vont-ils arriver ? En avion ? En hélicoptère ? En camions ? En bateau ? Comment ? »

« En bateau », grogna Zucchino. « Ils ont réquisitionné de vieux ferries et des navires de croisière, transformés en bateaux de transport de troupes. Ils vont avoir une escorte de la Marine. Ils auront des hélicoptères en soutien aérien, qui viendront de Fort Lewis. »

« Je ne te crois pas ! » tonna Jackson. « Tu ne connais rien à la géographie et à l’histoire de l’Oregon, mon salaud ! Est-ce que tu as entendu parler du cimetière du Pacifique ? Ils n’ont aucune chance de faire débarquer une flotte d’invasion à Astoria, à cause des bancs de sable à l’embouchure. Il faudra qu’ils aient un pilote aguerri dans chaque bateau, il leur faudra des jours pour les faire tous entrer, sans compter qu’ils devront se mettre en file indienne pour le passer sous le pont, à portée d’arme du rivage. Même un nègre n’aura pas la stupidité de faire une chose pareille ! » Il souleva la lame de la guillotine au-dessus du petit doigt de Zucchino.

« Non, pas Astoria ! » s’écria Zucchino. « Sur la côte ! Ils vont débarquer sur la côte, à des kilomètres de là, après Warrenton, à l’anse de Sunset Beach ! Avec des camions, des blindés et tout ! Ils vont débarquer comme les Marines à Okinawa, en se jetant à à l’eau avec tout leur équipement et Rollins veut poser son pied sur le rivage comme MacArthur, le tout devant les caméras de télé ! Vous savez, comme ils l’ont fait en Somalie en 92 ! Je vous jure que je raconte pas de craques ! De grâce, pas mon doigt ! »

Quelques temps plus tard, dans l’ombre de l’aire de stationnement, Jackson, Éric et Annette assistèrent au départ des Choses en camionnette, qui transportaient Zucchino, ligoté comme un poulet à l’arrière. « Ils vont le garder au frais jusqu’à ce que tout s’éclaircisse », dit Jackson. « Le problème, c’est que deux jours sont suffisants pour que quelqu’un s’inquiète, ils pourraient penser à un enlèvement et se douter que nous savons pour Sunset Beach. ZOG pourrait changer ses plans. Espérons que nous n’avons pas fait tout ça pour rien. »

« Chef, je vous présente mes excuses pour avoir perdu ma… » commença Éric.

« Taratata ! Tout est bien qui finit bien. Les Choses ou moi aurions pu lui faire ouvrir son claque-merde tout à fait comme toi », fit Jackson. « Il t’a provoqué ».

« C’était un beau geste, messire Lancelot », pouffa Annette. « J’apprécie bien. »

« Le mercenaire de chez Blackwater qui t’a vue de près me préoccupe », lui dit Jackson. « Je me demande s’il ne faut pas que je vous mette au vert un moment ».

« En détachement spécial dans le comté de Clatsop avec le Troisième Bataillon, chef ? » demanda Éric avec feu.

« Peut-être, mais autant ne pas en arriver là », répondit-il. « Je voudrais vous tenir à distance de Charybde, pas vous jeter en Scylla. Depuis ce soir, vous avez plus de valeur pour la Compagnie A que dans votre travail précédent de renseignement. Je me fais du souci, parce que quand Oscar reviendra de, comment dire, de là où il est en ce moment, il pourrait vous solliciter pour la Troisième Section. »

« Euh, ça vous mettrait de mauvais poil si je vous disais que j’adorerais ça, chef ? » demanda Annette avec douceur.

« Je vais essayer de vous garder autant que je peux, mais la stratégie globale passe avant tout », dit Jackson. « Si vous finissez chez Oscar, ainsi soit-il. Mais pour Clatsop, ne vous inquiétez pas. Avant que tout finisse, il y aura bien assez de batailles. Vous aurez votre part. »

* * *

« Ah, salut toi », dit Julia, effarouchée et perplexe. Face à face avec Zack, elle ne savait plus quoi lui dire. « Mais comment es-tu arrivé ? »

« Eh bien, ta maman m’a ouvert », lui dit Hatfield. « On s’entend bien et elle m’a à la bonne, souviens-toi. J’ai dû lui promettre de vous laisser le temps des retrouvailles avant de faire mon apparition et les admonestations maternelles sont claires, je me tiens bien et je ne te cherche pas de noises. J’ai eu vent de ton passage. »

« De ce monsieur Wally ? » demanda Julia.

« Oui, mais nous savions que tu viendrais avant cela », lui dit Hatfield. « J’ai reçu un appel pour me prévenir. »

« Faut-il que je te demande comment vous l’avez su ? »

« Non », dit Hatfield, secouant la tête. « Tu es toute pimpante, Julie. J’aurais voulu te dire que tu n’as pas changé, mais en fait, si. Pour le mieux. »

« Mais toi, tu as l’air… terriblement changé », ne put-elle s’empêcher de répondre. « Rien de particulier, rien de physique. Tu as pris de l’âge, bien sûr, mais c’est autre chose. Je ne sais pas ce que c’est, tu as l’air d’avoir cent ans, Zack. »

« Ma foi, il y a eu quatre ans dans les cents en Irak, ça doit être ça », répondit-il, sombre. « Et puis ces dernières années chez les Volontaires du Nord-Ouest. J’ai dû prendre de la bouteille. »

« Je ne te demanderais pas ce que tu as fait de ta vie, je crois déjà le savoir », dit-elle.

« Et moi je ne te demanderais pas ce que tu deviens, je le sais aussi. J’ai entendu parler de la visite du FBI. Aussi maladroit que ça puisse paraître, tu m’en vois désolé, Julia. Si ça peut te consoler, nous allons sûrement dégager ces chiens galeux un de ces jours. »

« Mon Dieu, vous devez avoir un sacré réseau d’espionnage à Los Angeles ! » lança-t-elle. Y a-t-il quelque chose que vous ne savez pas ? »

« Notre réseau d’espions n’est pas mauvais, mais pour ta rencontre avec les feebs, je l’ai su par internet, HollywoodGossip.com, pour être précis. »

« Magnifique », dit-elle en riant, s’asseyant sur son lit, déconcertée. « Alors, tu sais peut-être pourquoi je suis venue ? », demanda-t-elle.

« Dans les grandes lignes, oui, mais je t’avoue que j’ai hâte que tu m’en dises plus », lui dit Hatfield.

« J’ai dit aux types d’Hollywood qui m’ont envoyée ici que je ne savais pas trop si tu allais me tirer dessus, sachant qui ils sont », fit-elle. « J’imagine que je devrais craindre pour ma vie, mais je me dis que je vais tenir le choc. C’est toi, après tout. »

« Ouaip, c’est moi », dit Zack avec un sourire apaisé. « Et non, tu n’as pas à t’inquiéter. Je ne vais pas te tirer dessus. »

« Eh bien, maintenant que nous avons écarté le croquemitaine, est-ce que tu veux que je te résume la chose ? » demanda-t-elle. « Ou est-ce que je vais être conduite, un bandeau sur les yeux, dans un hangar ou une cave pour faire mon topo devant une tablée de bonshommes en cagoules sous un grand drapeau nazi ? Je ne plaisante pas, je n’ai franchement aucune idée de la façon dont vous procédez, je ne sais pas à quoi m’attendre. »

« Eh bien, comme je l’ai dit, j’ai envie d’entendre ce que tu as à dire, par pure curiosité, mais je n’ai pas l’autorité pour donner une quelconque réponse au genre de choses que tu pourrais nous proposer », expliqua-t-il. « Je ne suis qu’un commandant de zone, je n’ai rien à voir avec le commando Director’s Cut ou l’opération On Ne Rigole Plus. »

« Plaît-il ? »

« Nous avons baptisé cette campagne ‘opération On Ne Rigole Plus’ et l’équipe qui mène cette mission s’appelle le commando Director’s Cut, parce que nous faisons beaucoup de coupes. Voilà, c’est une petite tranche d’humour nazi. »

« Une toute petite, alors », répondit-elle avec espièglerie.

« Dès que tu seras prête, je te présenterai à un camarade du Conseil Militaire, avec qui tu pourras vider ton sac. Je serai avec vous, ou pas, c’est toi qui vois. Puis nous appelons Wally Post et nous te ramenons au fleuve. Ensuite, on verra comment ça évolue. »

« Euh, je me dis que je ne devrais pas poser la question, mais ce Wally a l’air bien au courant de ce que vous faites. Il est avec vous ou avec eux, je ne comprends pas ? »

« Wally, c’est le genre de personnage qui s’épanouit dans ce genre de situations, un type qui joue son jeu sur les deux tableaux et qui calcule les gains qu’il peut se faire d’un côté et de l’autre », répondit Zack. « Après la guerre, nous le pèserons sur la balance. S’il y a plus de poids de notre côté, nous lui donnerons une médaille. Dans le cas contraire, nous le fusillerons. »

« Bon sang, vous croyez vraiment pouvoir gagner ? » dit-elle sans acrimonie, mais avec étonnement.

« En ce qui me concerne, oui je le crois », fit Zack. « Au début, j’avais des doutes, mais plus maintenant. »

« Ah bon, tu n’y croyais pas, au début ? » s’exclama-t-elle. « Mais alors pourquoi, Zack ? J’imagine que c’est surtout pour te le demander que je suis venue. Pourquoi ? »

« Parce que c’est juste », lui répondit calmement Zack. « Au tout début, c’était une histoire qui concernait un ami, quelqu’un que tu as connu, où j’ai fait ce qu’il fallait pour continuer à me supporter. Mais j’aurais fini dans l’Armée de toute façon, Julie, parce que c’est juste. Je n’irai pas plus loin que ça, je ne suis pas sûr que tu puisses comprendre. Ce n’est pas pour te prendre de haut, mais je crois vraiment que c’est impossible. Tu n’as pas le vécu pour comprendre ça. Jusqu’à récemment, tout allait bien dans ta vie, ou aussi bien que le merdier ambiant le permet. Tu avais un bon boulot, prestigieux même, tu avais ta place dans le monde de ZOG, avec tous les petits extras qui vont avec. Tu avais ta carte de membre. Tu te conformais et le système te récompensait pour ta conformité, ce qui fait que je ne crois pas que tu puisse comprendre ce que c’est que de ne pas en être et de voir ça de l’extérieur, tout en sachant que ta couleur de peau et ton sexe t’interdiront à jamais l’accès au club. Nous sommes exclus des terres et du monde que nos ancêtres ont créés. Mais nous le reprenons, Julie. En partie, tout du moins. »

« Laissons de côté ma vie, mais crois-moi qu’elle n’est pas aussi belle et satisfaisante que tu l’imagines. Est-ce que tout tourne autour de ça ? Les dépossédés contre les possédants ? »

« Mmmm… C’est très simpliste dit comme cela, mais oui. Je me dis que toutes les révolutions tournent autour de cette question, finalement. L’élément déclencheur dans notre cas précis a été que les possédants sont franchement maléfiques, et que les dépossédés ont vraiment été volés de tout ce qui leur appartenait de droit. Mais, Julie, c’est la première fois que je te vois en dix ans et je n’ai pas envie de tout gâcher en te serinant un pamphlet politique », lui dit-il avec sincérité. « Le lycée d’Astoria, moi qui joue sur le terrain et toi qui danse sur les gradins, puis les virées sur le môle après avoir demandé à Ted d’acheter des bières pour nous et la petite bande, tout ça est bien fini. Toi, tu es la femme que tu es aujourd’hui, et moi, je suis l’homme que l’Irak et l’Amérique ont fait de moi, donc on va en rester là, d’accord ? Mais comment vas-tu, je veux dire, vraiment ? Est-ce que tu es heureuse ? Est-ce que la ville-lumière est toujours aussi brillante ? Est-ce que ça se passe comme tu l’avais voulu ? »

« Diantre, on dirait ma mère ! » rit-elle. « Je viens de subir le même questionnaire au rez-de-chaussée ! Dans la question suivante, tu vas sûrement me demander s’il y a un jeune homme dans ma vie ? »

« Ah, il y en a un ? » lâcha Zack. « Oh pardon, Julie, je m’égare. J’ai entendu parler d’un certain acteur… »

Julia secoua la tête. « Je préfère ne pas en parler, si tu veux bien. Ce n’est pas pour être impolie ou te remettre à ta place, Zack, détrompe-toi. Tu as le droit de savoir, même si notre histoire remonte à 14 ans. C’est que ce dont tu parles a été un sacré foutoir et j’ai du mal à croire que j’ai eu la stupidité d’accepter un rôle dans la pire histoire de drogué d’Hollywood qu’on puisse imaginer. Bon sang, j’ai dépassé les bornes de l’idiotie ! »

« D’accord, mais tu as vu l’embuscade et tu as eu le temps de faire le grignotin », dit Zack en riant.

« Hein ? » fit-elle. « Pas compris. »

« Laisse tomber, du jargon de la NVA »

« Eh bien, en fait, pour te répondre, je dois t’avouer qu’il n’y a pas beaucoup de bonshommes aptes au service dans ce monde-là, si tu vois ce que je veux dire. Mais bon, tout allait plutôt bien, jusqu’au jour où vous avez posé une pierre dans mon jardin et que le FBI s’en est mêlé, pour quelques nuits de passion adolescente il y a tant d’années », lui dit-elle. « Est-ce que je peux te poser une question qui me chiffonne? Comment diable avez-vous fait pour recruter une vedette comme Érica Collingwood, qui vous a rejoint en abandonnant tout ce qu’elle avait ? Je t’avoue que ça m’a vraiment mise sur le cul. »

« Mais comment pourrais-je le savoir ? » demanda Zack, riant de surprise. « Je suis un troufion de base, moi. Il faudrait demander à la Troisième Section. »

« La Troisième Section ? »

« La section de l’ombre de la NVA. Tout ce que je peux te dire, Julia, c’est que chacun rejoint les Volontaires pour des raisons différentes, mais qui sont toutes les mêmes. Des variations infinies sur le même thème. Les gens en arrivent au point où ils en ont plus que marre. Ils ne supportent plus le boniment américain. Mais au fait, dis-moi, quand est-ce que tu veux rencontrer le bonhomme du Conseil Militaire ? »

« Dès que possible », répondit-elle. « Ne m’en veux pas, Zack, mais j’aimerais faire ça au plus vite pour pouvoir rentrer. Je suis au bord d’un craquage nerveux de première division. »

« L’occasion fait le larron », dit Zack. Il ouvrit son téléphone et composa un numéro pré-enregistré. « Allô, M. Baron ? Est-ce que vous voudriez bien venir pour examiner les plans ? Ou alors demain, si vous préférez ? » Il écouta brièvement. « Très bien, à tout à l’heure. » Il raccrocha. « Il va venir nous voir. Il avait d’autres choses à faire dans le coin, d’ailleurs. »

« Mais euh, Zack, c’est la maison de ma mère », dit Julia, gênée. « Ne me dis pas que ma propre mère est embringuée dans vos trucs terroristes ! »

« Non, non, mais elle se souvient de moi et elle a toujours pensé, que, eh bien, elle… »

« Elle a toujours pensé que j’aurais dû t’attendre », soupira-t-elle. « Oui, Zack, je sais. Elle me l’a dit. Plus d’une fois, d’ailleurs. »

« J’ai essayé de lui expliquer que tu n’étais pas responsable de la promesse qu’ils nous ont faite quand je suis arrivé en Irak, nous disant qu’on pourrait revenir tous les quinze mois, et que j’ai fini par y passer quatre ans », dit Hatfield. « Et que la seule façon de rentrer a été de prendre des éclats d’obus à la jambe. Personne de sensé ne pourrait te demander d’attendre aussi longtemps quelque chose qui pourrait aussi bien ne jamais arriver. Ce n’est pas arrivé, Julia. Je ne sais pas si tu t’en es inquiétée, mais je veux que tu le saches. Je ne t’en veux pas. Nous sommes quittes, là-dessus en tout cas, quoi que tu penses de moi par ailleurs. »

« Oui, Zack, je m’en suis inquiétée. Et je suis heureuse de te l’entendre dire », répondit-elle.

« Julie », appela sa mère depuis le rez-de-chaussée. « Ted est là ! ».

« Bon Dieu ! » s’écria-t-elle dans un éclair de panique. « J’avais oublié qu’elle m’avais dit qu’elle l’appellerait ! Je vais descendre, et quand nous serons au salon, tu pourras te glisser par la porte de derrière ! »

« Pas besoin », rit Zack, ramassant sa Winchester et son chapeau à plume. « Ted et moi nous voyons assez souvent. Il faut bien. »

« Pardon ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? » glapit Julia. « Ne me fais pas marcher, tu veux ? Tu ne vas pas me faire croire que mon frère fait partie de ton, de ta bande ! »

« Non, non », l’assura Zack. « C’est un brave et honnête homme qui a été pris dans une situation impossible et qui fait au mieux son devoir dans ces circonstances. Je l’aide autant que possible, même si je dois reconnaître qu’il y a eu des moments assez tendus. Mais depuis trois ans, aucun policier du comté de Clatsop n’a été tué par la NVA, et comparé au reste du Nord-Ouest depuis le 22 octobre, c’est une sacrée réussite, dont nous pouvons être fiers. »

Julia descendit les marches et retrouva son frère dans le salon. Il devait être arrivé directement du travail, puisqu’il portait sa tenue de shérif. Il avait l’air fatigué. Il avait pris de l’âge, mais pas comme Zack. Julia se surprit à éprouver une grande joie de le voir, consciente que, dans la position où il était, la vie devait avoir pris un tour particulièrement dangereux. Ils s’embrassèrent avec entrain. Ted leva la tête et vit Hatfield dans l’embrasure de la porte, derrière elle. Il hocha brièvement la tête. « Zack », dit-il.

« Salut, Ted », répondit Hatfield.

Lear regarda sa sœur. « Julie, tu sais que je suis heureux de te revoir, plus que je ne saurais dire. Mais je dois dire que je suis un peu inquiet par certaines choses que Zack m’a racontées. Je suis bien content que tu aies pu échapper à tout ça en vivant ta vie en Californie. Mais il semble que tu as été embarquée dans cette mélasse, à un niveau dangereux qui plus est. Bon sang, gamine, tu joues avec le feu. Quelle mouche t’a piquée ? »

« Et toi, alors ? Tu n’as pas l’air moins embarqué que moi », fit-elle remarquer. « Dis donc, Ted, je ne veux pas faire ma mauvaise langue, mais tu es censé être le shérif dans le comté, et j’ai l’impression que tu fermes bien les yeux sur… » Elle fit un geste en direction d’Hatfield. « Mais bon sang, qu’est-ce qui se passe ici, Ted ? »

Lear soupira. « Tout est un peu embrouillé, Julie. Parfois, je ne suis pas sûr de bien comprendre moi-même, mais il y a quelque temps, j’ai dû me prendre la tête dans les mains et réfléchir sérieusement. J’ai dû déterminer si je devais être loyal à cette communauté, aux gens d’ici avec qui nous avons grandi, à cet endroit, notre foyer… ou à un gouvernement qui siège à trois cent mille kilomètres et qui n’a que faire de nous, à un empire qui n’a jamais rien fait pour nous, si ce n’est incorporer nos jeunes gens dans leur armée et inonder nos terres d’étrangers, parce que cela met des sous dans la cagnotte des types en costard. Des types si riches qu’ils n’ont pas besoin de l’argent qu’ils nous prennent, mais qu’ils prennent quand même, parce qu’ils le peuvent. J’ai choisi de faire ce que j’avais promis de faire quand j’ai prêté mon serment, protéger et servir les gens du comté de Clatsop, Oregon. Pas de guerroyer contre eux au nom d’un gouvernement sans foi ni loi. Ce n’a pas été facile, mais j’ai eu la chance de trouver un terrain d’entente avec Zack, nous avons parlementé et trouvé le moyen de protéger les gens du comté de toute cette horreur. Autant que possible, disons. »

« Je ne te jugeais pas, c’est que je trouve ça un peu dur à comprendre », dit Julia, secouant la tête.

« Mais dans quel genre de guêpier tu t’es fourrée ? » demanda Ted.

« Quelque chose du genre de ce que tu fais, toi », lui répondit-elle. « J’essaie d’arrêter le massacre, si une telle chose est possible. Tu es au courant de ce qui se passe à Los Angeles, dans le monde du cinéma et du divertissement ? »

« Je suis au courant », fit Lear, assombri. « Les médias disent que Cat Lockhart est de la partie. Ils ont trouvé une de ses cartes à la nuit des Oscars. »

« J’ai entendu la même chose. Il y a des raisons égoïstes qui me poussent à ça, Ted, je le reconnais. Ils m’ont mise sur liste noire et se sont arrangés pour que je ne puisse plus travailler. »

« Qui ça, ils, Julia ? » demanda calmement Zack. « Je le sais, tu le sais, Ted le sait, mais j’ai bien envie de voir si tu es capable de le dire. »

« Bon d’accord, si tu y tiens, les Juifs m’ont mise sur liste noire ! », décocha-t-elle. « Et je n’aurais jamais dit ça si vous n’aviez pas forcé la chose avec vos fusils et vos bombes ! »

« Bingo ! » fit Zack avec un petit rire. « C’est exactement pour cela que nous nous sommes révoltés. Même si l’on perd et qu’ils nous éradiquent, les Juifs ne pourront plus jamais faire comme si. Nous les avons mis au jour, une bonne fois pour toutes. »

Elle se retourna vers son frère. « Même si ça paraît banal, Ted, je veux vraiment arrêter le massacre et sauver Hollywood autant que possible. Certes, j’ai des doutes sur les messages qu’ils font passer. Je ne suis pas la seule, bien que personne n’ose le dire depuis longtemps. Peut-être que nous serons plus courageux désormais. Qui sait ? Peut-être que les terribles événements vont pouvoir servir de garde-fous à leurs tendances dégoûtantes. Je n’en serai pas malheureuse. Je m’occupe de beaucoup d’émissions pour enfants et je ne comprends pas l’intérêt de faire chanter des chansons sur les parties intimes des êtres humains à des choeurs d’enfants de six ans. Mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Peut-être que ces gens – oh, d’accord, les Juifs – s’ils ont physiquement peur d’écouler constamment leur flots d’ordures, pourraient nous laisser avoir voix au chapitre et créer des émissions valables. »

« Tout juste ! » fit Zack en opinant du chef. « Tu nous désignes comme des terroristes, Julia, mais dans l’histoire, le terrorisme est la réponse du faible au fort et, comme tu le vois, cela fonctionne. Nous sommes en train de changer le comportement de ceux qui sont au pouvoir, ils changent leur façon d’exercer le pouvoir et leurs cibles. Nous les forçons d’arrêter de faire ce qu’ils font. Souviens-toi de l’allure qu’avait la ville quand tu es partie, princesse. Combien de Mexicains as-tu vu en arrivant depuis l’embarcadère ? »

« Aucun », reconnut Julia.

« C’est nous qui l’avons fait », dit Hatfield avec une noire satisfaction. « Ce n’est pas le Congrès. Ni les élections. Ni la démocratie. Ni en signant des pétitions, en défilant dans les rues ou en discutant sur internet. Nous l’avons fait avec des balles, pas des bulletins de vote. Et tout le monde en ville s’en porte beaucoup mieux. Ted ne te dira pas le contraire. »

« Je reconnais que Zack et sa bande nous ont presque mis au chômage », dit Lear en soupirant. « À part les trucs de la NVA, la violence et le crime ordinaire sont presque inconnus ici. Auparavant, la prison du comté était remplie de Mexicains, on arrêtait tant de revendeurs de drogue, d’auteurs de crimedehaine, de gens qui avaient dit un mot de travers, de déviants sexuels bizarres, de voleurs ivrognes et de frapadingues, qu’il fallait les faire dormir sur des matelas dans les couloirs. Désormais, des semaines entières peuvent se passer sans personne derrière les barreaux. Tous les Mexicains, les non-blancs, les drogués et autres clients pénibles ont préféré mettre les voiles plutôt que de croiser la NVA. Quand aux autres, ils ont tous un boulot, un salaire et une vie beaucoup plus stable. Les plus grosses affaires que nous traitons, ce sont des incidents de trafic et quelques bagarres d’ivrognes au bistrot. On a même le temps de sauver le petit chat qui s’est encore piégé dans un arbre. Certains croient que le prix à payer pour la tranquillité et la prospérité est trop élevé, mais je ne le crois pas. Ils ont peut-être raison. Mais je sais que les gens du comté ne sont pas de cet avis. Et je sais ce que j’ai pensé quand j’ai appris ce que ces deux fils de pute du FBI t’avaient fait, Julie », conclut-il, sa voix se mettant à trembler de rage. « Ça m’a pris un sacré bout de temps avant de penser comme Zack. »

Avant que Julia ne put répondre, la sonnerie retentit. Zack ouvrit la porte. « Bonsoir, chef », dit-il. Un monsieur longiligne et plutôt chic, d’âge mûr, entra dans la pièce, vêtu d’un gilet vert clair. Il était suivi d’un homme de plus grande taille, portant un jeans et un gros automatique dans son étui d’épaule, sur sa chemise de travail. « Salut, Dex. »

« Bonsoir, capitaine », répondit-il. « Bonsoir, shérif. Madame Lear. »

« Contente de vous revoir, Henry », dit la mère de Julia.

« De vous revoir ? » dit Julia, le sourcil interrogateur.

« Je me suis entretenu avec le shérif et le capitaine Hatfield à plusieurs reprises ici même et votre mère nous a régalé une fois ou deux de ses bons petits plats » répondit-il. Il tendit sa main à Julia. « Vous devez être Julia Lear. Je suis Henry Morehouse. J’ai entendu dire que vous aviez un message à nous transmettre de la part des Galettes Jambon de la Ville des Paillettes. »

« Les Galettes Jambon ? » demanda Julia, étonnée.

« Les GJ », dit Zack. « Gros Juifs ».

« Bon sang, combien de sobriquets raciaux avez-vous inventé depuis que ça a commencé ? » demanda-t-elle, piquée de curiosité.

« Un nazi est quelqu’un qui ne dit jamais qu’il est désolé », fit Henry avec un petit rire. « Vous pouvez m’appeler Red, comme tout le monde. Toi aussi, Zack. Ce n’est pas une conférence formelle. »

« Mais venez donc vous asseoir dans le salon », dit la mère de Julia. « Vous voulez casser la croûte, Henry ? Et toi, Dexter ? Il me reste de la viande froide, je peux vous faire un sandwich. »

« Rien pour moi, je vous remercie », dit Morehouse. « Dex ? »

« Un sandwich, oui, bien volontiers, madame », dit Dexter. « Je vais faire un petit tour dehors. »

Ils rejoignirent le salon, où Ted Lear ouvrit le buffet pour en sortir un whisky. « Voici l’endroit magique où les rebelles sont cernés », dit-il malicieusement en se servant une rasade. « Nous n’avons aucun Ordre Opérationnel numéro dix pour nous narguer. Julia, tu préfères que je reste, ou est-ce qu’il s’agit d’un rendez-vous conspiratif auquel je ne tiens pas à assister ? »

« Euh… » Elle ne savait pas trop quoi répondre.

« S’il vous plaît, shérif, restez avec nous », dit simplement Morehouse. « Je me dis que Julia sera plus à son aise avec vous à ses côtés ». La mère de Julia apporta un plateau de canettes de boissons fraîches et de tasses de café, qu’elle posa sur la table basse avant de prendre congé. Hatfield posa sa Winchester dans un coin et son chapeau sur le canon.

« J’aimerais bien que tu me dises, pourquoi ce chapeau et cette antiquité ? » dit Julia.

« Mais ce n’est pas de la frime. Ce chapeau, je l’aime bien, et recharger avec le levier, ça me plaît », répondit Hatfield. « Les médias en ont parlé et c’est devenu comme qui dirait mon uniforme, ou mon costume plutôt. Comme la cape de Batman. Mais, évidemment, si je dois faire quelque chose sans me faire remarquer, je m’en passe. » Ils prirent place et Julia se servit un mélange whisky-soda.

« Zack m’a dit que vous étiez l’entremetteur avec qui je devais parler, Red ? » demanda-t-elle à Morehouse. « Est-ce que vous êtes habilité à faire une tractation pour arrêter le bain de sang à Los Angeles ? »

« Plus ou moins », lui répondit-il. « Je représente le Conseil Militaire de la NVA, qui est notre quartier général et le gouvernement de facto de la République, tant que nous n’avons pas bouté les forces d’occupation et établi un gouvernement conformément à la Constitution du Nord-Ouest. Le Conseil Militaire doit approuver tout accord éventuel, mais cette conversation n’est qu’une étape préliminaire et vous pouvez prendre pour argent comptant ce que je vous dirai ce soir. Nous avons déjà discuté entre nous des conditions acceptables pour une cessation de l’opération On Ne Rigole Plus. En fait, nous les avions établies avant même d’envoyer notre commando à Los Angeles, donc c’est tout réfléchi. Nous savions dès le départ ce que nous voulions. Si ces conditions sont réunies, nous sommes prêts à suspendre les hostilités contre votre industrie. À les suspendre, pas les interrompre. Pour le dire crûment, si les youpins essaient de nous doubler, on les renvoie au fond de leurs piscines, la tête en bas. Le Conseil Militaire a autorisé la mise entre parenthèses de l’Ordre Opérationnel numéro neuf pour je négocie directement avec vous, ou plutôt avec le cartel de dirigeants des studios qui vous ont envoyée ici. Je crois savoir que votre mission actuelle se limite à une prise de contact, mademoiselle Lear, ce qui est chose faite. Je vais vous résumer ce que nous voulons, mais dès que vous êtes de retour là-bas, votre rôle s’arrête là, au moins en ce qui nous concerne. Nous choisirons quelqu’un d’autre pour mener les discussions suivantes avec l’industrie du divertissement. »

« Voilà qui me va très bien ! » fit Julia. « Avant que vous m’exposiez vos conditions, je me permets de vous présenter celles des gens qui m’ont envoyée vous parler, ils en ont eux aussi, sans lesquelles l’industrie ne peut pas fonctionner. Tout d’abord, le cinéma et la télévision emploient des milliers de gens, directement ou indirectement, qui sont pour beaucoup des juifs, des noirs, des hispaniques, des homosexuels, et tant d’autres minorités. Ce serait illégal, du point de vue fédéral, de renvoyer ces gens au motif de leur race ou de leur orientation sexuelle, ce serait tout simplement impossible. L’industrie ne peut pas fonctionner sans eux. Ces gens veulent reprendre leur travail, pas se suicider économiquement. S’ils ne peuvent pas traiter avec vous, ils envisagent de camper sur leurs positions et de déménager toute l’industrie du divertissement dans un autre pays, Dieu sait où, mais quelque part où ils pourront faire des films sans être tués par un attentat à la bombe. Ils ne veulent pas le faire, mais comprenez bien qu’ils ne vont pas s’ouvrir les veines pour avoir la paix. »

« C’est quelque chose que nous comprenons », dit Morehouse en hochant la tête. « Vous venez de résumer l’essence même de notre stratégie, qui consiste à ne reprendre qu’une petite partie de ce qui fut jadis le patrimoine de notre race. Nous comprenons parfaitement que le pouvoir n’est pas prêt à nous céder toute la boutique de la côte Est à la côte Ouest, de nous laisser les clés de l’appareil étatique avant de se jeter à l’eau en trottinant. Mais ils peuvent être persuadés d’arrêter les frais et de nous laisser le territoire du Nord-Ouest que nous réclamons, s’ils s’aperçoivent que leur persistance à vouloir tout garder pour eux leur ferait risquer toute leur mise, parce que l’édifice entier qu’ils ont construit au siècle dernier menace de s’effondrer, avec eux au milieu. Nous voyons la même chose, en petit, dans l’industrie du film et de la télévision. Nous ne demandons pas aux gros Juifs de se faire le seppuku hébraïque. Je me permets d’anticiper une question : non, nous ne leur demandons pas d’argent, bien que cela soit tentant. Ce que nous voulons, c’est une aide généreuse qui touche à ce que vous appelleriez le contrôle créatif. »

« De quelle façon ? » demanda Julia, soupçonneuse.

« L’industrie du divertissement hollywoodien est sans doute l’arme la plus puissante, dans l’arsenal de ZOG », dit Morehouse. « En gros, c’est peut-être elle qui finira par avoir notre peau. La NVA a déjà prouvé qu’elle pouvait survivre à tout ce que l’Amérique lui jette à la figure, que ce soit la police, l’armée, ou autres forces armées. Nous sommes en train de briser les bandits LARDEU qu’Hillary nous a envoyés, il est assez clair qu’eux non plus ne pourront pas nous avoir. Mais si nous permettons que les Juifs qui contrôlent Hollywood et les médias façonnent les esprits, les attitudes et les perceptions des Américains à notre sujet, surtout des jeunes blancs, eh bien, non, nous ne pouvons le permettre. Nous ne le permettrons pas. Notre première condition est qu’Hollywood adopte une position de neutralité et d’équilibre en ce qui concerne les Troubles dans le Nord-Ouest. Si votre industrie veut survivre, elle doit mettre la crosse en l’air. Elle ne doit plus se ranger du côté du gouvernement et participer à l’effort de guerre contre le mouvement pour l’indépendance du Nord-Ouest. Ce qui veut dire : plus de sales films comme ces avortons de Patrie ou de Grand Nord Blanc, qui n’ont d’autre but que de salir et d’humilier notre peuple. Elle ne doit plus inciter à la répression en dépeignant comme des héros les assassins et les tortionnaires du FBI et des autres agences fédérales. Je vous assure, ce n’en sont pas. Ce sont des crottes sous les semelles de l’humanité, qu’il faut nettoyer à tout prix. Mais c’est quelque chose que vous avez appris de première main, si je ne me trompe pas. » Julia se crispa, se souvenant des coups de taser sur sa nuque.

« Et plus de petites piques lors des émissions du soir. Plus de crachat de venin dans la bouche des présentateurs de journaux télévisés. Plus de calomnies subtiles, ici, là et partout sur les écrans. Plus de ces clichés dépeignant les Blancs racialement conscients comme des lâches et des violents, des misogynes abrutis ou des violeurs, ou des outres à bières à dents noires. Nous ne voulons plus voir de soldats confédérés ou de soldats allemands dépeints comme des êtres cruels perpétrant des atrocités contre des nègres ou des juifs sans défense. Plus de pères de famille blancs sous les traits de bouffons à la Homer Simpson ou de pervers sexuels qui font des sévices sexuels à leurs enfants. Plus de cette régurgitation constante de la propagande de la Deuxième Guerre mondiale. Plus de balivernes sur l’Holocauste qui racontent des sornettes abominables sur des faits qui n’ont jamais eu lieu ! Les Juifs ont pu traire cette vache bien trop longtemps, la fantaisie horrifique s’arrête maintenant. Qu’ils se trouvent une autre vache à lait. » Morehouse se pencha en avant. « Mais je n’ai pas besoin d’aller plus loin, mademoiselle Lear. Vos patrons juifs savent très bien ce qu’ils font depuis un siècle, parce qu’ils le font en toute connaissance de cause. Mais maintenant, c’est fini. Ou alors, ils le paieront de leurs vies. »

« Euh… Je ne vois pas très bien comment tourner le message, monsieur, pardon, Red », dit Julia, marchant sur des œufs. « Est-ce que vous voulez mettre en place une sorte de comité de censure du genre code Hays, disant ce qu’il faut filmer et ce qui est interdit ? Comme la règle qui disait qu’un couple, même marié, devait être montré dans des lits jumeaux avec trente centimètres de distance entre eux ? Ou alors un bureau de censure comme le comité parlementaire contre les Activités non-Américaines des années 1950, qui voulait écarter les communistes de l’industrie ? »

« Aucune de ces choses n’a brillé par son efficacité, si je me souviens bien », fit remarquer Morehouse d’un ton sec.

« Pas vraiment, non », reconnut Julia. « Les créatifs n’aiment pas la censure, d’où qu’elle vienne. Vous savez bien qu’ils vont tourner la chose à leur avantage, en jouant avec les règles. Certains de ces types aiment vivre dangereusement, ils voudront voir jusqu’où ils peuvent aller sans se faire tuer. »

« J’imagine », fit Morehouse avec un rire un peu aigre. « L’arrangement ne sera pas parfait, je me dis que quelques-uns des gros bonnets vont se réveiller ici et là avec une tête de cheval dans le plumard. Ou une tête de juif. »

« Mais comment est-ce que ça pourra marcher ? » demanda Julia, fascinée par tout cela, bien qu’elle sût que Morehouse ne blaguait pas avec ses histoires de têtes de juif. « Comment l’industrie pourra-t-elle distinguer le casus belli de ce qui ne l’est pas ? »

« Je pense qu’ils sauront faire la différence », dit Morehouse. « Comme je l’ai dit, une bonne part de leur trucs anti-blancs a toujours été plus consciente que la plupart des gens ne le croient. Les Juifs sont tombés par inadvertance sur le plus parfait des véhicules pour exprimer leur haine ancestrale contre toute vie non-juive et toute valeur non-talmudique, et pour se venger des goyim détestés, en détruisant tout ce que nous tenons pour bon et sacré, y compris nos propres enfants. Il y avait autrefois beaucoup de belles choses en Amérique, mademoiselle Lear, dans la vieille Amérique qui était là avant que les Juifs ne mettent la main sur Hollywood. Mais ils ont retranché ces choses-là, et depuis cent ans, ils se servent de cette arme pour cracher sur cette vieille Amérique et sur la race qui pendant des siècles a refusé leur statut auto-proclamé de Peuple Élu de Dieu. Je crois que vos patrons savent très exactement de quoi je parle, et qu’ils savent que nous le savons. Ils savent ce qu’ils font, et ils doivent dorénavant arrêter ou périr. Mais vous ne serez pas impliquée dans cet aspect des choses, madame », poursuivit-il. « Ce que je voudrais, c’est que vous retourniez là-bas pour parler à celui qui vous a envoyée – était-ce Blaustein ? »

« Arnold Blaustein, oui, mais il a derrière lui une sorte de comité, ou de cartel comme vous dites », fit Julia. « Ce sont eux qui m’ont missionnée ».

« D’accord. Vous rentrez et vous résumez mon propos à Blaustein. Je voudrais aussi que vous donniez aux youtres un certain nom, le nom de quelqu’un que nous voudrions qu’ils embauchent en qualité de consultant. Si cela fonctionne, il faudra tout d’abord que cet homme soit entouré d’une totale discrétion et jouisse de l’anonymat le plus complet. Pas de ragots dans Variety, pas de blabla sur les sites des vedettes, rien de rien. La protection de sa vie et son identité sera du ressort des chefs des studios. Il ne devra être connu que des plus hauts cadres de l’industrie, d’une toute petite poignée de gens. Ils doivent comprendre que ces mesures sont dictées par notre intérêt commun. Il doit jouir d’une immunité complète contre l’arrestation, les interrogatoires, les enquêtes, la surveillance, les menaces, les tentatives de corruption, l’assassinat, la séduction par des starlettes lascives pour le compromettre, le poison dans la soupe, les poursuites pénales sans fondement et le harcèlement sous toutes ses formes. Qu’ils rangent toutes leurs astuces juives dans leurs malles. Ce monsieur n’est pas membre de la NVA et n’aura aucun contact avec la NVA, ce qui fait qu’il sera inutile de le filer, de le mettre sur écoute ou de faire ses poubelles. Il n’y a pas moyen de remonter de lui à la NVA. C’est tout simplement quelqu’un dont nous estimons qu’il pourra adéquatement représenter nos points de vue. Tout ce qu’il donnera aux magnats des studios, c’est son opinion sur la façon dont nous pourrions réagir à telle ou telle situation. Il fera de la divination, mais de la divination éclairée, très éclairée. Nous encourageons de la façon la plus expresse M. Blaustein et les siens à écouter cet homme et à se rendre à ses avis. Est-ce que vous avez bien suivi mon topo ? »

« Oui », dit Julia. « L’enveloppe, s’il vous plaît. »

« Je vous demande pardon ? » fit Morehouse.

« Son nom », dit Julia. « Vous ne suivez pas les Oscars ? Oh, pardon, c’est de mauvais goût par les temps qui courent. »

« De fait, j’ai regardé les Oscars pour la première fois cette année », dit Morehouse avec un petit sourire. « Le final était une tuerie. Ça, c’est du mauvais goût. Le gentleman devin s’appelle Barry Brewer. Vous avez peut-être entendu parler de lui. »

« Barry Brewer est l’agent d’Érica Collingwood ! » s’exclama Julia. « Et donc c’était ça qui… pardon. Eh bien disons, Red, que je leur donne le nom de Barry et qu’ils le balancent au FBI, ou qu’ils le fassent tuer. Ils pourraient vous mettre une tête de cheval dans votre lit, à leur façon. »

« Dans ce cas, il sera vengé », dit Morehouse avec calme. « Mais, avant de nous quitter, je voudrais vous donner un argument supplémentaire. La dernière fois que vous avez vu M. Blaustein, est-ce qu’il vous a demandé l’heure ? »

« Euh, non, pas à moi, mais à sa secrétaire », répondit Julia, curieuse. « C’était juste avant mon départ pour l’aéroport de Los Angeles. Il disait qu’il avait perdu sa Rolex. Il était vraiment dégoûté, c’était un cadeau d’anniversaire de sa femme, disait-il. »

« De Dorothy Blaustein, en effet. » Morehouse sortit une montre en or de sa poche et la lui tendit. « Ce truc-là n’est pas donné, c’est serti de diamants. Ça doit coûter dans les cinquante mille dollars. Comme vous pouvez le voir, il y a écrit « Pour Arnie, de Dotty » sur le dessous, avec la date. Cette pièce a été subtilisée dans son manoir de Berverly Hills, il y a quelques nuits de ça, pendant que lui et sa femme dormaient. Aucune alarme n’a sonné, les gardes n’ont rien vu et le chien n’a pas aboyé. Rendez-la lui et dites-lui qu’il serait sage de traiter M. Brewer avec toute la courtoisie et le respect qui lui est dû, sans faute. Ce n’est pas une tête de cheval, mais je pense qu’il saisira le message. »

* * *

Le téléphone portable de Zack émit un petit tintement. Il l’ouvrit et l’écouta pendant environ une minute, puis le referma. Un voile avait assombri son visage. « Merde », dit-il doucement. Il regarda Lear. « Ted, il va falloir que nous parlions. J’ai l’impression que notre bonne fortune a disparu. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda Lear.

« C’était la Brigade », leur dit Hatfield. « Ils confirment que nous allons devoir accueillir des touristes non désirés à Astoria. Les lardons arrivent, en force. »

Le shérif Lear parla le premier. « Mais personne ne m’a parlé de ça ! » protesta-t-il.

« Je sais bien, Ted. Sinon, tu n’aurais jamais laissé Julia venir chez sa mère », répondit Hatfield.

Morehouse prit la parole. « Si personne ne vous en a parlé, ni le ministre de la justice de l’Oregon, ni les feds, ni personne, c’est plutôt une mauvaise nouvelle pour vous. Cela signifie que les fédéraux considèrent que votre département est compromis, ce qu’il est, bien sûr, de leur point de vue. Et cela veut donc dire que les LARDEU ne sont pas seulement à nos trousses. Ils sont aussi aux vôtres, et à celles de votre famille, à celles de tous ceux qu’ils considèrent comme étant de votre côté. Les LARDEU pénètrent toujours un territoire avec deux listes dans leurs poches, shérif. La première est la liste des nationalistes supposés et des sympathisants de la NVA. Leurs listes sont parfois exactes, parfois moins. Je crois pouvoir dire que vous êtes sur cette liste, et peut-être votre mère et aussi Julia, au cas où la main gauche ne saurait pas ce que fait la droite, ce qui est assez souvent le cas dans ce gouvernement. La deuxième liste est celles des collaborateurs unionistes possibles, ou des Américains loyaux comme ils disent, des gens sur lesquels ils peuvent compter pour balancer leurs voisins à penchants nationalistes, tous ceux qui ont des attaches familiales avec des gens de la NVA, et ainsi de suite. »

« Nous avions un informateur dans ton département depuis le début, Ted… », dit Hatfield.

« J’ai fini par m’en douter », dit Lear avec aigreur. « J’ai été, disons, déçu par Chrissie ».

« On peut en conclure que le gouvernement a lui aussi placé quelqu’un au commissariat », dit Hatfield sans remords. « Nous trouverons son nom, une fois qu’ils t’auront renvoyé, interné, ou fait disparaître. Nous verrons qui sera le prochain shérif du comté de Clatsop. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui convoite ton poste, Ted ? Tu as un nom en tête ? »

« Peut-être bien, oui », répondit-il d’une voix très lasse.

« Eh bien, qui que ce soit, il sait que les LARDEU vont bientôt débouler et qu’ils vont remplacer la plupart des policiers du coin par des éléments sûrs, quand ils auront pris le pouvoir. Ce seront certainement des types des minorités qu’ils vont faire venir de l’extérieur. Ils vont faire la même chose à Seaside. Il semble que notre période de coexistence pacifique et parfois mouvementée tire à sa fin. On dirait bien que l’orage gronde. »

« Et merde ! » s’exclama Lear en poussant un profond soupir. « J’espérais que nous pourrions nous en sortir. Et qu’est-ce que je dois faire, moi, maintenant ? »

« Préparez-vous à l’invasion et à l’occupation », dit Morehouse avec équanimité. « Vous rentrez à votre bureau au commissariat et vous commencez le nettoyage. Détruisez toutes les archives, les correspondances, les courriels, les traces de connexion, les preuves, les expertises balistiques, toute chose que les fédéraux pourraient utiliser pour identifier des gens du coin et les arrêter. Reformatez les disques durs de vos ordinateurs. Libérez tous les prisonniers blancs de votre prison ; quoi qu’ils aient fait, les livrer aux bandits fédéraux en armures serait une punition trop lourde. Si quelqu’un proteste, ce sera sans doute la taupe. Traitez son cas selon votre bon plaisir. Sortez autant d’armes et de munitions que possible de votre armurerie au commissariat central et aux antennes locales. Cachez-les quelque part, que les LARDEU ne les trouvent pas et ne les utilisent pas contre les gens du coin, car c’est pour cela et pour rien d’autre qu’ils font leur invasion de singes. Appelez tous ceux qui méritent le nom de dirigeants locaux et dites-leur de sonner le tocsin. En priorité, tant que c’est possible, sauvez les enfants. Dites-leur de mettre en sûreté leurs gamins où ils peuvent, même si c’est en-dehors du Nord-Ouest. C’est le Talon de Fer, Ted. Il vient pour écraser et pour saigner toute résistance à la tyrannie de Washington, DC. Préparez-vous comme si un tsunami allait vous tomber dessus. Si j’étais vous, je préférerais ne pas être là quand nos seigneurs et maîtres arriveront dans votre bureau dans leurs voitures noires blindées. Ils viendront sans doute vous tuer. »

« Dieu du Ciel ! » gémit Julia.

« Julia, pour en revenir à votre mission, vous devriez mettre les voiles au plus vite. Ce soir », dit Morehouse. « Zack, je sais que tu as un million de choses à faire, mais avant toute chose, passe un coup de fil à ce furet de Wally et ramène la à l’embarcadère et sur son bateau pour Portland. »

« C’est comme si c’était fait », dit Zack en ouvrant son téléphone.

« Je vais la reconduire », dit Ted. « Il me semble que j’ai du travail qui m’attend au commissariat, c’est sur mon chemin. »

Morehouse regarda Julia d’un air grave. « Julia, je dois vous demander de ne rien dire de précis à Wally Post au sujet de votre départ précipité. Dites-lui seulement que vous avez eu une fâcherie d’amoureux avec Zack, ou quelque chose dans le style. » Julia ne put s’empêcher d’émettre un petit gloussement. « Nous ne savons pas dans quel camp il joue, le sien probablement, mais le laisser détenir une petite information est on ne peut plus dangereux. Il pourrait tenter de se faire de l’argent en révélant aux lardons ce qu’il a appris, ce qui peut se solder par une hécatombe. Votre frère et Zack pourrait y rester. »

« Je ne dirai rien », dit Julia, secouant la tête. « Heureusement que je n’ai pas défait ma valise. »

« Merci, madame », dit Morehouse d’un ton grave.

Zack se dressa sur son séant. « Bon, j’y vais. Vous devriez faire comme moi, Red. J’imagine que le Conseil Militaire ne voudrait pas vous voir traîner dans le coin. »

« Si tu le permets, j’aimerais rester un peu et faire mon possible pour aider, tant qu’on ne m’ordonne pas explicitement de faire le grignotin », dit Morehouse.

« Comme vous voudrez. Géraldine, c’est toujours un plaisir de vous voir », dit Hatfield à Mme Lear. « Et je suis désolé que ce ne soit pas dans de meilleures circonstances. »

« Ça viendra, mon garçon », dit la vieille dame calmement. « Pour le moment, faites ce qu’un homme doit faire, tout comme toi, Ted. Je n’ajouterai pas que je vais prier pour vous deux. Et pour vous, Henry, même si vous êtes un nazi athée. »

« Nazi agnostique, madame », dit Morehouse, en se levant.

Hatfield se tourna vers Julia, qui se levait elle aussi. « Julie, c’était bon de te revoir. Dommage que cela passe si vite. N’attendons pas quatorze ans la prochaine fois. » Il se pencha et lui fit une bise sur le front. « Prends bien soin de toi ». Il prit son fusil et remit son chapeau, tourna les talons et se dirigea vers la porte. Il se retourna pour la regarder et sous la lumière de l’entrée, il vit des larmes perler à ses yeux.

« C’est comme l’Irak, encore une fois », murmura-t-elle. « Je ne veux pas que tu meures. J’ai peur de recommencer comme à l’époque, de me forcer à oublier pour finir par apprendre que tu es mort. Maintenant que je t’ai revu, je ne veux pas revivre ça. C’est trop long et ça me fiche des cicatrices partout. Je ne veux plus revivre ça. »

« Avant que tu n’arrives, je me demandais si j’allais t’en parler », répondit-il calmement. « Et puis cette autre affaire est arrivée, qui m’a rappelé que je ne devrais pas. Mais qu’importe ! S’il est un jour possible de se revoir dans un contexte normal, il y a deux ou trois choses dont je voudrais te parler. J’imagine que tu devines. »

« Oui, je sais », lui dit-elle.

« Eh bien, ce moment, ce n’est pas maintenant. Je pense ce que je t’ai dit. Prends soin de toi, ma douce. » Il se pencha et l’embrassa à nouveau, mais cette fois-ci doucement sur la bouche. Et il tourna les talons pour s’enfoncer dans la nuit.

Auteur: Basile

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2 Commentaires sur "Harold Covington – La Brigade : Chapitre 24 (quatrième partie)"

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Jacot
23 février 2017 7 h 38 min

Ah, et il faut attendre mercredi prochain ! En tous cas, merci Basile pour nous donner, par cette traduction de bons moments avec de l’humour, de l’amour, de l’action en faveur de notre race…
RAHOWA !

Waffen-SS
23 février 2017 21 h 04 min

Merci Basile.

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