Culture de la Critique : Chapitre 1, Introduction et théorie (première partie)

Blanche Europe vous propose la traduction de l’un des grands ouvrages de Kevin MacDonald : Culture of Critique. L’auteur y propose une analyse d’une rigueur appréciable du rôle et de l’influence des Juifs dans la culture dominante des sociétés non-juives occidentales. La traduction sera présentée comme le sont les romans de Covington et de Pierce – une nouvelle partie de l’oeuvre sera présentée chaque semaine. (Les mises en gras sont de notre fait.)


Chapitre I – Les Juifs et la critique radicale de la culture des Gentils : Introduction et théorie

Pendant 1500 ans, la société juive a surtout œuvré à la production d’intellectuels. Elle était en mesure de les soutenir ; de riches commerçants pouvaient épouser des filles d’érudits. Puis, soudainement, au tournant des années 1800, cette formidable et ancestrale usine à intellectuels s’est mise à diversifier ses débouchés. Au lieu d’injecter toute sa production dans le milieu fermé des études rabbiniques, une part de celle-ci, qui n’a cessé de grossir depuis, a été redirigée vers le monde sécularisé. Cet événement est d’une importance capitale dans l’histoire du monde. (A History of the Jews, Paul Johnson 1988, 340-341)

L’un des thèmes importants de Separation and Its Discontents (ci-après SAID) était la manipulation de l’idéologie à des fins de rationalisation de certaines formes du judaïsme, d’interprétation de l’histoire et de lutte contre l’antisémitisme. Le présent ouvrage constitue, à plusieurs égards, un approfondissement de ces thèmes.

Toutefois, les mouvements intellectuels et l’activité politique traités dans cet ouvrage se sont généralement produits dans l’ensemble du monde intellectuel et politique et n’avaient pas pour dessein la rationalisation de certaines formes du judaïsme évoquée plus haut. Ils doivent plutôt être vus, de manière plus globale, comme des tentatives de critique culturelle et, en certaines occasions, comme un moyen d’influence de la culture de la société en général de manière à la rendre plus conforme aux intérêts juifs.

Il n’est pas question ici de spéculer sur un « complot » juif général ayant pour but de détruire la culture des Gentils, tel qu’évoqué dans les célèbres Protocoles des Sages de Sion. Depuis l’époque des Lumières, le judaïsme n’a été ni unifié, ni homogène ; il y a eu, depuis cette époque, de nombreux points de discorde au sein de la communauté juive en ce qui concerne la façon de se protéger en tant que peuple et de faire prévaloir leurs intérêts.

Les mouvements dont cet ouvrage fait l’objet (anthropologie Boasienne, radicalisme politique, psychanalyse, École de Francfort et Intellectuels de New York) n’ont été embrassés que par peu de gens dont la communauté juive ne connaissait pas ou ne comprenait pas les points de vue. La thèse défendue ici consiste à affirmer que ces mouvements intellectuels ont été dominés par les Juifs, que la pensée de la plupart de ceux qui ont pris part à ces mouvements fut caractérisée par un fort sentiment identitaire juif et que ces mêmes personnes ont, de par leur engagement, agi dans l’intérêt de la communauté juive.

Il n’y a donc rien, dans ce qui est évoqué plus haut, qui indique que le judaïsme est un mouvement unifié ou que toutes les couches sociales de la communauté juive ont été impliquées dans ces mouvements. Les Juifs peuvent représenter un élément majeur, voire nécessaire au sein des mouvements politiques radicaux ou des mouvements issus des sciences sociales, et leur judéité peut être fortement compatible avec ceux-ci ou même faciliter leur développement sans que la majorité des Juifs n’y prennent part.

Conséquemment, la question des effets de l’influence juive sur la culture des Gentils est indépendante de la question de la proportion de la communauté juive ayant été impliquée dans les mouvements visant la destruction de la culture des Gentils. Il est important d’établir cette distinction, car, d’une part, les antisémites ont souvent, de manière implicite ou explicite, considéré que l’implication juive dans les mouvements politiques radicaux s’inscrivait dans le cadre beaucoup plus large d’un complot juif dans lequel étaient aussi impliqués de riches capitalistes juifs ainsi que les Juifs à la tête des différents médias, du monde académique et de tant d’autres domaines de la vie publique.

D’autre part, les Juifs ayant tenté de désamorcer l’antisémitisme résultant de leur prééminence dans plusieurs mouvements politiques radicaux ont souvent argué qu’une faible part de la communauté juive y a été impliquée et que des Gentils y ont également pris part. Ainsi, par exemple, la réponse typique de l’American Jewish Committee (ci-après AJCommittee) au cours des années 1930 et 1940 à la question de la prééminence des Juifs dans les mouvements politiques radicaux était de mettre l’emphase sur le fait que la grande majorité des Juifs n’étaient pas des radicaux. Néanmoins, au cours de cette même période, l’AJCommittee a entrepris de combattre le radicalisme au sein même de la communauté juive (e.g., Cohen 1972).

L’AJCommittee reconnaissait implicitement que les affirmations stipulant que seule une minorité de la communauté juive est radicale était, bien que véridique, sans rapport avec la question de (1) l’identité juive qui peut être fortement compatible avec les mouvements politiques radicaux ou même faciliter leur développement, (2) du fait que les Juifs représentent un élément majeur, voire essentiel des mouvements politiques radicaux et (3) des effets sur la société des Gentils résultant de la prééminence juive au sein des mouvements radicaux (ou des autres mouvements intellectuels juifs traités dans cet ouvrage) qui peuvent être vus comme une conséquence du judaïsme en tant que stratégie collective évolutionniste.

De la même façon, le fait que la plupart des Juifs d’avant 1930 n’étaient pas sionistes, du moins pas ouvertement, n’implique sans doute pas que l’identité juive était sans rapport avec le sionisme, ou que les Juifs n’exerçaient pas une influence considérable sur le sionisme, ou que le sionisme n’avait pas d’effet sur les sociétés des Gentils, ou que certains Gentils ne soient pas devenus d’ardents défenseurs de la cause sioniste.

Le radicalisme politique a représenté un choix parmi d’autres pour les Juifs dans le monde d’après le siècle des Lumières, et cela n’implique pas que le judaïsme constitue un groupe homogène et unifié dans ce monde d’après le siècle des Lumières. Que les Juifs aient eu une plus grande propension que les Gentils à adopter le radicalisme politique et qu’ils aient exercé une influence majeure dans certains mouvements politiques radicaux sont ainsi des faits d’une grande pertinence pour le présent ouvrage.

Que certains Gentils aient été impliqués dans ces mouvements n’est pas non plus surprenant. Au niveau théorique, ma pensée s’appuie une fois de plus sur une interprétation évolutionniste de la théorie de l’identité sociale (voir SAID, Ch.1). Les Gentils peuvent être tentés par les mouvements politiques et intellectuels qui sont préconisés par les Juifs essentiellement pour les mêmes raisons, c’est-à-dire des raisons d’identification sociale et de compétition intergroupes.

Par exemple, les intellectuels Afro-américains ont souvent été attirés par les mouvements intellectuels de gauche et par la mise en avant des facteurs environnementaux pour expliquer les différences de QI observées entre les différents groupes raciaux, au moins en partie du fait de leur perception de l’animosité des Blancs à leur égard et de l’implication d’infériorité génétique qui y est sous-jacente.

De façon analogue, je défends l’idée que l’antisémitisme a constitué une force motrice pour de nombreux intellectuels juifs. Il y a également lieu de rappeler que l’estime de soi, en tant que force motrice, constitue l’un des fondements de la théorie de l’identité sociale.

Les gens qui, pour une raison ou une autre, se sentent opprimés par un système sociopolitique donné se portent vers les mouvements qui critiquent ce système, blâment les autres pour leurs propres problèmes et qui justifient généralement la perception positive qu’ils ont d’eux-mêmes et de leur groupe ainsi que la perception négative qu’ils ont de ceux n’appartenant pas à leur groupe.

L’identité juive et le combat contre l’antisémitisme font partie intégrante de chacun des mouvements intellectuels et politiques que je traite dans le cadre de cet ouvrage.

Par ailleurs, lorsque les Juifs auront atteint l’hégémonie sur le plan intellectuel, il ne faudra pas s’étonner de voir que les intellectuels juifs exerceront une certaine attraction sur les Gentils en tant que groupe socialement dominant et prestigieux et comme une entité recelant de ressources de grande valeur.

Une telle perspective s’inscrit bien dans une perspective évolutionniste de la dynamique des groupes : Les Gentils visant les plus hauts niveaux hiérarchiques intellectuels seraient ainsi attirés par les caractéristiques des personnes occupant les plus hauts niveaux hiérarchiques, particulièrement s’ils considèrent cette hiérarchie comme perméable.

Le Gentil William Barrett, éditeur de Partisan Review, a fait part de son « admiration » pour le groupe New York Intellectuals (un groupe majoritairement composé d’intellectuels juifs présenté et discuté au Chapitre 6) très tôt dans sa carrière. « Je percevais en eux un prestige à la fois étrange et mystérieux » (Cooney 1986, 227). Partisan Review était un journal phare de ce mouvement intellectuel très influent et a eu une incidence décisive sur le succès ou l’échec dans le monde littéraire. Leslie Fiedler (1948, 872, 873), lui-même un membre de New York Intellectuals, a présenté toute une génération d’écrivains juifs américains (dont font notamment partie Delmore Schwartz, Alfred Kazin, Karl Shapiro, Isaac Rosenfeld, Paul Goodman, Saul Bellow, et H. J. Kaplan) comme « représentative des Juifs de seconde génération, généralement urbains. Les travaux de ces écrivains ont régulièrement été publiés dans Partisan Review, et Fiedler a mentionné que « l’écrivain tiré de sa province pour se rendre à New York se sent comme un péquenaud et essaie tant bien que mal de se conformer aux normes de son nouvel environnement ; et la quasi-parodie de la juiverie réalisée par l’écrivain gentil à New York est un témoignage de notre époque à la fois étrange et crucial ».

Près de la moitié de l’échantillon d’intellectuels prestigieux d’après la seconde guerre mondiale réalisé par Kadushin (1974, 23) était composée de Juifs. L’échantillon était composé de ceux ayant contribué le plus fréquemment aux principaux journaux et ayant par ailleurs été considérés comme parmi les plus influents par d’autres intellectuels. Plus de 40% des Juifs de cet échantillon ont été désignés comme les plus influents à au moins six reprises [ndt : par au moins 6 personnes différentes], comparativement à seulement 15% des non-Juifs de ce même échantillon (p.32). Il n’est donc pas surprenant que Joseph Epstein (1997) considère qu’être Juif, au cours des années 1950 et au début des années 1960, était un « honneur » dans la communauté intellectuelle en général. Les intellectuels gentils « ont scruté à la loupe leurs arbres généalogiques dans l’espoir d’y trouver des ancêtres juifs » (Epstein 1997, 7).

Dès 1968, Walter Kerr écrivait ainsi que « ce qui s’est produit depuis la seconde guerre mondiale est que les sensibilités américaines sont devenues en partie juives, peut-être même dans une proportion égale à tout ce qu’elles sont par ailleurs… L’esprit intellectuel américain en est venu, dans une certaine mesure, à penser de manière juive. Cela lui a été enseigné, et il y était prêt. Après les artistes et les romanciers vinrent les critiques, politiques et théologiens juifs. Les critiques, politiciens et théologiens sont, de par leur profession, des meneurs ; ils construisent des façons de percevoir [les choses]. »

Selon mon expérience personnelle, ce statut honorifique des intellectuels juifs fait consensus parmi mes collègues et est mentionné, par exemple, dans les récents travaux d’Hollinger (1996, 4) sur la « transformation de la démographie ethno-religieuse du monde académique américain par les Juifs » au cours de la période allant des années 1930 aux années 1960.

Finalement, il est important de souligner que des Gentils ont souvent été activement recrutés par les mouvements discutés dans le cadre de cet ouvrage et se virent accorder des postes leur conférant beaucoup de visibilité, cela dans le but d’atténuer les apparences de mainmise juive sur ces mouvements ou pour ne pas que l’on croie que ces mouvements sont avant tout des instruments au service des intérêts juifs.

Du point de vue de la théorie de l’identité sociale, une telle stratégie vise à ce que les Gentils voient les mouvements intellectuels et politiques comme étant accessibles aux non-Juifs et, qui-plus-est, conforme à leurs intérêts. Tel qu’indiqué dans SAID (Chapitres 5, 6), la rhétorique de l’universalisme et le recrutement des Gentils en tant que défenseurs des intérêts juifs ont été utilisés de manière récurrente dans le cadre du combat contre l’antisémitisme, et ce tant dans le monde moderne qu’en des temps plus anciens.

Il faut également garder en tête que l’efficacité et l’importance historique de l’implication juive dans les mouvements étudiés dans le cadre de cet ouvrage sont sans aucun doute largement disproportionnés par rapport au nombre de Juifs effectivement impliqués. Par exemple, même si, au cours de certaines périodes spécifiques de l’histoire, les Juifs n’ont pu représenter qu’une petite minorité au sein des mouvements politiques radicaux ou des mouvements intellectuels, ils ont également pu constituer une condition nécessaire de l’efficacité et de l’importance historique de ces mouvements. Les Juifs qui devinrent radicaux le doivent à leur QI élevé, leur ambition, leur résilience, leur éthique de travail et leur capacité d’organiser et d’être impliqués dans des groupes à la fois cohésifs et hautement impliqués [dans leur domaine d’activité](voir PTSDA, Chapitre 7). Comme le souligne Lindemann (1997, 429) à propos des Juifs bolcheviques «faire référence aux Juifs en termes de leur nombre ou de leur proportion dans un groupe a pour effet de gommer certains facteurs qui, bien qu’intangibles, n’en sont pas moins importants : les très grandes capacités oratoires des Juifs Bolcheviques, leur énergie et leur force de persuasion. » Les Juifs sont souvent nettement au-dessus de la moyenne pour ce qui est de ces caractéristiques, et ces caractéristiques ont été d’une importance majeure pour le judaïsme au cours de l’histoire dans le cadre d’une stratégie évolutionniste de groupe.

Écrivant à propos des Juifs radicaux américains, Sorin (1985, 121-122) a remarqué leur ardeur au travail et leur implication, leur désir de marquer l’histoire et leur aspiration à devenir plus puissants à l’échelle mondiale, à se promouvoir eux-mêmes et à obtenir l’approbation du public – des caractéristiques qui favorisent toutes l’ascension sociale. Ces activistes sont ainsi devenus plus puissants et plus efficaces que les différents groupes de Gentils qui s’étaient « prolétarianisés » de façon analogue. « Un prolétariat juif, conscient des intérêts de sa classe sociale et de son identité culturelle, s’est progressivement développé, et avec lui se sont également développés l’activisme et l’organisation » (Sorin 1985, 35).

Sorin (1985, 28) reconnaît l’affirmation voulant que la moitié des révolutionnaires en Russie, en 1903, était juifs et souligne que le militantisme de la classe ouvrière juive, lorsqu’exprimé en termes de nombre de grèves et de temps de travail perdu, était trois fois plus important que celui de n’importe quel autre groupe de la classe ouvrière européenne entre 1895 et 1904 (p. 35). Au sein des cercles gauchistes, les Juifs étaient considérés comme étant à l’avant-garde de ce mouvement. Lorsque ce groupe de Juifs, par ailleurs influent, s’est radicalisé, cela a, sans surprise, eu des répercussions importantes en Europe et en Amérique du Nord. En plus d’être radicaux, ces Juifs formaient un groupe de gens talentueux, intelligents et dévoués à leur cause. De façon analogue, Hollinger (1996, 19) souligne que les Juifs ont pu exercer davantage leur influence que les catholiques au cours de la période du déclin de la culture protestante autrefois dominante aux États-Unis, du fait de leur richesse, de leur statut social et de leurs compétences dans l’arène intellectuelle.

Auteur: Lothar

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5 Commentaires sur "Culture de la Critique : Chapitre 1, Introduction et théorie (première partie)"

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19 février 2017 19 h 53 min

Ah ! Bravo et merci Lothar !

C’est passionnant.

20 février 2017 14 h 48 min

Bravo pour la traduction, c’est toujours intéressant de faire de grande traduction comme ça. Super boulot !

ledud1
20 février 2017 22 h 32 min

Judicieux de mettre en gras ce qui saute aux yeux.
Des recoupements par discernement que semble s’interdire l’auteur…

Pakounta
21 février 2017 13 h 51 min

Voilà une initiative passionnante. Je l’ai lu en anglais, mais une traduction en français est vraiment la bienvenue !

Jacot
23 février 2017 22 h 46 min

Ça se lit et ça se relit ! Merci Lothar !

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