Harold Covington – La Brigade : chapitre 5 (quatrième partie)

On peut retrouver ici le sommaire du roman.

Chapitre V : À la chasse aux chasseurs – quatrième partie

Tard dans la soirée, enfin de retour au commissariat, le shérif Ted Lear s’assit dans sa chaise pivotante et, frappé d’accablement, s’enfouit la tête dans les mains. D’abord l’assassinat des Goldman, puis les deux agents du FBI tués dans son comté, c’était une journée de fou. Le Bureau avait héliporté une force d’action rapide de cinquante hommes lourdement armés, des escouades de police scientifique et quelques sinistres personnages en costume, arrogants et furieux. Ils l’avaient dédaigneusement écarté, lui et ses hommes, et pétaradaient tous azimuts. Lear n’était pas tenu au courant de la progression de l’enquête, sachant seulement que les agents fédéraux défonçaient des portes et agitaient leurs armes dans tout le comté de Clatsop, et que cela allait empirer.

Mais la pire de toutes les nouvelles, c’était que l’agent Rabang Miller ne s’était pas trompée. Cette folie n’existait pas loin là-bas, à la télé, mais elle était ici, à Astoria, à Seaside, dans son monde. Irrésistiblement, son sens du devoir lui indiquait qu’il avait quelque chose à y faire, et qu’il en mourrait probablement. Mais au nom du Ciel, qu’arriverait-il à sa femme et à ses enfants quand il serait parti ?

Il soupira et décrocha son téléphone. Il tapa une série de numéros. Les trois premiers appels n’eurent pas de réponse. Dans le tiroir de son bureau, il prit un vieux carnet d’adresse et trouva un dernier numéro à appeler, celui d’un téléphone portable. A la quatrième tonalité, la voix de Zack Hatfield répondit. « Il faut qu’on parle », dit Lear sans cérémonie. « A minuit, tu sais où. »

« Nous venons seuls, toi et moi », dit Hatfield. « Si je vois le début de l’ombre de quelqu’un d’autre, on met les voiles tous les deux. Je parle sérieusement, Ted. »

« Tu ne me fais pas confiance ? » demanda Lear.

« Je suis censé te croire ? »

« Je serai là à minuit. Seul. Viens ou pas, c’est toi qui vois. » Lear raccrocha.

La pluie avait cessé de tomber et la nuit s’était éclaircie d’étoiles, lorsque Lear gara sa voiture personnelle dans l’aire de stationnement du stade du lycée d’Astoria. Il avait remis ses vêtements civils dans le vestiaire du commissariat, n’oubliant pas son arme automatique placée dans son étui d’épaule, et l’autre pistolet, plus petit, dans son étui de ceinture. Est-ce qu’il serait vraiment capable de me tuer ? se demanda-t-il. Crétin, bien sûr que oui. C’est Zack. Le fond de l’air avait momentanément tiédi, sous l’effet de quelque courant océanique au grand large, et il faisait doux, presque comme au printemps.

Lear sortit de sa voiture et marcha jusqu’aux gradins du petit stade. La pelouse avait conservé les lignes tracées à la chaux de la saison passée de football américain et les poteaux de but étaient encore en place ; les employés n’avaient pas encore aménagé le terrain pour la saison de football anglais du printemps. Il aperçut un mouvement dans l’ombre, sous les gradins, qu’il ignora. Il monta quelques étages et s’assit. « Tu montes ou tu restes en bas ? » demanda-t-il d’une voix forte.

Hatfield monta les marches et prit place à gauche de Laer, sur la même rangée, mais à une distance prudente. Lear vit qu’il était coiffé du chapeau à larges bords qu’il associait vaguement au parti de la révolution, désormais illégal. « Joli chapeau ».

« Merci. Tu es équipé ? » demanda Hatfield.

« Bien sûr », répondit Lear. « J’ai affaire à un tueur. Et toi ? »

« Évidemment », dit Hatfield. « J’étais sûr que c’était ici. Nos premiers bons souvenirs ensemble. »

« Mais je défendais l’honneur de ma sœur », répondit Lear, un peu vexé.

« Ah oui c’est vrai, tu m’as mis un pain dans la gueule, et après elle t’a giflé », rit Zack, tout à son souvenir. « Tu croyais que je l’avais amenée de force, là-bas sous les gradins. Tu as des nouvelles de Julia ? »

« Oui, tous les deux mois elle me passe un coup de fil. »

« Elle habite toujours à la ville-lumière, avec les vedettes du cinéma ? » demanda-t-il.

« Toujours à Burbank, oui ».

« Elle s’est mariée avec un acteur, non ? »

« Presque, mais elle a fini par lui demander de choisir entre elle et la cocaïne. La cocaïne a gagné, et ils ont rompu », lui dit Lear.

« Elle a du bon sens », confirma Hatfield. « Elle en a toujours eu. Diantre ! Elle a eu le bon sens de ne pas se marier avec moi. »

« Grâce à Dieu oui, vu les derniers événements… » fit Lear. « Au nom du Ciel, Zack, qu’est-ce que tu fabriques ? Tu as perdu la raison ? Foutrediable ! Où est-ce que tu crois que ça va te mener ? »

« Ce que je fabrique ? Je vais changer le monde, ou bien mourir en essayant de le faire », dit Hatfield d’une voix égale. « La deuxième possibilité est la plus vraisemblable, mais c’est ce que je veux faire, Ted. »

« Pardi ! Et tu ne la verras même pas venir ! » rétorqua-t-il.

« Tu vas me flinguer, c’est ça ? »

« Bon sang, mais qu’est-ce que tu crois, Zack ? » cria-t-il. « Tu sais bien que la prochaine fois qu’on se rencontre, je vais devoir te coffrer, nom d’un chien. »

« Dans ce cas-là, Ted, tu sais ce que j’aurais à faire. Tu penses que tu pourras me choper ? Laisse tomber, on ne joue pas à qui a la plus grosse. Peut-être bien que tu pourras. Peut-être que ce n’est pas dit. Je te préviens seulement. Mais je ne crois pas que ça doive se passer comme ça. »

« Tu essayes de me recruter dans ton petit club de terroristes, Zack ? » demanda Lear d’un air las. « Reprends-toi, tu me connais mieux que ça ».

« Non, non », dit Hatfield. « Ted, je vais te dire comment on va procéder à partir de maintenant. »

« Toi, tu vas me le dire ? » répliqua-t-il, incrédule.

« Ben ouais, parce que c’est comme ça que ça marche dans le Nord-Ouest aujourd’hui », répondit Hatfield d’une voix calme, mais pleine d’autorité. « Le gouvernement des États-Unis et le gouvernement de l’Oregon et ces satanés sous-préfets du comté ne dominent plus sur ces terres. Maintenant, c’est nous. La République Américaine du Nord-Ouest est née le 22 octobre à Cœur d’Alene et le Conseil Militaire est désormais le gouvernement légitime, sous l’état d’urgence qui a été déclaré par le gouvernement provisoire de cette république. »

« Foutaises ! » cracha Lear. « Vous n’êtes qu’un ramassis de psychopathes en maraude qui cassent du bronzé dans les rues ! »

« En effet, c’est ce que diront les livres d’histoire si nous perdons », concéda Hatfield avec courtoisie. « Pour ce qui est de faire des descentes pour casser du bronzé dans les rues, j’aimerais que ce soit si simple. On buterait un nombre x de rastaquouères et de haricots rouges, avant de rentrer tous à la maison pour se poser sur le canapé comme des grosses patates et regarder la télé comme avant. Mais ce n’est pas si facile. Notre but n’est pas de tuer des gens, mais de délivrer des gens, nos gens à nous, les Blancs, d’un gouvernement et d’une société qui sont devenus absolument intolérables et moralement indéfendables, pour construire quelque chose de nouveau et de mieux à la place.

A quoi tout ça va nous mener ? Ça nous y mène déjà, ce sera une guerre civile entre Blancs, peut-être aussi dure que celle de 1861. Mais cette fois-ci, nous allons la gagner. Ne me demande pas comment je le sais, Ted, mais j’en suis sûr. Je me dis que Dieu n’aurait pas permis que nous allassions aussi loin, s’Il avait voulu que la race blanche disparût de la terre. Mais en voilà assez. Au fond, la loi, le droit et l’Etat sont fondés sur de la violence organisée. Tout le reste n’est que de l’habillage. Or donc, il me semble que notre camp va être plus performant dans ce métier que le tien, mais nous verrons bien. »

« Ne t’en fais pas pour ça», fit Lear, froidement.

« Je ne te demande pas quel est ton camp, Ted. Je le sais déjà. Mais je suis venu te dire que tu as une certaine liberté. Toi et tes gardiens de la paix, vous pouvez rester à l’écart. Vous pouvez protéger et servir du mieux possible pendant qu’une guerre civile fait rage autour de vous, mais tant que faire se peut, vous devriez rester en dehors de tout ça. La NVA vous aidera, elle restera en contact avec vous, de plus ou moins loin. C’est un choix difficile, vraiment, mais tu dois comprendre que si nous t’infligeons ça, l’autre possibilité est infiniment pire. »

« Et comment penses-tu que nous pourrions rester à l’écart, quand vous soufflerez sur l’Oregon comme le vent du diable, en flinguant les gens à tout va ? » s’emporta Lear. « Et comment tu crois que moi je vais m’en sortir, puisque c’est moi qui dois traiter avec les feds et les politiques, et puis les soi-disant groupes de quartier et la Chambre de Commerce et Dieu sait quoi encore ? Bigre, c’est quand même moi le shérif ! »

« Les feds, oui, ceux-là vont nous enquiquiner un moment », admit Hatfield.

« Un moment ? » demanda Lear, étonné.

« Je vais te dire, Ted. Au bout d’un certain temps, ils vont devoir se farcir tant de problèmes que ce petit comté rural de l’Oregon va les intéresser de moins en moins », expliqua Hatfield, d’un air sombre. « Les bandes de feebies qui fourmillent partout ce soir, tu les verras rentrer à Portland beaucoup plus tôt que tu ne l’imagines, parce qu’à partir de maintenant, ils auront chaque jour un tombereau d’enquêtes à mener, sans compter leurs collègues à enterrer. D’ici un an, ces deux agents morts sur l’autoroute 30 ne seront plus qu’une note de bas de page.

En ce qui concerne les gauchistes et les néo-conservateurs du coin, et les connards d’Amerloques qui te cassent les pieds depuis que tu es en poste, ne te fais pas de bile. La Commission pour la Diversité du Comté de Clatsop ? On va l’envoyer se diversifier chez les Grecs. La Coalition Hispanique ? Dans quelques temps, plus personne n’entendra un mot d’espagnol à Astoria. L’Association pour la Gay Pride ? Les tapettes foutent le camp d’ici ou subissent un lavement au calibre .44.

On dit que toute politique est locale. Ma foi, ce qu’on va voir pendant la révolution du Nord-Ouest, c’est que tous ces groupes de pression politiquement corrects, les lobbies au service des intérêts particuliers et toute la smala, ceux qui n’ont pas arrêté d’empoisonner l’existence des gens normaux et des petites villes comme la nôtre avec leurs conneries, eh bien ils vont disparaître, parce que les gens qui sont impliqués là-dedans vont disparaître. Je ne vois rien de tel qu’une balle dans la tête pour leur fermer le clapet. »

« Et alors, mon commissariat, il est censé faire quoi, pendant que vous massacrez tous vos opposants politiques comme si l’on était en Israël ? » demanda poliment le shérif.

« Fais tout ce qu’il faut pour que les vrais gens d’ici s’en sortent, les gens qui étaient là avant qu’on ne soit découvert par ces empaffés de baby boomers à la retraite, de tantouzes et de hippies bouffeurs de quinoa », dit Hatfield. « Les vrais gens, les Blancs, ceux qui faisaient tout le travail avant l’arrivée des Mexicains. Tu nous frappes avec le plat de la main, Ted, pas le poing. Nous saurons faire la différence, et nous te rendrons la pareille.

« Voyons voir, si j’ai bien compris, vous envisagez de tuer ou de refouler les Mexicains, les noirs, les homosexuels, tout ce qu’il y a de la gauche jusqu’au centre, les Juifs évidemment, tous ceux qui soutiennent Hillary, tous les basanés et puis les Asiatiques pour faire un compte rond – est-ce que j’en ai oublié ? »

« Là je ne vois pas, mais s’il y en a, on s’en occupera », dit Hatfield en étouffant un rire.

« Juste Ciel, mais c’est du sérieux alors ! », Lear était soufflé d’étonnement.

« Oh que oui, et ils vont décamper, Ted. Et si tu cherches à nous arrêter, tu décamperas aussi. Ce n’est pas une menace. Dieu m’en est témoin, je ne veux pas faire une chose pareille, ni à toi, ni à ta famille et certainement pas à Julia. Je veux seulement te montrer comment les choses vont se passer, car si tu réussis à me tuer sur un coup de chance, il y en aura d’autres qui s’avanceront pour prendre ma place. Rappelle-toi bien qu’il n’y a pas que moi en face. Il y en a mille gars derrière moi. Si tu nous combats, au bout d’un moment tu verras que le niveau de soutien des feds ou de l’Etat va se réduire comme peau de chagrin, puisqu’ils se disperseront dans d’autres zones qu’ils considéreront comme beaucoup plus importantes qu’un comté presque inhabité de la côte Nord de l’Oregon.

Tous les renforts à venir, les troupes qu’ils piocheront en Irak, au Venezuela ou en Afghanistan, ils les enverront à Portland, à Spokane ou à Seattle. Pas ici. A la fin, il ne restera que toi et tes derniers fidèles, et arrivés à ce stade, vous aurez en face de vous des vrais gros durs à cuire, le genre de type que tu ne voudrais pas rencontrer au coin d’une ruelle. Voilà, Ted, c’est tout. La situation ressemble à cela. J’en suis franchement désolé, mais qu’est-ce que je peux te dire d’autre ? »

« Magnifique », soupira Lear.

« Je ne te demande pas quelle est ta décision », dit Hatfield, se levant pour prendre congé. « Je sais que tu vas devoir jouer à l’oreille. Espérons que tout va bien se passer pour toi et moi ».

« J’ai une dernière question, Zack », dit le shérif. « Tu peux trouver ça idiot ou déplacé, mais je voulais savoir si tout ça avait à voir avec ce qui s’est passé entre ma sœur et toi ? Comment dire ? Tu connais Julie. Elle va me poser la question un de ces jours. »

Hatfield soupira. « Tu veux dire, ce qui se serait passé si nous nous étions mariés et que j’avais pu trouver un vrai boulot, si on avait fondé un foyer et une famille, est-ce que je ferais ça ? Sans doute pas, non, mais ne lui dis pas ça. Ce n’est pas de la faute de Julia, et je ne veux pas qu’elle s’en veuille une seule seconde. Rien de tout cela n’est de sa faute. C’est la faute à ma naissance, je suis né blanc, homme et pauvre, sans l’espoir d’aller à l’université, donc il ne restait que l’armée. C’est la faute à cette chienne d’armée américaine qui nous faisait faire du rabiot en Irak, mois après mois, année après année, aucun gars de mon unité ne pouvait rentrer à la maison, tellement ils avaient peur de la désertion. Je comprends qu’elle en ait eu marre d’attendre. Et puis quand je suis rentré, j’étais tellement déglingué que je n’aurai pas fait la moitié d’un bon mari pour elle ou d’un beau-frère pour toi. Transmets-lui mon amour la prochaine fois que tu la vois, bien que ce ne soit pas ce qu’il y a de plus opportun par les temps qui courent. »

« On va dire ça comme ça », acquiesça-t-il. « Mais je lui dirai quand même ».

Auteur: Basile

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