Le Parti Républicain va-t-il se suicider ?

Note du traducteur : La Convention Républicaine aura lieu à Cleveland du 18 au 21 juillet. Les délégués y désigneront le candidat du parti républicain.

Traduction du Blog de Patrick Buchanan


C’est Donald Trump qui a mobilisé les foules les plus impressionnantes depuis que les primaires existent. C’est lui qui a remporté le plus de victoires, la plupart des délégués, le plus de voix. Il s’apprête à remporter trois des cinq plus grands États du pays : New York, la Pennsylvanie et la Californie.

S’il réussit son pari, mais que l’investiture lui est confisquée, le Parti Républicain sera perçu par les Américains comme une sorte de mafia chinoise juste un peu plus respectable.

La semaine dernière, Ted Cruz a raflé 34 délégués à la convention du parti dans le Colorado. Les participants n’avaient pas été autorisés à voter pour indiquer leur candidat préféré pour l’investiture.

Ce week-end, dans le Wyoming, Cruz s’est débarrassé de Trump de la même façon.

Que faut-il en conclure ? Cruz a “un meilleur jeu au sol”. Ses collaborateurs savent mieux travailler avec le système. Ted Cruz est un champion pour les petits échanges de balle.

Mais suite à leur confrontation sur une trentaine de primaires et de caucus, Cruz s’est laissé devancer par Trump de plusieurs millions de voix, et son retard va encore augmenter de plusieurs millions de voix après New York, la Pennsylvanie et la Californie.

Cruz va bientôt rejoindre John Kasich dans le groupe des candidats mathématiquement éliminés de toute possibilité d’obtenir l’investiture au premier tour. Sa stratégie de repli consiste à maintenir Trump juste en dessous des 1237 voix nécessaires à une victoire au premier tour, puis à voler l’investiture au second tour.

Comment ? Par le braconnage et le chapardage. Successivement, État par État, il est en train de faire élire des partisans de Cruz comme délégués de Trump. Après avoir voté pour Trump au premier tour parce que le règlement les y oblige, les transfuges déserteront et voteront pour Cruz au second tour.

Les délégués sans foi ni loi se préparent à changer de camp et à donner à Ted Cruz une investiture qu’il n’a pas pu convaincre les électeurs républicains de lui accorder.

Comme dans le championnat de baseball de 1919, tout est déjà décidé. [ndt: Le championnat de 1919 donna lieu à un scandale: les Chicago White Sox avaient perdu la finale contre les Cincinnati Reds, mais huit joueurs furent accusés de s’être fait acheter par des parieurs.]

Le règlement, c’est le règlement, nous dit Reince Priebus, le président du Comité National Républicain, pour justifier ce qui s’est passé dans le Colorado et le Wyoming.

Priebus a raison. Le règlement, c’est le règlement. Mais il est également vrai que les règles ont été et continuent d’être manipulées par les élites du parti pour contrecarrer la volonté exprimée par l’électorat républicain, et pour imposer un candidat autre que le clair vainqueur des primaires.

Les élites républicaines conspirent actuellement pour refuser et invalider la décision démocratique de l’électorat républicain.

Prédiction : Si Trump gagne franchement les grandes primaires qui restent, s’il se rend à Cleveland avec des millions de voix de plus que tout autre candidat, et si l’investiture lui est alors volée, cela reviendra pour le Parti Républicain à se faire hara-kiri à la télévision en diffusion mondiale.

Cette course politique est l’une des plus excitantes de l’histoire américaine. Quand les dix-sept Républicains sont entrés en lice l’été dernier, les responsables du parti les ont présentés comme “la sélection républicaine la plus impressionnante depuis 1980”.

Alors, Trump a descendu l’escalator [ndt : de la tour Trump !], les a affrontés, et les a tous battus. Les élites du Parti Républicain croient-elles qu’elles vont se rendre populaires en substituant leurs desiderata à la volonté des électeurs ?

Donner l’investiture à Cruz reviendrait à confisquer sa médaille d’or au vainqueur d’une course, et à la remettre au deuxième arrivé. Les élites du Parti Républicain se rendraient à peu près aussi populaires que ces juges de boxe olympique qu’on avait vu en Corée du Sud. [ndt : allusion à un match de boxe des J.O. de Séoul, où les juges achetés avaient donnés la médaille d’or au boxeur coréen vaincu, et non à son vainqueur américain].

Le problème sous-jacent ici est le refus des élites du parti de réaliser que le monde a changé.

La dynastie Bush est finie. Jeb Bush, le prince de Galles, le comprend bien. Il n’ira pas à Cleveland.

Les primaires ont clairement révélé qu’on entre dans une nouvelle ère.

Ce changement est confirmé y compris par les néo-conservateurs, le groupe dominant parmi les 121 experts en politique étrangère qui ont annoncé dans une lettre ouverte qu’ils ne travailleraient jamais pour un président Trump.

À leurs yeux, les victoires de Trump sont une répudiation de leur héritage, et son accession à la présidence signifierait la fin de leur position dominante de l’après-guerre froide.

Et vu les désastres qu’ils ont infligés à l’Amérique, depuis l’Afghanistan jusqu’à l’Irak, la Libye et le Yémen, le pays serait bien débarrassé d’eux.

Et en effet, les victoires de Trump, et les énergies qu’il a libérées, ne viennent pas seulement de sa personnalité démesurée, mais aussi des positions qu’il défend.

Les gens croient que Trump sécurisera les frontières, arrêtera l’invasion, aura recours à des politiques commerciales et à des droits de douane permettant de réduire les importations, et qu’il relancera la production de biens fabriqués aux USA, par et pour les Américains.

Dans son premier discours inaugural [ndt : suite à son élection de 1912], Woodrow Wilson avait déclaré : “Le succès d’un parti ne signifie pas grand chose, sauf quand le pays utilise ce parti pour défendre un grand idéal bien défini”.

Pour les Républicains de l’ère Bush, le “grand idéal bien défini” consistait à créer un “nouvel ordre mondial” et à “mettre fin à la tyrannie dans notre monde”.

Pour Trump, il semble que réparer, reconstruire et restaurer la grandeur de l’Amérique constitue le “grand idéal bien défini” du parti qu’il dirigerait. Et la nouvelle majorité républicaine qui est en train d’émerger semble d’accord.

Si Trump avait subi une déroute, comme on s’y attendait au départ, alors il aurait été normal de considérer son message comme en dehors du courant majoritaire. Mais les électeurs républicains se sont ralliés autour des problèmes qu’il soulevait.

Pour le Parti Républicain, ignorer les instructions très claires données par ses électeurs, ou répudier le messager qu’ils ont choisi, reviendrait à renoncer à son avenir, et à s’accrocher à un passé révolu et discrédité.

Auteur: Alfredo

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