Israël aide les “rebelles” de Syrie, révèlent les courriels de Clinton

Avant-Propos du traducteur : En septembre 2012, dans la ville libyenne de Benghazi, quelques mois après la mort de Kadhafi, le consulat américain a subi une attaque qui a fait quatre morts, dont l’ambassadeur lui-même. À Washington, les Républicains ont reproché au gouvernement d’Obama et à la ministre des Affaires Étrangères Hillary Clinton d’avoir mal géré l’affaire. Une commission d’enquête a été mise en place en mai 2014. Les responsables de l’enquête se sont alors rendu compte que Clinton, alors qu’elle était ministre des affaires étrangères (de janvier 2009 à février 2013), n’avait pas respecté les procédures de sécurité et qu’elle avait communiqué par courriel en utilisant son propre ordinateur personnel. Les journaux ont révélé l’affaire. D’après Wikipédia, Clinton a alors demandé ouvertement au ministère de rendre ses courriels publics (!).

Les courriels de Clinton (ceux qui ne sont pas classés secrets ?) ont été rendus publics par le Ministère des Affaires Étrangères entre 2015 et 2016 suite à plusieurs demandes officielles en vertu de la loi sur la liberté d’information. Le mois dernier, WikiLeaks a repris ces courriels en les présentant sur son site sous une forme facilement accessible pour tout le monde.

Traduction de l’article du New Observer.


La publication des courriels archivés d’Hillary Clinton a révélé de nouveaux éléments qui confirment qu’Israël, dans le cadre d’une stratégie américano-israélienne de déstabilisation du monde arabe, a activement soutenu les “rebelles syriens” en guerre contre le gouvernement de Bachar el-Assad.

Les courriels de Clinton et le renversement de Kadhafi

Les courriels de Clinton, mis à disposition par WikiLeaks, révèlent aussi comment Clinton a participé à renverser Kadhafi, à déstabiliser la Syrie, et à susciter l’hostilité envers l’Iran — tout cela pour le compte du lobby juif.

Ces courriels ont été rendus publics suite à une demande officielle en vertu de la loi sur la liberté de l’information et ont été mis à disposition par WikiLeaks (en) sur leur site, sous un format qui permet la recherche. Ils montrent que Clinton a puissamment contribué à fomenter de vastes conflits à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, dans le seul but de préserver “l’avantage militaire d’Israël”.

courriels de Clinton
WikiLeaks – Recherche par mots-clés dans les courriels de Clinton.

Les courriels de Clinton révèlent également que les opérations de déstabilisation en Libye, Égypte, Syrie et Iran, sont étroitement liées, et que le “printemps arabe” a résulté en grande partie des efforts des États-Unis et d’Israël pour remanier la structure politique du monde arabe.

Pour Mouammar Kadhafi, par exemple, un courriel (en) de Clinton du 3 Mars 2011 dit que la seule façon de s’occuper de son cas est de le “priver de son influence stratégique, c’est à dire de ses soutiens à la fois financiers et militaires”.

Il semble que la situation soit en train d’évoluer vers une guerre civile prolongée dans laquelle divers pays soutiennent chacun un côté opposé, avec des conséquences imprévues. Dans ces circonstances, la tâche cruciale est de priver Kadhafi de son influence stratégique — de ses soutiens à la fois financiers et militaires.

Tout le monde connaît le chaos qui a résulté de cette décision de “priver Kadhafi de son influence stratégique”. Ainsi fin mars, le gouvernement soutenu par les islamistes dans la capitale de Tripoli a déclaré l’état d’urgence (en) suite à l’annonce de l’arrivée de quatre membres du gouvernement d’union, un gouvernement rival soutenu par les Nations Unies.

Le gouvernement de Tripoli est l’un des trois “gouvernements” qui existent actuellement en Libye. Tous trois se prétendent les représentants légitimes du pays, mais ce ne sont guère plus que de petites unités sous la coupe de chefs militaires issus du désert libyen. C’est l’intervention “alliée” contre Kadhafi qui leur a permis de s’imposer.

Encore plus scandaleux, un courriel (en) envoyé à Clinton par (((Sidney Blumenthal))) le 16 Septembre 2011 révèle que Nicolas Sarkozy, le président français de l’époque, et David Cameron, Premier ministre britannique, se sont rendus à Tripoli environ un mois après la chute de Kadhafi pour mettre la main sur le pétrole libyen. (Blumenthal était un “conseiller” de Bill Clinton à la Maison Blanche avant de devenir salarié à temps plein de la Fondation Clinton).

Clinton et l’administration Obama avaient soutenu les gouvernements français et britanniques dans leur intervention militaire en Libye, qui apportait aux “rebelles” l’avantage crucial dont ils avaient besoin pour pouvoir détruire le pays.

Blumenthal informa alors Clinton que :

D’après des personnes bien informées, ces deux dirigeants entendent demander aux dirigeants du Conseil National de Transition de récompenser leur soutien précoce à la rébellion contre Mouammar Kadhafi. Sarkozy et Cameron espèrent obtenir une reconnaissance tangible de leurs efforts, sous la forme de contrats avantageux pour les entreprises énergétiques françaises et britanniques qui cherchent à jouer un rôle important dans l’industrie pétrolière libyenne. Selon cette source, Sarkozy pense très fort qu’il n’y aurait pas eu de révolution sans le soutien français, et que le gouvernement du Conseil National de Transition doit prouver qu’il est conscient de cela.

Le soutien d’Israël aux “rebelles syriens”

En ce qui concerne la Syrie, un courriel (en) envoyé par Blumenthal à Clinton, puis retransmis par Clinton à Robert Russo, son “adjoint spécial”, a révélé qu’Israël veut se servir de la guerre en Syrie pour réparer ses relations avec la Turquie. En conséquence, Israël apportera “une aide secrète aux rebelles syriens non religieux.”

Enfin, cet informateur déclare que si les Israéliens peuvent utiliser la situation syrienne pour rétablir un certain degré de confiance avec le TNIO [Organisation nationale du renseignement turc] et avec l’armée turque, alors les gouvernements occidentaux doivent s’attendre à ce que certaines aides parviennent secrètement aux rebelles syriens non religieux à partir d’Israël par l’intermédiaire du gouvernement régional kurde d’Irak et de Turquie.

Ce courriel explique ensuite qu’Israël compte établir “des rapports secrets avec les diverses forces syriennes rebelles” dans le but “d’influencer les politiques suivies par le gouvernement, quel qu’il soit, qui émergera à Damas.”

En même temps, un autre informateur a ajouté que les agents du renseignement militaire israélien ont discuté avec leurs dirigeants militaires et avec le Bureau du Premier ministre de la faisabilité de mettre en place des liens secrets avec les différentes forces rebelles syriennes. Il s’agirait ainsi de recueillir des renseignements et d’influencer les politiques suivies par le gouvernement, quel qu’il soit, qui émergera à Damas.”

Depuis, Israël a mené en Syrie de nombreuses frappes aériennes (en) en soutien aux “rebelles” contre les forces du gouvernement syrien. “L’aide” apportée a donc dépassé le stade du simple contact, et s’est transformée en assistance militaire active.

Les témoignages documentant ces attaques physiques ont dans l’ensemble été ignorés par les médias sous contrôle. Ils ont seulement été repris après que l’agence d’information de l’État syrien en ait fait état.

Un autre courriel (en) de Blumenthal, envoyé à Clinton le 23 Juillet 2012, et qu’elle avait retransmis à Jake Sullivan, son responsable de la planification des politiques au Ministère des Affaires Étrangères, va encore plus loin en conseillant de faire tomber d’abord la Syrie, et ensuite l’Iran :

La chute de la dynastie Assad pourrait très bien déclencher une guerre ethno-religieuse entre les chiites et la population sunnite majoritaire, et encourager une ingérence iranienne, ce qui ne serait pas une mauvaise chose pour Israël et ses alliés occidentaux, d’après les commandants israéliens. D’ailleurs, certains analystes haut-placés du renseignement israélien pensent qu’une telle tournure des événements pourrait même être l’un des facteurs menant à une possible chute du gouvernement iranien actuel.

La citation ci-dessus montre que Clinton approuve clairement l’idée d’une guerre qui déborde jusqu’à impliquer l’Iran. Le même courriel révèle une discussion détaillée (en) pour savoir quand Israël peut ou non attaquer l’Iran, quels reproches risquent d’être adressés ou non à Israël en cas d’attaque, et quelles cibles il faudrait attaquer.

3. En même temps, pour replacer les tensions entre Israël et l’Iran dans leur contexte régional, ces chefs d’État européens reçoivent des rapports d’après lesquels une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes ne ferait à l’heure actuelle qu’exacerber les relations avec leurs voisins.

De plus, une telle attaque pourrait provoquer une nouvelle détérioration de l’économie mondiale, dont par la suite encore, Israël serait rendu responsable.

4. D’après une source qui bénéficie d’un accès direct, les commandants de l’armée turque ont déclaré dans des discussions privées avec les plus hauts échelons de leur gouvernement qu’une attaque israélienne contre l’Iran provoquerait sûrement une guerre régionale “avant même que les avions de la première vague d’attaque israélienne soient de retour à leur base “.

Les prévisions du renseignement turc, qui s’appuient sur ses agents de liaison dans les services de renseignement d’Europe occidentale, mettent en garde que des milliers de missiles et de roquettes s’abattraient sur Israël à partir de l’Iran, du Liban, de la Syrie et de la bande de Gaza.

5. (Commentaire soumis par une source : L’armée turque estime que les forces du Hezbollah en Syrie et au Liban disposent de plus de 200.000 roquettes et missiles sol-sol. Leurs analystes militaires pensent en outre qu’une telle attaque submergerait les défenses d’Israël.)

Ces courriels révèlent clairement qu’une présidence d’Hillary Clinton, en se fondant sur un soutien fanatique à Israël, sans aucun compte du coût en vies humaines, risquerait de déclencher une nouvelle guerre au Moyen-Orient et aurait des conséquences désastreuses pour le monde entier.

Auteur: Alfredo

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3 Commentaires sur "Israël aide les “rebelles” de Syrie, révèlent les courriels de Clinton"

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4 juin 2016 13 h 46 min

The Saker : Il se dit souvent qu’Israël contrôle les États-Unis. Chomsky, et d’autres, affirment que ce sont les États-Unis qui contrôlent Israël. Comment caractériseriez-vous les relations entre Israël et les États-Unis – est-ce que c’est le chien qui remue la queue ou la queue qui fait bouger le chien ? Diriez-vous que le lobby israélien contrôle totalement les États-Unis ou y a-t-il encore d’autres forces capables de dire non au lobby israélien et d’imposer leur propre programme ?

Paul Craig Roberts : Je n’ai jamais vu aucune preuve que les États-Unis contrôlent Israël. Toutes les preuves montrent qu’Israël contrôle les États-Unis, mais seulement sa politique au Moyen-Orient. Ces dernières années, Israël ou le lobby israélien a été en mesure de contrôler ou de bloquer les nominations universitaires aux États-Unis ainsi que la titularisation et les nominations de professeurs considérés comme critiques à l’égard d’Israël. Israël a réussi à bloquer des titularisations et des nominations dans des universités catholiques et d’État. Israël peut aussi bloquer certaines nominations à la présidence et a une grande influence sur la presse écrite et la télévision.

Le lobby israélien a aussi beaucoup d’argent pour les fonds des campagnes politiques et ne manque jamais de limoger les représentants et les sénateurs américains considérés comme critiques à l’égard d’Israël. Le lobby israélien a réussi à atteindre une femme noire, Cynthia McKinney, dans son district électoral noir, et à empêcher sa réélection.
Comme l’a dit l’amiral Tom Moorer, chef des opérations navales et président du Comité des chefs d’état-major interarmées: «Aucun président américain ne peut résister à Israël.» L’amiral Moorer n’a même pas pu obtenir une enquête officielle sur l’attaque meurtrière d’Israël contre l’USS Liberty en 1967.

Quiconque critique la politique d’Israël, même de manière utile, est qualifié d’antisémite.

Dans la politique, les médias et les universités américaines, c’est une accusation mortelle. Vous pourriez aussi bien être frappé par un missile hellfire.

Lire tout l’entretien, ici : http://lesakerfrancophone.net/le-saker-interviewe-paul-craig-roberts/

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