Convention républicaine de Cleveland : l’establishment doit être viré !

La convention nationale républicaine aura lieu à Cleveland (dans l’Ohio) du lundi 18 juillet au jeudi 21. C’est là que sera nommé le candidat officiel du Parti Républicain pour l’élection du 8 novembre.

La primaire du Wisconsin a lieu mardi prochain, le 5 avril.

Le mot “establishment” (anglicisme) désigne l’ensemble de ceux qui détiennent le pouvoir et l’autorité dans la société, et qui ont intérêt au maintien de l’ordre établi.

Traduction de l’article d’opinion de Pat Buchanan

[ndlr : ancien candidat paléo-conservateur à la primaire républicaine, qui avait cependant manqué le virage populiste déjà possible à l’époque.]


La primaire du Wisconsin pourrait fonctionner comme un ralentisseur briseur d’essieux sur la route qui devait mener Donald Trump à l’investiture.

Dans cet État, Ted Cruz a pris l’avantage. Pour les élites de Washington, qui le détestaient encore il n’y a pas si longtemps, il représente le dernier espoir de faire dérailler la candidature de Trump.

Les Comités d’Action Politique [ndt : structure légale qui permet de financer une campagne électorale] sont en train de déverser des millions de dollars en spots publicitaires qui attaquent Donald Trump pour le compte de candidats républicains dont certains se sont déjà retirés tandis que d’autres sont encore en course. Le gouverneur du Wisconsin Scott Walker a donné son soutien à Cruz. Les radios conservatrices spécialisées dans les programmes d’antenne ouverte participent à l’offensive contre Trump.

Et le Donald vient de vivre les deux pires semaines de sa campagne.

Il y a eu d’abord cet échange inconvenant avec Cruz au sujet de leurs épouses. Puis il y a eu l’épisode de la journaliste qui s’est fait attraper par le bras par le directeur de campagne de Trump, Corey Lewandowski. Les médias ont comparé cette atrocité à l’exécution de Jeanne d’Arc.

Ensuite il y a eu la suggestion faite par Trump, mais aussitôt retirée, que si l’avortement est interdit, alors les femmes qui décident d’avorter pourraient recevoir une sanction quelconque.

Cette gaffe ne nous a rien appris que nous ne sachions déjà. Comme Trump débute en politique électorale, il ne connaît pas aussi bien que d’autres le terrain des querelles idéologiques. Mais l’indignation des élites est complètement feinte.

Le camp démocrate se fiche éperdument du droit à la vie des enfants à naître, même au neuvième mois de grossesse. Si l’establishment républicain se saisit de n’importe quel prétexte pour frapper Trump, ce n’est pas parce que ce dernier risque de porter atteinte aux droits des femmes, c’est parce qu’il les menace eux.

Le problème de l’establishment est que Trump refuse de se laisser dompter. À maintes reprises, il a défié les diktats politiquement corrects qu’ils avaient mis en place pour étouffer le débat et diaboliser la contestation.

Trump a réussi à faire preuve d’insubordination sans y laisser de plumes. En rassemblant les foules et les suffrages, et en enchaînant les victoires, il a montré qu’il y avait des millions d’Américains aliénés qui détestent l’establishment de Washington et qui se réjouissent de son insoumission.

Trump a dénoncé les traités de commerce, l’ALENA, le GATT, l’OMC et l’application à la Chine de la clause de la “nation la plus favorisée”. Ces traités ont désindustrialisé l’Amérique, mis en péril notre souveraineté et notre indépendance, et nous ont coûté des millions d’excellents emplois.

Et à qui doit-on les accords commerciaux qui ont trahi la classe moyenne américaine ? On le doit aux Républicains “libre-échangistes”. Ils ont approuvé la procédure accélérée “fast-track”, en renonçant à défendre le droit du Congrès à amender les traités commerciaux. Et ils se sont pliés à toutes les exigences de la Business Roundtable [ndt : la table ronde des entreprises —un groupe de pression réunissant des dirigeants de grandes entreprises].

Derrière la campagne de Trump, l’idée non formulée est que certaines des grandes entreprises qui font partie du classement Fortune 500 se livrent à une trahison économique de l’Amérique.

Ce n’est pas étonnant qu’il se fasse détester d’eux.

Quant au plaidoyer de Trump pour que notre politique étrangère défende “l’Amérique d’abord”, c’est une position qui menace la carrière des lobbyistes qui militent pour des guerres impériales.

Si les nouveaux objectifs de la politique étrangère des États-Unis consistent avant tout à éviter les affrontements avec de grandes puissances nucléaires et à se tenir en dehors des guerres inutiles, alors qui a encore besoin des néoconservateurs ?

Si jamais Trump perd le Wisconsin, il peut se remettre de cet échec à New York le 19 avril, et la semaine suivante, dans les États de Pennsylvanie, Connecticut, Rhode Island, Delaware et Maryland.

Cependant, une défaite de Trump dans le Wisconsin lui rendrait bien plus difficile la tâche d’obtenir l’investiture au premier tour du vote.

En même temps, si Trump se rend à Cleveland en ayant remporté le plus grand nombre de voix, d’États et de délégués, alors lui voler l’investiture divisera le parti encore plus qu’en 1964.

Le Parti Républicain pourrait se trouver à nouveau dans la situation de 1912, quand l’ex-président Theodore Roosevelt [ndt : président de 1901 à 1909], qui avait remporté les primaires les plus contestées, avait quand même vu sa candidature rejetée en faveur du président Taft. Teddy claqua alors la porte, se présenta sous les couleurs du Parti Progressiste, obtint plus de voix que Taft en terme de vote populaire, et c’est Woodrow Wilson qui fut élu.

Cruz prétend que si Trump obtient l’investiture, cela conduirait à un “désastre absolu” en Novembre. Mais à 45 ans, Cruz a de l’avenir au Parti Républicain, et il serait stupide de claquer la porte comme un mauvais perdant, comme l’avaient fait Nelson Rockefeller et George Romney en 1964.

Si Trump obtenait l’investiture et que Cruz persistait à refuser ce choix, c’en serait fini de Cruz. Dans ce cas, les élites applaudiraient hypocritement l’héroïsme de Ted, regretteraient publiquement son départ de la scène politique, puis l’enterreraient joyeusement en se félicitant d’en être débarrassés.

Cruz, qui n’est pas stupide, doit bien savoir cela.

Si on confisque son investiture à Trump, qui aura 70 ans en juin, il n’aura plus rien à perdre. Et comme nous le rappelle “Jules César”, “de tels hommes sont dangereux” [ndt : citation de Shakespeare].

Trump et Cruz, bien qu’adversaires acharnés, sont tous deux méprisés par l’establishment. Mais tous deux ont un intérêt commun : faire en sorte que l’un d’eux, et seulement l’un d’eux, obtienne l’investiture. Personne d’autre.

Et s’ils agissent de concert en mettant leurs griefs de côté, ils peuvent bloquer toute tentative de l’establishment d’imposer au parti l’un de ses propres favoris, comme avait été imposé en 1940 le mondialiste Wendell Willkie, “l’avocat va-nu-pieds de Wall Street” [ndt : C’est ainsi qu’un membre du gouvernement de Franklin Roosevelt l’avait ironiquement décrit. Willkie est l’auteur de l’ouvrage “One World” (Un seul Monde) ].

Il suffit que Trump et Cruz demandent à leurs délégués de voter pour le maintien de la règle n° 40 de la convention de 2012. La règle 40 déclare qu’aucun candidat ne peut recevoir l’investiture à moins d’avoir remporté la majorité des délégués dans au moins huit États. [ndt : cette règle a paraît-il été imposée par Mitt Romney pour bloquer la candidature de Ron Paul en 2012].

Trump remplit déjà cette condition. Cruz est presque sûr d’y arriver à son tour. Mais aucun candidat de l’establishment n’a la moindre chance d’y arriver.

Si les délégués de Cruz et Trump votent pour le maintien de la règle n° 40, ils peuvent garantir qu’aucun favori de Washington ne reviendra de Cleveland avec l’investiture – et qu’elle reviendra forcément à Ted Cruz ou Donald Trump.

Quel que soit le vainqueur à Cleveland, il faut que l’establishment soit le perdant.

Auteur: Alfredo

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2 Commentaires sur "Convention républicaine de Cleveland : l’establishment doit être viré !"

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