Juifs “de droite” contre juifs “de gauche”

Je publie ici une traduction de l’article de New Observer. Il se concentre sur le cas des Etats-Unis, mais des tendances très similaires s’observent aussi en France.


La nouvelle polémique autour des déclarations d’un responsable haut-placé du gouvernement israélien qui accuse Barack Obama d’être “antisémite” reflète un simple désaccord entre les juifs sur la façon la plus judicieuse de présenter Israël au monde extérieur. Il n’y a pas de divergence sur les principes fondamentaux du suprémacisme juif en Israël ou en Amérique.

Extrait du Jérusalem Post

Extrait du Jerusalem Post (image ci-dessus) :

Le nouveau conseiller de presse de Netanyahou déclare que la politique iranienne d’Obama équivaut à de “l’antisémitisme moderne”.

Par Arik Bender, Dana Somberg / 05.11.2015

La personne choisie par le Premier ministre Benjamin Netanyahou pour être le prochain conseiller de presse de l’office du Premier ministre a posté sur sa page Facebook des commentaires prêtant à polémique. Dans l’un d’eux, il décrit la réaction du président américain Barack Obama au discours sur l’Iran prononcé par le Premier ministre devant le Congrès comme de “l’antisémitisme moderne”.

Dans de récents articles, les médias israéliens ont évoqué les commentaires écrits sur Facebook par Ran Baratz, le nouveau directeur de communication de l’office du Premier ministre israélien. Par exemple, le Jerusalem Post a cité un commentaire de Baratz à propos du soutien d’Obama à “l’accord sur le nucléaire iranien” :

Voilà à quoi ressemble l’antisémitisme moderne dans un pays de l’Occident libéral. Et cela s’accompagne naturellement d’une tolérance et d’une compréhension très grandes pour l’antisémitisme islamique. À tel point qu'[Obama] est prêt à leur confier une bombe atomique.

Le Jerusalem Post a aussi retrouvé un commentaire Facebook fait par Baratz en 2012, après la réélection d’Obama, où il déclarait que :

Pendant encore quatre ans, c’est un président pro-arabe et anti-israélien qui va continuer à régner. Une fois de plus, les juifs ont voté pour Obama à une large majorité. Cela montre comme le fossé s’est agrandi entre les juifs d’Israël et les juifs d’Amérique.

Depuis, il a été question que Baratz ne puisse plus être confirmé à son poste, car les commentaires qu’il avait faits risquaient de froisser Washington. Mais un point plus important de cette polémique est que les commentaires de Baratz reflètent réellement une divergence d’opinion entre les juifs d’Israël et d’Amérique

En Israël, il fait peu de doute que ses propos reflètent l’opinion publique juive (voir l’article de la Jewish Telegraphic Agency, “Les derniers efforts d’Obama pour courtiser les juifs ne marchent pas, d’après un sondage”, 11 Juin 2015).

En Amérique, le plus fort soutien à ce point de vue ne vient pas de la communauté juive, mais, bizarrement, des chrétiens américains “de droite” comme Donald Trump et le Parti Républicain (voir le reportage de MNSBC, “Trump, Cruz et Palin s’unissent pour condamner l’accord iranien sur le nucléaire”, 09/09/15).

Par contre, les juifs américains (comme l’a dit Baratz à juste titre) continuent pour la plupart d’entre eux à s’aligner sur “l’aile gauche” de l’éventail politique américain, et à voter principalement pour le Parti démocrate.

Mais en même temps, en Amérique, les “juifs de gauche” continuent tous à soutenir Israël, aussi résolument que n’importe quels “juifs de droite”.

La meilleure preuve en est un machin qui s’appelle la “Conférence des présidents des principales organisations juives américaines”. Cette organisation représente tous les groupes de pression juifs importants an Amérique, de nature religieuse ou non. Son site internet décrit sa mission comme étant de “travailler publiquement et dans les coulisses auprès des dirigeants d’Amérique et du monde entier, auprès des faiseurs d’opinion et auprès du public, pour traiter de questions vitales concernant la sécurité et la vitalité d’Israël”.

Site de la conférence des présidents des principales organisations juives américaines

Image ci-dessus: Page de présentation du Site internet de la “Conférence des présidents des principales organisations juives américaines”.

Parmi ses 51 organisations membres figurent le Congrès juif américain, l’ADL (ligue anti-diffamation), la Fédération américaine séfarade, le Mouvement sioniste américain, le B’nai B’rith, la Conférence centrale des rabbins américains, l’Organisation sioniste d’Amérique pour les femmes, l’Association des centres de communauté juive , les Fédérations juives d’Amérique du Nord, le Jewish Labor Committee, le Conseil rabbinique d’Amérique, l’Union for Reform Judaism, et l’Union des congrégations juives orthodoxes d’Amérique.

Il est donc indéniable que les juifs d’Amérique, à “gauche” comme à “droite”, soutiennent tous Israël. La preuve en est donnée par cette organisation qui occupe une place centrale dans la juiverie américaine,.

Mais alors, pourquoi cette division entre juifs, autant aux États-Unis qu’en Israël ?

La réponse est simple : Les juifs “de gauche” et “de droite” ne diffèrent entre eux que sur ce qu’ils pensent être la meilleure façon de protéger l’État d’Israël et de réduire les critiques qui viennent des non-juifs. Il n’y a pas de différence sur le reste.

Extrait du Forward, quotidien juif
Extrait du Forward [NdT: “En Avant”, quotidien juif basé à New York]

Un superbe exemple de cette absence de différence figure dans un article publié par le journal Jewish Forward (“Comment les guerres d’Israël font du tort aux juifs de la diaspora“, 27 Juillet 2015), qui rend compte d’une réunion du cabinet israélien tenue le 28 juin et consacrée à la présentation d’un “exposé annuel sur l’état actuel de la vie juive à travers le monde”.

Le cabinet israélien a discuté d’un rapport spécial qui montre que les juifs vivant hors d’Israël, et en particulier en Amérique, ont de plus en plus de mal à expliquer le comportement d’Israël aux non-juifs. Comme l’a expliqué le Forward :

Sur l’année passée, [le rapport] décrit le changement spectaculaire, principalement pour le pire, de l’attitude de la diaspora juive envers Israël, sa politique officielle et ses actions militaires.

Ce changement trahit en partie leur consternation face au comportement d’Israël, à la fois dans les affaires intérieures et dans la guerre. C’est dû en partie au fait qu’ils se trouvent dans une situation inconfortable, et incapables de justifier les actions d’Israël, quand leur famille et leurs amis non-juifs le leur demandent.

Isaac Herzog, chef du Parti travailliste israélien
Isaac Herzog, chef du Parti travailliste israélien.

Transposé dans le cadre israélien, cela correspond à la division politique entre les juifs qui soutiennent “la droite” représentée par le Likoud, et ceux qui soutiennent “la gauche” représentée par le Parti travailliste.

Depuis la création d’Israël et jusqu’en 1977, le Parti travailliste était le parti politique dominant en Israël. Tous les Premiers ministres étaient membres de ce parti, ou de son prédécesseur.

Mais après 1977, l’électorat israélien a viré “à droite”, en élisant le premier d’une longue série de gouvernements de coalition menés par le Likoud.

Ce “coup de barre à droite” a été rendu possible par la population de plus en plus nombreuse de juifs orthodoxes fanatiques, qui ont leurs propres partis. Ces partis religieux orthodoxes ont pris une telle importance électorale qu’ils réussissent, au parlement israélien, à donner la majorité au gouvernement du Likoud. Ils peuvent ainsi, comme ils le font souvent, mettre en oeuvre des politiques considérées comme un sionisme “de droite” – comme par exemple leur soutien au programme illégal de colonisation juive de la Cisjordanie occupée.

Pour sa part, le parti du Likoud s’oppose catégoriquement à tout “accord” avec les Palestiniens qui risquerait d’impliquer la création d’un État palestinien, si bien que leur politique s’imbrique parfaitement avec celle des partis religieux.

Par ailleurs, le Parti travailliste soutient ce qu’il appelle “le processus de paix israélo-palestinien”, qui avait été démarré par son ancien dirigeant Yitzhak Rabin —qui a fini assassiné par un partisan de l’un des partis religieux alliés au Likoud.

À la dernière élection israélienne (mars 2015), le Parti travailliste et ses alliés ont obtenu ensemble 18,67 pour cent des voix, leur donnant droit à 24 sièges à la Knesset (dont 19 pour les membres du Parti travailliste).

Le Likoud et les partis religieux alliés avec lui (le “foyer juif”, “United Torah Judaism”, “Kulanu”, “Shas”) ont obtenu ensemble 49,36 pour cent des voix, leur donnant droit à 61 sièges (dont 30 pour les membres du Likoud).

Cette description d’ensemble permet de voir que la réelle division parmi les juifs d’Amérique se situe entre ceux qui soutiennent le type de sionisme défendu par le Parti travailliste israélien, et ceux qui soutiennent le type de sionisme défendu par le Likoud.

Des juifs de gauche et leurs sympathisants exigaent un État juif et un État palestinien.

Il n’y a ici aucun dilemme moral concernant ce qui serait éthiquement “bien ou mal”. La seule préoccupation est de servir au mieux les intérêts de la juiverie internationale: soit en adoptant une politique dure de répression totale des Palestiniens sans se soucier de la réaction des autres pays, soit en faisant des efforts de communication pour présenter l’État sioniste sous un jour plus favorable.

Les juifs “de gauche” comme “de droite” n’ont aucune intention de s’attaquer aux problèmes sous-jacents qui sont à l’origine du conflit : à savoir, le contrôle de fait du Lobby juif sur le processus politique aux États-Unis, et le fait que l’État d’Israël a été fondé sur une terre volée aux Palestiniens dans le sang et la violence.

Auteur: Blanche

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1 Commentaire sur "Juifs “de droite” contre juifs “de gauche”"

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Archange Gabriel
4 août 2016 17 h 41 min

Pour compléter cet intéressant article, un billet traitant d’un sujet très connexe, issu du blog de Boris Le Lay, axant plus spécifiquement sur la (((communauté j.))) dite “de France” : L’immigration afro-musulmane et la fin de la présence juive en Europe de l’Ouest

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