La coalition entre CDU et SPD finalement conclue, permettant à Merkel de rester au pouvoir jusqu’en 2021

Un long processus

Aux élections législatives allemandes de septembre dernier, le SPD (parti socialiste allemand) et la CDU (union chrétienne-démocrate) avaient obtenu des scores historiquement extrêmement faibles : ils n’avaient jamais eu si peu depuis le retour du parlementarisme après la Seconde Guerre Mondiale.

Ceci a beaucoup compliqué la formation d’un nouveau gouvernement. Bien que l’immonde Merkel et son parti obtenaient le premier score, et que les partis ayant approuvé ses folies anti-allemandes avaient une majorité, l’entrée de l’AfD au parlement limitaient les options.

Face à son échec désastreux, le SPD a d’abord refusé d’entrer au gouvernement. Des négociations ont été ouvertes pour une coalition entre CDU, Grüne (verts) et FDP (libéraux), mais après deux mois de discussion, les discussions ont capoté suite aux différents irréconciliables entre les trois partis, notamment entre libéraux et verts, notamment sur la question de l’immigration (les verts, dont l’un des co-chefs est turc, étant en faveur d’une invasion massive ; alors que le FDP a adopté une attitude plus critique).

Les options étaient alors limitées : de nouvelles élections auraient renvoyé un score similaire, avec même une potentielle augmentation de l’AfD, et un parlement plus bloqué encore. Le SPD est alors revenu sur son refus d’entrer en coalition.

Les discussions entre les deux partis, partenaires lors de deux des trois mandats de chancelière de Merkel, ont été dramatisées au regard des larges connivences entre ces deux partis, mais la validation de l’accord par les délégués et les adhérents a prolongé sa conclusion.

Le Monde :

Angela Merkel peut souffler, mais le suspense aura duré jusqu’au bout. Deux votes auront été nécessaires, dimanche 21 janvier à Bonn, pour confirmer le soutien des 600 délégués du Parti social-démocrate (SPD) réunis en congrès à la perspective d’une « grande coalition ». La décision autorise les dirigeants du SPD à poursuivre les négociations avec les partis de l’Union – la CDU de la chancelière et son alliée bavaroise, la CSU – en vue de former un gouvernement, quatre mois après les élections. Le 12 janvier, une première ébauche de compromis avait été présentée, déclenchant une controverse au sein du SPD. Avec le vote de dimanche, Martin Schulz, secrétaire général du parti, peut être soulagé… du moins provisoirement.

Car le résultat est tout sauf un succès pour le leader social-démocrate. Le vote des délégués à main levée n’ayant pas dégagé une tendance assez claire, un second tour a été organisé, où l’on a longuement recompté les suffrages. C’est une courte majorité qui l’a emporté : 56 % des délégués seulement ont approuvé une nouvelle participation du SPD au gouvernement Merkel IV. A 362 votes pour et 279 contre, la décision s’est jouée à moins de 100 voix d’écart. Difficile d’essuyer un camouflet plus cuisant pour un dirigeant politique qui avait mis toute sa crédibilité dans ce scrutin.

En fin de matinée, Martin Schulz avait consacré beaucoup d’énergie à convaincre les délégués.
[…]
Angela Merkel a salué, dimanche dans la soirée, ce résultat. La chancelière a sans doute tremblé jusqu’au bout, elle aussi, dans l’après-midi : un vote négatif du SPD aurait été pour elle un second échec personnel, huit semaines après la rupture des négociations avec les Verts et les libéraux du FDP.
[…]
Le vote de dimanche a achevé de lier les destins politiques de M. Schulz et de Mme Merkel. Tous deux font face au même problème : les grands partis qu’ils dirigent subissent une telle érosion de leur influence qu’ils ne peuvent plus former de majorité que l’un avec l’autre. Après deux gouvernements de grande coalition, leurs différences politiques deviennent illisibles, alors même que leurs militants les plus jeunes réclament plus de radicalité.

Quand même Le Monde le dit…

Pour se maintenir au pouvoir, Merkel a distribué les postes de ministres importants au SPD. Schulz lui-même devait devenir ministre des Affaires Étrangères, mais il a du démissionner de la présidence du SPD et renoncer à devenir ministre, tant son retournement de position dans l’affaire de la coalition après l’échec des législatives l’a décrédibilisé.

Un renouvellement de la coalition SPD-CDU

L’étape finale passait par la validation de l’accord négocié entre les deux partis début février par les adhérents du SPD.

Le Monde :

Angela Merkel peut remercier les sociaux-démocrates (SPD). Grâce à eux, la chancelière allemande sauve son poste. Le SPD a approuvé à 66,02 % le « contrat de coalition » signé avec les conservateurs (CDU-CSU), a annoncé le trésorier du parti, dimanche 4 mars, à Berlin, lors d’une conférence de presse. Si le non l’avait emporté, un gouvernement minoritaire aurait été constitué ou de nouvelles élections auraient dû être organisées. Du jamais-vu en Allemagne depuis la fin de la guerre.

Le SPD a donc dit oui à un nouveau gouvernement de « grande coalition ». Les Allemands en ont désormais l’habitude. Ce type d’alliance, qui n’avait été expérimenté qu’une fois en plus d’un demi-siècle (de 1966 à 1969), est devenu la norme avec Mme Merkel. Depuis son élection à la chancellerie, en 2005, la présidente de la CDU a déjà gouverné deux fois avec les sociaux-démocrates (2005-2009 et 2013-2017). De 2009 à 2013, elle était alliée aux libéraux-démocrates (FDP).

Malgré son air de déjà-vu, cette nouvelle « grande coalition » ne ressemble pas aux précédentes, et ce pour trois raisons. La première est liée aux conditions de son avènement. Près de six mois se seront écoulés entre les élections législatives du 24 septembre 2017 et la constitution d’un nouveau gouvernement. Au départ, Mme Merkel avait proposé une alliance au FPD [sic : FDP] et aux Verts, dite « jamaïcaine ». […] En cela, le gouvernement qui va être constitué à la mi-mars sera donc un gouvernement par défaut, issu d’un échec (la coalition « jamaïcaine » qui n’a pas vu le jour) et d’un renoncement (la promesse du SPD de retourner dans l’opposition).

La deuxième raison pour laquelle cette nouvelle « grande coalition » ne ressemble pas aux autres tient à sa légitimité. […] Ensemble, les conservateurs et les sociaux-démocrates restent donc majoritaires (53,5 %), mais bien moins qu’ils ne l’étaient en 2013 (67,2 %), en 2005 (69,4 %) ou en 1966 (88,8 %). Si elle est arithmétiquement incontestable, cette nouvelle « grande coalition » est donc politiquement moins souveraine que celles qui l’ont précédée.

La troisième raison qui distingue cette « grande coalition » de celles du passé est liée à la situation propre de ses trois composantes. A la CDU, l’autorité de Mme Merkel a beaucoup décliné.

Même si Merkel est affaiblie et que les ambitieux la contestent plus ouvertement ;

[…]
Le SPD est dans un état pire encore. Contrairement à la CDU, qui a une présidente certes usée et fragilisée mais qui en a tout de même une, les sociaux-démocrates, eux, n’ont pour le moment qu’une direction provisoire depuis que Martin Schulz a annoncé, le 13 février, qu’il quittait la présidence du parti.
[…]
Le résultat de la consultation interne le montre : 66 % des adhérents du SPD ont donné leur accord à une « grande coalition ». C’est une majorité nette, mais une majorité moins forte qu’en 2013. A l’époque, ils avaient été 76 % à dire oui. C’est surtout une majorité dont le sens politique ne doit pas être ignoré. Peu de sociaux-démocrates ont en effet voté oui par enthousiasme. La plupart l’ont fait par raison. Beaucoup l’ont fait également par peur. En cas de nouvelles élections, les sondages prédisaient en effet que le SPD passerait cette fois sous 20 % des voix, avec un risque de le voir talonné, voire dépassé, par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Les sondages de ces dernières semaines donnent le SPD à 17-18% et l’AfD autour de 14%.

Pour éviter ce risque, beaucoup des 463.723 adhérents ont donc préféré voter oui, même s’ils estimaient que le contenu du « contrat de coalition » ne leur était pas assez favorable, ou que la reconduction d’une telle alliance avec les conservateurs est suicidaire, à terme, pour la social-démocratie.

Un autre élément à considérer est sociologique : l’âge moyen des adhérents du SPD est de 60 ans ; plus de la moitié de ses adhérents ont plus de 60 ans. Les vieux sont généralement plus enclins à choisir une option « sûre » qu’une option risquant de créer un certain chaos.

D’ailleurs, cet élément électoral se manifeste aussi dans les élections normales : les analyses sociologiques du vote en France indiquent par exemple que le vote FN (aussi limité que soit ce parti, le vote FN est un indicateur intéressant) est nettement plus fort chez les actifs que chez les retraités.

Un mot, enfin, de la CSU bavaroise. Elle aussi traverse une passe difficile. Les élections législatives ont été pour elle une douche froide : 38,5 % des voix, 10,5 points de moins qu’en 2013. Dans la riche Bavière, où le taux de chômage dépasse à peine 3 %, l’AfD est en pleine expansion et pourrait faire perdre sa majorité absolue à la CSU aux élections régionales de l’automne. Le parti est en crise : son président, Horst Seehofer, a dû abandonner à son rival Markus Söder la présidence du Land. A 68 ans, c’est lui qui va devenir le ministre de l’intérieur de Mme Merkel.

Conclusion

Les faiblesses manifestes de la coalition SPD-CDU sont un épisode de plus de la perte de vitesse des régimes parlementaristes à travers l’Europe.

Néanmoins, ils tiennent toujours fermement le pouvoir étatique et les principaux organes d’influence (médias, universités…) ; aussi il faut se garder de croire que le changement sera facile.

Pour ne plus avoir nos vies régentées par des gens qui promeuvent des politiques criminelles à l’égard des peuples européens, les simples souhaits et désirs seront sans effet s’ils ne sont accompagnés d’une action décidée en même sens.

Auteur: Blanche

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23 Commentaires sur "La coalition entre CDU et SPD finalement conclue, permettant à Merkel de rester au pouvoir jusqu’en 2021"

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8 avril 2018 21 h 53 min

Terre Ensoleillée
8 avril 2018 23 h 24 min

Pauvre Allemagne. C’est pas demain la veille qu’elle renaîtra.

AA
11 avril 2018 7 h 29 min

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11 avril 2018 7 h 30 min

AA
11 avril 2018 7 h 31 min

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