L’intervention militaire turque en Syrie contre les kurdes en Syrie

Si l’État Islamique a été militairement vaincu, le conflit en Syrie est loin d’être fini.

Une partie des territoires syriens sont encore occupés par des groupes rebelles islamistes « modérés » et d’autres par les kurdes. La Turquie d’Erdogan, très inquiète face aux désirs d’indépendance des Kurdes chez elle, est fermement opposée à tout ce qui pourrait la favoriser.

AFP :

Des militaires turcs sont entrés dimanche [21 janvier] en Syrie pour mener une offensive contre une milice kurde, au deuxième jour d’une opération marquée par des tirs de roquettes contre une ville frontalière turque.

Le Premier ministre turc Binali Yildirim, cité par les médias, a déclaré que des militaires turcs étaient entrés à 11h05 (08H05 GMT) dans la région d’Afrine, contrôlée par les Unités de protection du peuple (YPG), et que l’artillerie d’Ankara continuait de pilonner dimanche.
[…]
L’offensive turque, baptisée opération « Rameau d’olivier », risque de tendre davantage les rapports entre Ankara et Washington : les Etats-Unis soutiennent en effet une coalition arabo-kurde, dont font partie les YPG, pour combattre le groupe Etat islamique (EI).

Pour combattre l’État Islamique ? Allons ! Il ne contrôle plus que quelques maigres territoires désertiques. Si les États-Unis restent impliqués, c’est d’abord pour poursuivre la déstabilisation de la Syrie et essayer d’empêcher que le gouvernement de Damas recouvre le plein contrôle du pays.

Forces turques
Forces turques se massant avant l’offensive.

Selon l’agence de presse étatique Anadolu, les soldats turcs progressent dans la région d’Afrine en compagnie de combattants syriens formés par Ankara.

Cette opération a débuté samedi à 14h00 GMT, avec un bombardement aérien d’envergure mené par 72 appareils qui ont frappé plus de 150 cibles, dont l’aéroport militaire de Minnigh, selon l’armée turque.

La ville d’Afrine bombardée au début de l’offensive turque

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L’armée turque affirme frapper à la fois les YPG et l’EI, mais les jihadistes n’ont pas de positions importantes connues dans la région d’Afrine.

Tout comme du côté des États-Unis, l’État Islamique sert d’épouvantail.

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Ankara accuse les YPG d’être la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion dans le sud-est de la Turquie depuis plus de trente ans et est considéré par Ankara et ses alliés occidentaux comme une organisation terroriste.
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Il s’agit de la deuxième offensive turque dans le nord de la Syrie, après celle lancée en août 2016 pour repousser l’EI vers le sud, mais aussi enrayer l’expansion territoriale des combattants kurdes.

A la faveur du conflit syrien qui a fait plus de 320.000 morts depuis 2011, les Kurdes syriens, longtemps marginalisés, ont installé en 2012 une administration autonome à Afrine, un territoire isolé des autres zones contrôlées par les YPG plus à l’est.

Mardi, M. Erdogan avait promis d’en finir avec les « nids de terroristes » dans les régions du nord de la Syrie contrôlées par les groupes kurdes.
[…]
L’offensive militaire turque s’accompagne d’une intense activité diplomatique d’Ankara qui affirme avoir transmis des informations concernant l’opération à plusieurs pays de la région.
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Mais les analystes estiment qu’aucune offensive majeure ne peut être lancée en Syrie sans l’aval de la Russie qui entretient de bonnes relations avec les YPG. Le ministère russe de la Défense a annoncé samedi le retrait des militaires russes déployés à Afrine.

Depuis l’épisode de l’avion russe abattu par la Turquie il y a un peu plus de deux ans, où la tension entre Russie et Turquie était maximale, la position turque a considérablement changé. L’aide militaire américaine aux Kurdes et les défaites de l’État Islamique on poussé la Turquie à se faire beaucoup plus accommodante avec la puissance russe.

La Turquie a affirmé samedi qu’elle tenait le régime syrien informé « par écrit » de son offensive, ce que Damas a nié, dénonçant une « brutale agression de la Turquie sur Afrine ».

En dehors du Hezbollah, des Iraniens et des Russes ; tous les intervenants dans le conflit syrien y sont contre la volonté du gouvernement de Damas ; qui proteste fort mais est impuissant à changer cette réalité.

AFP :

L’armée turque et ses alliés arabes syriens ont lancé mardi plusieurs assauts dans le nord de la Syrie dans le but de briser les lignes d’une milice kurde, qui a exhorté la population à prendre les armes pour repousser l’offensive.
[…]
Avec cette offensive aérienne et terrestre lancée samedi, la Turquie a ouvert un nouveau front dans le complexe conflit syrien et menace de tendre davantage ses relations avec les Etats-Unis, qui ont fait part de leur préoccupation.
[…]
Le président français Emmanuel Macron a exprimé mardi sa « préoccupation » à M. Erdogan.
[…]
La violence à Afrine trouble ce qui était jusque-là une zone relativement stable de Syrie », a déclaré le ministre américain de la Défense Jim Mattis, appelant Ankara à « faire preuve de retenue dans ses opérations militaires comme dans sa rhétorique ».
[…]
La Turquie, qui a enterré mardi son premier soldat tué dans les combats, a indiqué avoir perdu deux autres militaires dans le cadre de cette opération meurtrière pour les deux camps.

« Grâce à Dieu, nous allons sortir victorieux de cette opération, ensemble avec notre peuple et l’Armée syrienne libre », a déclaré le président Erdogan lors des funérailles.

Depuis samedi, plus de 80 combattants des YPG et des groupes rebelles syriens pro-Ankara ont été tués, ainsi que 28 civils, la plupart dans des bombardements turcs, selon l’OSDH. Ankara dément avoir touché des civils.

Cette offensive offre un exemple particulièrement frappant de propagande de temps de guerre de la part des deux camps. Selon les chiffres des turcs, ils auraient tué plus de 10 miliciens kurdes par mort dans leurs troupes ou celles de leurs alliés arabes. Selon les chiffres de l’OSDH (dirigée depuis l’Angleterre), il y aurait à peu près autant de morts de chaque côté. Selon les chiffres des kurdes, enfin, il y aurait dix fois plus de morts du côté des turcs et de leurs alliés !

C’est un peu comme les mensonges sur le nombre de personnes dans les manifestations, mais en encore plus grossier.

[…]
Les YPG sont en effet l’épine dorsale d’une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par Washington dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie.
[…]
L’offensive turque « pourrait s’étendre à Manbij » (ville à une centaine de kilomètres à l’est d’Afrin), « voire à l’est de l’Euphrate », a indiqué le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu mardi à la chaîne de télévision France 24.
[…]
Plusieurs pays ont exprimé leur préoccupation face à l’opération turque, qui survient alors que les violences ont repris de plus belle en Syrie ces dernières semaines, avec des bombardements du régime à la Ghouta orientale, à l’est de Damas, et à Idleb (nord-ouest).

Bien qu’ayant vaincu l’État Islamique, le gouvernement central syrien est toujours occupé à écraser les diverses rébellions qui occupent des portions de son territoire.

L’offensive militaire se double d’une répression en Turquie contre les internautes soupçonnés de faire de la « propagande terroriste ». Près de cent personnes ont été interpellées depuis lundi, et les manifestations contre l’opération sont interdites.

De la censure de guerre : c’est un signe de l’importance de l’offensive.

Une lente progression

En dépit de l’écrasante supériorité militaire turque (supériorité aérienne totale, chars de combat, et effectifs potentiels), l’avancée militaire demeure lente. Attaquant depuis l’Ouest et le Nord du canton d’Afrine, les troupes turques et leurs alliées ont progressé de moins de 5 kilomètres en une dizaine de jours. Néanmoins, les Kurdes sont très mal embarqués.

Euronews :

La Turquie a affirmé dimanche avoir capturé une colline « stratégique » du nord-ouest de la Syrie dans le cadre de sa campagne contre une milice kurde alliée des Etats-Unis, qui a tendu les rapports entre Ankara et Washington.

Turcs et alliés au mont Barsaya

[…]
Sur le terrain, les bombardements de l’artillerie et des avions turcs étaient plus importants que lors des jours précédents et se poursuivaient en fin d’après-midi, selon une correspondante de l’AFP à la frontière.

Les forces d’Ankara tentaient depuis neuf jours de capturer la colline de Barsaya, située au nord-est de la ville d’Afrine, mais avaient dû faire face à une résistance farouche et une météo capricieuse réduisant l’efficacité des frappes aériennes. Profitant du temps clair après plusieurs jours et pluie et de brouillard, l’aviation et l’artillerie ont pilonné dans la matinée la colline, avant un assaut mené par des membres des forces spéciales turques et des rebelles syriens armés par Ankara.

Cette colline avait déjà été capturée par les Turcs puis perdue lors des premiers jours de l’offensive.

Après l’avoir capturée, les forces d’Ankara ont planté un drapeau turc au sommet de cette colline qui domine la région syrienne d’Azaz et celle turque de Kilis. Il s’agit, selon les médias turcs, de la prise la plus importante depuis le lancement de l’offensive d’Ankara qui a accru les tensions entre la Turquie et les Etats-Unis.

Le mont Barsaya après sa capture. Je conseille de couper le son pour ne pas être agacé par la langue barbare.

Conclusion

L’invasion turque du canton d’Afrine reçoit une attention assez faible dans la presse occidentale au regard des enjeux de cette bataille.

Derrière le contrôle de ce territoire qui, si les Turcs persistent et l’emportent, va changer de mains des kurdes à des alliés arabes de la Turquie ; c’est surtout l’impact sur les relations entre la Turquie et les États-Unis de ce conflit qui est important. L’alliance entre les deux pays par le biais de l’OTAN est désormais assez théorique.

Il reste cependant toujours improbable qu’il y ait une escalade du conflit syrien qui s’étende à d’autres territoires et à des affrontements directs entre puissances.

Auteur: Blanche

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13 Commentaires sur "L’intervention militaire turque en Syrie contre les kurdes en Syrie"

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AA
10 février 2018 16 h 21 min

Ce serait bien un petit combat USraël contre la Turquie, j’ imagine bien le bordel en Allemagne avec tous les turcs. Pour lancer la guerre raciale….

Préparez vous.

Max.B
10 février 2018 17 h 36 min

Le pire dans tout ça, c’est qu au point où nous en sommes, la guerre raciale est à espérer.
Avant que les collons soient majoritaires si possible.

AA
10 février 2018 20 h 17 min

Comme disent les frêres Dupond et Dupont dans Tintin, je dirais même plus, le guerre raciale est à déclarer.

Max.B
10 février 2018 21 h 53 min

Le plus tôt serait le mieux, sinon la future génération en paiera les conséquences…

Fragment
11 février 2018 1 h 07 min

Bonjour / Bonsoir,

Le commentaire de Blanche situé sous la vidéo m’a interpellé un instant…couper le son?
Pourquoi?…Bordel de merde….en effet oui!…après avoir entendu cette langue de barbare…
je me dis…merde alors…c’est quoi ce putain de bordel?
Comment une langue peut-elle être aussi agressive?

Mais en fait la réponse est simple!
Ce sont des bougnoules!
Ni plus…ni moins!

Putain de merde…(Désolé d’insister)
Mais c’est vraiment à dégueuler!…
Quel langage de merde!
Et (((ils))) ont osé les dire français?

Je veux bien être pendu!!!!
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

PUTAIN DE MERDE!

NB; Désolé d’être aussi vulgaire!

Cordialement!

Terre Ensoleillée
11 février 2018 10 h 11 min

De toute fac

Terre Ensoleillée
11 février 2018 10 h 13 min

De toute façon, que ce soit les turcs ou les kurdes, ce sont les mêmes pantins des youpins
Qu’ils s’entretuent, ça m’ira trés bien. Le seul camp légitime à soutenir, c’est celui de Bachar El Assad.

katapugon
11 février 2018 11 h 22 min

La Turquie n’a pas le choix si elle ne veut pas se voir amputer d’un tiers de son territoire…. par les manœuvres occidentales.
Chacun chez soi

AA
11 février 2018 11 h 32 min

Je dirais plutôt ((( manoeuvres occidentales ))), c’ est israêl qui dicte au US oû ils doivent mettre le bordel.

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